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les émotions de la soirée lui avaient fait négliger son travail, elle

ralluma sa lampe, s'assit devant sa petite table, et nota un essai de

composition que maître Porpora lui avait demandé pour le jour suivant.

VI.

Le comte Zustiniani, malgré son détachement philosophique et de

nouvelles amours dont la Corilla feignait assez maladroitement d'être

jalouse, n'était pas cependant aussi insensible aux insolents caprices

de cette folle maîtresse qu'il s'efforçait de le paraître. Bon, faible

et frivole, Zustiniani n'était roué que par ton et par position sociale.

Il ne pouvait s'empêcher de souffrir, au fond de son coeur, de

l'ingratitude avec laquelle cette fille avait répondu à sa générosité;

et d'ailleurs, quoiqu'il fût à cette époque (à Venise aussi bien qu'à

Paris) de la dernière inconvenance de montrer de la jalousie, l'orgueil

italien se révoltait contre le rôle ridicule et misérable que la Corilla

lui faisait jouer.

Donc, ce même soir où Anzoleto avait brillé au palais Zustiniani, le

comte, après avoir agréablement plaisanté avec son ami Barberigo sur les

espiègleries de sa maîtresse, dès qu'il vit ses salons déserts et les

flambeaux éteints, prit son manteau et son épée, et, pour en avoir _le

coeur net_, courut au palais qu'habitait la Corilla.

Quand il se fut assuré qu'elle était bien seule, ne se trouvant pas

encore tranquille, il entama la conversation à voix basse avec le

barcarolle qui était en train de remiser la gondole de la prima-donna

sous la voûte destinée à cet usage. Moyennant quelques sequins, il le

fit parler, et se convainquit bientôt qu'il ne s'était pas trompé en

supposant que la Corilla avait pris un compagnon de route dans sa

gondole. Mais il lui fut impossible de savoir qui était ce compagnon; le

gondolier ne le savait pas. Bien qu'il eût vu cent fois Anzoleto aux

alentours du théâtre et du palais Zustiniani, il ne l'avait pas reconnu

dans l'ombre, sous l'habit noir et avec de la poudre.

Ce mystère impénétrable acheva de donner de l'humeur au comte. Il se fût

consolé en persiflant son rival, seule vengeance de bon goût, mais aussi

cruelle dans les temps de parade que le meurtre l'est aux époques de

passions sérieuses. Il ne dormit pas; et avant l'heure où Porpora

commençait son cours de musique au conservatoire des filles pauvres, il

s'achemina vers la _scuola di Mendicanti_, dans la salle où devaient se

rassembler les jeunes élèves.

La position du comte à l'égard du docte professeur avait beaucoup changé

depuis quelques années. Zustiniani n'était plus l'antagoniste musical de

Porpora, mais son associé, et son chef en quelque sorte; il avait fait

des dons considérables à l'établissement que dirigeait ce savant maître,

et par reconnaissance on lui en avait donné la direction suprême. Ces

deux amis vivaient donc désormais en aussi bonne intelligence que

pouvait le permettre l'intolérance du professeur à l'égard de la musique

à la mode; intolérance qui cependant était forcée de s'adoucir à la vue

des encouragements que le comte donnait de ses soins et de sa bourse à

l'enseignement et à la propagation de la musique sérieuse. En outre, il

avait fait représenter à San-Samuel un opéra que ce maître venait de

composer.

«Mon cher maître, lui dit Zustiniani en l'attirant à l'écart, il faut