37603.fb2 Consuelo - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 50

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la queue du clavecin pour donner le vrai mouvement à la ritournelle. On

avait choisi un air brillant, bizarre et difficile, tiré d'un opéra

bouffe de Galuppi, _la Diavolessa_, afin de prendre tout à coup le genre

le plus différent de celui où Consuelo avait triomphé le matin. La jeune

fille avait une si prodigieuse facilité qu'elle était arrivée, presque

sans études, à faire faire, en se jouant, tous les tours de force alors

connus, à sa voix souple et puissante. Le Porpora lui avait recommandé

de faire ces exercices, et, de temps en temps, les lui avait fait

répéter pour s'assurer qu'elle ne les négligeait pas. Mais il n'y avait

jamais donné assez de temps et d'attention pour savoir ce dont

l'étonnante élève était capable en ce genre. Pour se venger de la

rudesse qu'il venait de lui montrer, Consuelo eut l'espièglerie de

surcharger l'air extravagant de _la Diavolessa_ d'une multitude

d'ornements et de traits regardés jusque là comme impossibles, et

qu'elle improvisa aussi tranquillement que si elle les eût notés et

étudiés avec soin. Ces ornements furent si savants de modulations, d'un

caractère si énergique, si infernal, et mêlés, au milieu de leur plus

impétueuse gaîté, d'accents si lugubres, qu'un frisson de terreur vint

traverser l'enthousiasme de l'auditoire, et que le Porpora, se levant

tout à coup, s'écria avec force:

«C'est toi qui es le diable en personne!»

Consuelo finit son air par un crescendo de force qui enleva les cris

d'admiration, tandis qu'elle se rasseyait sur sa chaise en éclatant de

rire.

«Méchante fille! dit le Porpora, tu m'as joué un tour pendable. Tu t'es

moquée de moi. Tu m'as caché la moitié de tes études et de tes

ressources. Je n'avais plus rien à t'enseigner depuis longtemps, et tu

prenais mes leçons par hypocrisie, peut-être pour me ravir tous les

secrets de la composition et de l'enseignement, afin de me surpasser en

toutes choses, et de me faire passer ensuite pour un vieux pédant!

--Mon maître, répondit Consuelo, je n'ai pas fait autre chose qu'imiter

votre malice envers l'empereur Charles. Ne m'avez-vous pas raconté cette

aventure? comme quoi Sa Majesté Impériale n'aimait pas les trilles, et

vous avait fait défense d'en introduire un seul dans votre oratorio, et

comme quoi, ayant scrupuleusement respecté sa défense jusqu'à la fin de

l'oeuvre, vous lui aviez donné un divertissement de bon goût à la fugue

finale en la commençant par quatre trilles ascendantes, répétées ensuite

à l'infini, dans le _stretto_ par toutes les parties? Vous avez fait ce

soir le procès à l'abus des ornements, et puis vous m'avez ordonné d'en

faire. J'en ai fait trop, afin de vous prouver que moi aussi je puis

outrer un travers dont je veux bien me laisser accuser.

--Je te dis que tu es le diable, reprit le Porpora. Maintenant

chante-nous quelque chose d'humain, et chante-le comme tu l'entendras;

car je vois bien que je ne puis plus être ton maître.

--Vous serez toujours mon maître respecté et bien-aimé, s'écria-t-elle

en se jetant à son cou et en le serrant à l'étouffer; c'est à vous que

je dois mon pain et mon instruction depuis dix ans. O mon maître! on dit

que vous avez fait des ingrats: que Dieu me retire à l'instant même

l'amour et la voix, si je porte dans mon coeur le poison de l'orgueil et

de l'ingratitude!»