37603.fb2 Consuelo - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 73

Consuelo - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 73

la louange, il feignit de la prendre pour un ange de bonté. La pauvre

Corilla avait joué tous les rôles dans son boudoir, excepté celui-là; et

celui-là, elle l'avait toujours mal joué sur la scène. Elle s'y soumit

pourtant, dans la crainte de perdre des voluptés dont elle n'était pas

encore rassasiée, et que, sous divers prétextes, Anzoleto sut lui

ménager et lui rendre désirables. Il lui fit croire que le comte était

toujours épris d'elle, malgré son dépit, et secrètement jaloux en se

vantant du contraire.

«S'il venait à découvrir le bonheur que je goûte près de toi, lui

disait-il, c'en serait fait de mes débuts et peut-être de mon avenir:

car je vois à son refroidissement, depuis le jour où tu as eu

l'imprudence de trahir mon amour pour toi, qu'il me poursuivrait

éternellement de sa haine s'il savait que je t'ai consolée.»

Cela était peu vraisemblable, au point où en étaient les choses; le

comte eût été charmé de savoir Anzoleto infidèle à sa fiancée. Mais la

vanité de Corilla aimait à se laisser abuser. Elle crut aussi n'avoir

rien à craindre des sentiments d'Anzoleto pour la débutante. Lorsqu'il

se justifiait sur ce point, et jurait par tous les dieux n'avoir été

jamais que le frère de cette jeune fille, comme il disait matériellement

la vérité, il y avait tant d'assurance dans ses dénégations que la

jalousie de Corilla était vaincue. Enfin le grand jour approchait, et la

cabale qu'elle avait préparée était anéantie. Pour son compte, elle

travaillait désormais en sens contraire, persuadée que la timide et

inexpérimentée Consuelo tomberait d'elle-même, et qu'Anzoleto lui

saurait un gré infini de n'y avoir pas contribué. En outre, il avait

déjà eu le talent de la brouiller avec ses plus fermes champions, en

feignant d'être jaloux de leurs assiduités, et en la forçant à les

éconduire un peu brusquement.

Tandis qu'il travaillait ainsi dans l'ombre à déjouer les espérances de

la femme qu'il pressait chaque nuit dans ses bras, le rusé Vénitien

jouait un autre rôle avec le comte et Consuelo. Il se vantait à eux

d'avoir désarmé par d'adroites démarches, des visites intéressées, et

des mensonges effrontés, la redoutable ennemie de leur triomphe. Le

comte, frivole et un peu commère, s'amusait infiniment des contes de son

protégé. Son amour-propre triomphait des regrets que celui-ci attribuait

à la Corilla par rapport à leur rupture, et il poussait ce jeune homme à

de lâches perfidies avec cette légèreté cruelle qu'on porte dans les

relations du théâtre et la galanterie. Consuelo s'en étonnait et s'en

affligeait:

«Tu ferais mieux, lui disait-elle, de travailler ta voie et d'étudier

ton rôle. Tu crois avoir fait beaucoup en désarmant l'ennemi. Mais une

note bien épurée, une inflexion bien sentie, feraient beaucoup plus sur

le public impartial que le silence des envieux. C'est à ce public seul

qu'il faudrait songer, et je vois avec chagrin que tu n'y songes

nullement.

--Sois donc tranquille, chère Consuelita, lui répondait-il. Ton erreur

est de croire à un public à la fois impartial et éclairé. Les gens qui

s'y connaissent ne sont presque jamais de bonne foi, et ceux qui sont de

bonne foi s'y connaissent si peu qu'il suffit d'un peu d'audace pour les

éblouir et les entraîner.