37603.fb2 Consuelo - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 68

Consuelo - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 68

Consuelo s'affligeait et s'ennuyait profondément de ces lenteurs et de

ces misères attachées à sa carrière naissante. Elle eût voulu débuter

tout de suite, sans préparation autre que celle de ses propres moyens et

de l'étude de la pièce nouvelle. Elle ne comprenait rien à ces mille

intrigues qui lui semblaient plus dangereuses qu'utiles, et dont elle

sentait bien qu'elle pouvait se passer. Mais le comte, qui voyait de

plus près les secrets du métier, et qui voulait être envié et non bafoué

dans son bonheur imaginaire auprès d'elle, n'épargnait rien pour lui

faire des partisans. Il la faisait venir tous les jours chez lui, et la

présentait à toutes les aristocraties de la ville et de la campagne. La

modestie et la souffrance intérieure de Consuelo secondaient mal ses

desseins; mais il la faisait chanter, et la victoire était brillante,

décisive, incontestable.

Anzoleto était loin de partager la répugnance de son amie pour les

moyens secondaires. Son succès à lui n'était pas à beaucoup près aussi

assuré. D'abord le comte n'y portait pas la même ardeur; ensuite le

ténor auquel il allait succéder était un talent de premier ordre, qu'il

ne pouvait point se flatter de faire oublier aisément. Il est vrai que

tous les soirs il chantait aussi chez le comte; que Consuelo, dans les

duos, le faisait admirablement ressortir, et que, poussé et soutenu par

l'entraînement magnétique de ce génie supérieur au sien, il s'élevait

souvent à une grande hauteur. Il était donc fort applaudi et fort

encouragé. Mais après la surprise que sa belle voix excitait à la

première audition, après surtout que Consuelo s'était révélée, on

sentait bien les imperfections du débutant, et il les sentait lui-même

avec effroi. C'était le moment de travailler avec une fureur nouvelle;

mais en vain Consuelo l'y exhortait et lui donnait rendez-vous chaque

matin à la _Corte-Minelli_, où elle s'obstinait à demeurer, en dépit des

prières du comte, qui voulait l'établir plus convenablement: Anzoleto se

lançait dans tant de démarches, de visites, de sollicitations et

d'intrigues, il se préoccupait de tant de soucis et d'anxiétés

misérables, qu'il ne lui restait ni temps ni courage pour étudier.

Au milieu de ces perplexités, prévoyant que la plus forte opposition à

son succès viendrait de la Corilla, sachant que le comte ne la voyait

plus et ne s'occupait d'elle en aucune façon, il se résolut à l'aller

voir afin de se la rendre favorable. Il avait ouï dire qu'elle prenait

très gaiement et avec une ironie philosophique l'abandon et les

vengeances de Zustiniani; qu'elle avait reçu de brillantes propositions

de la part de l'Opéra italien de Paris, et qu'en attendant l'échec de sa

rivale, sur lequel elle paraissait compter, elle riait à gorge déployée

des illusions du comte et de son entourage. Il pensa qu'avec de la

prudence et de la fausseté il désarmerait cette ennemie redoutable; et,

s'étant paré et parfumé de son mieux, il pénétra dans ses appartements,

un après-midi, à l'heure où l'habitude de la sieste rend les visites

rares et les palais silencieux.

XVI.

Il trouva la Corilla seule, dans un boudoir exquis, assoupie encore sur

sa chaise longue, et dans un déshabillé des plus galants, comme on

disait alors; mais l'altération de ses traits au grand jour lui fit

penser que sa sécurité n'était pas aussi profonde sur le chapitre de