37603.fb2 Consuelo - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 71

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imaginé tout un soir que vous preniez quelque intérêt à moi, et que je

grandirais sous votre protection. Et voilà que je suis l'objet de votre

mépris et de votre haine, moi qui vous ai aimée et respectée au point de

vous fuir! Eh bien, madame, contentez votre aversion. Faites-moi tomber,

perdez-moi, fermez-moi la carrière. Pourvu qu'ici en secret vous me

disiez que je ne vous suis point odieux, j'accepterai les marques

publiques de votre courroux.

--Serpent que tu es, s'écria la Corilla, où as-tu sucé le poison de la

flatterie que ta langue et tes yeux distillent? Je donnerais beaucoup

pour te connaître et te comprendre; mais je te crains, car tu es le plus

aimable des amants ou le plus dangereux des ennemis.

--Moi, votre ennemi! Et comment oserais-je jamais me poser ainsi, quand

même je ne serais pas subjugué par vos charmes? Est-ce que vous avez des

ennemis, divine Corilla? Est-ce que vous pouvez en avoir à Venise, où

l'on vous connaît et où vous avez toujours régné sans partage? Une

querelle d'amour jette le comte dans un dépit douloureux. Il veut vous

éloigner, il veut cesser de souffrir. Il rencontre sur son chemin une

petite fille qui semble montrer quelques moyens et qui ne demande pas

mieux que de débuter. Est-ce un crime de la part d'une pauvre enfant qui

n'entend prononcer votre nom illustre qu'avec terreur, et qui ne le

prononce elle-même qu'avec respect? Vous attribuez à cette pauvrette des

prétentions insolentes qu'elle ne saurait avoir. Les efforts du comte

pour la faire goûter à ses amis, l'obligeance de ces mêmes amis qui vont

exagérant son mérite, l'amertume des vôtres qui répandent des calomnies

pour vous aigrir et vous affliger, tandis qu'ils devraient rendre le

calme à votre belle âme en vous montrant votre gloire inattaquable et

votre rivale tremblante; voilà les causes de ces préventions que je

découvre en vous, et dont je suis si étonné, si stupéfait, que je sais à

peine comment m'y prendre pour les combattre.

--Tu ne le sais que trop bien, langue maudite, dit la Corilla en le

regardant avec un attendrissement voluptueux, encore mêlé de défiance;

j'écoute tes douces paroles, mais ma raison me dit encore de te

redouter. Je gage que cette Consuelo est divinement belle, quoiqu'on

m'ait dit le contraire, et qu'elle a du mérite dans un certain genre

opposé au mien, puisque le Porpora, que je connais si sévère, le

proclame hautement.

--Vous connaissez le Porpora? donc vous savez ses bizarreries, ses

manies, on peut dire. Ennemi de toute originalité chez les autres et de

toute innovation dans l'art du chant, qu'une petite élève soit bien

attentive à ses radotages, bien soumise à ses pédantesques leçons, le

voilà qui, pour une gamme vocalisée proprement, déclare que cela est

préférable à toutes les merveilles que le public idolâtre. Depuis quand

vous tourmentez-vous des lubies de ce vieux fou?

--Elle est donc sans talent?

--Elle a une belle voix, et chante honnêtement à l'église; mais elle ne

doit rien savoir du théâtre, et quant à la puissance qu'il y faudrait

déployer, elle est tellement paralysée par la peur, qu'il est fort à

craindre qu'elle y perde le peu de moyens que le ciel lui a donnés.

--Elle a peur! On m'a dit qu'elle était au contraire d'une rare

impudence.