37603.fb2 Consuelo - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 42

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regarda une dernière fois dans sa petite glace brisée: puis se

retournant, elle se jeta impétueusement dans les bras d'Anzoleto.

«O mon ami, s'écria-t-elle, ne me gronde pas, ne me maudis pas.

Embrasse-moi bien fort, au contraire, pour ôter à mes joues cette pâleur

livide. Que ton baiser soit comme le feu de l'autel sur les lèvres

d'Isaïe, et que Dieu ne nous punisse pas d'avoir douté de son secours!»

Alors, elle jeta vivement sa mantille sur sa tête, prit ses cahiers, et,

entraînant son amant consterné, elle courut aux Mendiant, où déjà la

foule était rassemblée pour entendre la belle musique du Porpora.

Anzoleto, plus mort que vif, alla joindre le comte, qui lui avait donné

rendez-vous dans sa tribune; et Consuelo monta à celle de l'orgue, où

les choeurs étaient déjà en rang de bataille et le professeur devant son

pupitre. Consuelo ignorait que la tribune du comte était située de

manière à ce qu'il vît beaucoup moins dans l'église que dans la tribune

de l'orgue, que déjà il avait les yeux sur elle, et qu'il ne perdait pas

un de ses mouvements.

Mais il ne pouvait pas encore distinguer ses traits; car elle

s'agenouilla en arrivant, cacha sa tête dans ses mains, et se mit à

prier avec une dévotion ardente. Mon Dieu, disait-elle du fond de son

coeur, tu sais que je ne te demande point de m'élever au-dessus de mes

rivales pour les abaisser. Tu sais que je ne veux pas me donner au monde

et aux arts profanes pour abandonner ton amour et m'égarer dans les

sentiers du vice. Tu sais que l'orgueil n'enfle pas mon âme, et que

c'est pour vivre avec celui que ma mère m'a permis d'aimer, pour ne m'en

séparer jamais, pour assurer sa joie et son bonheur, que je te demande

de me soutenir et d'ennoblir mon accent et ma pensée quand je chanterai

tes louanges.

Lorsque les premiers accords de l'orchestre appelèrent Consuelo à sa

place, elle se releva lentement; sa mantille tomba sur ses épaules, et

son visage apparut enfin aux spectateurs inquiets et impatients de la

tribune voisine. Mais quelle miraculeuse transformation s'était opérée

dans cette jeune fille tout à l'heure si blême et si abattue, si effarée

par la fatigue et la crainte! Son large front semblait nager dans un

fluide céleste, une molle langueur baignait encore les plans doux et

nobles de sa figure sereine et généreuse. Son regard calme n'exprimait

aucune de ces petites passions qui cherchent et convoitent les succès

ordinaires. II y avait en elle quelque chose de grave, de mystérieux et

de profond, qui commandait le respect et l'attendrissement.

«Courage, ma fille, lui dit le professeur à voix basse; tu vas chanter

la musique d'un grand maître, et ce maître est là qui t'écoute.

--Qui, Marcello? dit Consuelo voyant le professeur déplier les psaumes

de Marcello sur le pupitre.

--Oui, Marcello, répondit le professeur. Chante comme à l'ordinaire,

rien de plus, rien de moins, et ce sera bien.»

En effet, Marcello, alors dans la dernière année de sa vie, était venu

revoir une dernière fois Venise, sa patrie, dont il faisait la gloire

comme compositeur, comme écrivain, et comme magistrat. Il avait été

plein de courtoisie pour le Porpora, qui l'avait prié d'entendre son

école, lui ménageant la surprise de faire chanter d'abord par Consuelo,

qui le possédait parfaitement, son magnifique psaume: _I cieli immensi