37603.fb2 Consuelo - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 101

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qu'en dépit de ses vices il nourrissait pour Consuelo. Il pouvait s'en

distraire, grâce à sa légèreté naturelle; mais il n'en pouvait pas

guérir, et cet amour lui revenait comme un remords, comme une torture,

au milieu de ses plus coupables égarements. Infidèle à la Corilla,

adonné à mille intrigues galantes, un jour avec la Clorinda pour se

venger en secret du comte, un autre avec quelque illustre beauté du

grand monde, et le troisième avec la plus malpropre des comparses;

passant du boudoir mystérieux à l'orgie insolente, et des fureurs de la

Corilla aux insouciantes débauches de la table, il semblait qu'il eût

pris à tâche d'étouffer en lui tout souvenir du passé. Mais au milieu de

ce désordre, un spectre semblait s'acharner à ses pas; et de longs

sanglots s'échappaient de sa poitrine, lorsqu'au milieu de la nuit, il

passait en gondole, avec ses bruyants compagnons de plaisir, le long des

sombres masures de la Corte-Minelli.

La Corilla, longtemps dominée par ses mauvais traitements, et portée,

comme toutes les âmes viles, à n'aimer qu'en raison des mépris et des

outrages qu'elle recevait, commençait pourtant elle-même à se lasser de

cette passion funeste. Elle s'était flattée de vaincre et d'enchaîner

cette sauvage indépendance. Elle y avait travaillé avec acharnement,

elle y avait tout sacrifié. Quand elle reconnut qu'elle n'y parviendrait

jamais, elle commença à le haïr, et à chercher des distractions et des

vengeances. Une nuit qu'Anzoleto errait en gondole dans Venise avec la

Clorinda, il vit filer rapidement une autre gondole dont le fanal éteint

annonçait quelque furtif rendez-vous. Il y fit peu d'attention; mais la

Clorinda, qui, dans sa frayeur d'être découverte, était toujours aux

aguets, lui dit:

«Allons plus lentement. C'est la gondole du comte; j'ai reconnu le

gondolier.

--En ce cas, allons plus vite, répondit Anzoleto; je veux le rejoindre,

et savoir de quelle infidélité il paie la tienne cette nuit.

--Non, non, retournons! s'écria Clorinda. Il a l'oeil si perçant; et

l'oreille si fine! Gardons-nous bien de le troubler.

--Marche! te dis-je, cria Anzoleto à son barcarolle; je veux rejoindre

cette barque que tu vois là devant nous.»

Ce fut, malgré la prière et la terreur de Clorinda, l'affaire d'un

instant. Les deux barques s'effleurèrent de nouveau, et Anzoleto

entendit un éclat de rire mal étouffé partir de la gondole.

«A la bonne heure, dit-il, ceci est de bonne guerre: c'est la Corilla

qui prend le frais avec monsieur le comte.»

En parlant ainsi, Anzoleto sauta sur l'avant de sa gondole, prit la rame

des mains de son barcarolle, et suivant l'autre gondole avec rapidité,

la rejoignit, l'effleura de nouveau, et, soit qu'il eût entendu son nom

au milieu des éclats de rire de la Corilla, soit qu'un accès de démence

se fût emparé de lui, il se mit à dire tout haut:

«Chère Clorinda, tu es sans contredit la plus belle et la plus aimée de

toutes les femmes.

--J'en disais autant tout à l'heure à la Corilla, répondit aussitôt le

comte en sortant de sa cabanette, et en s'avançant vers l'autre barque

avec une grande aisance; et maintenant que nos promenades sont terminées

de part et d'autre, nous pourrions faire un échange, comme entre gens de