37603.fb2 Consuelo - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 76

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tous les points de la salle.

«Ah! le perfide s'est joué de moi,» s'écria la Corilla en lançant un

regard terrible à Anzoleto, qui ne put s'empêcher en cet instant de

lever les yeux vers elle avec un sourire mal déguisé.

Et elle se rejeta au fond de sa loge, en fondant en larmes.

Consuelo dit encore quelques phrases. On entendit la voix cassée du

vieux Lotti qui disait dans son coin: «_Amici miei, questo è un

portento!_»

Elle chanta son grand air de début, et fut interrompue dix fois; on cria

_bis!_ on la rappela sept fois sur la scène; il y eut des hurlements

d'enthousiasme. Enfin la fureur du dilettantisme vénitien s'exhala dans

toute sa fougue à la fois entraînante et ridicule.

«Qu'ont-ils donc à crier ainsi? dit Consuelo en rentrant dans la

coulisse pour en être arrachée aussitôt par les vociférations du

parterre: on dirait qu'ils veulent me lapider.»

De ce moment on ne s'occupa plus que très secondairement d'Anzoleto. On

le traita bien, parce qu'on était en veine de satisfaction; mais la

froideur indulgente avec laquelle on laissa passer les endroits

défectueux de son chant, sans le consoler immodérément à ceux où il s'en

releva, lui prouva que si sa figure plaisait aux femmes, la majorité

expansive et bruyante, le public masculin faisait bon marché de lui et

réservait ses tempêtes d'exaltation pour la prima-donna. Parmi tous ceux

qui étaient venus avec des intentions hostiles, il n'y en eut pas un qui

hasarda un murmure, et la vérité est qu'il n'y en eut pas trois qui

résistèrent à l'entraînement et au besoin invincible d'applaudir la

merveille du jour.

La partition eut le plus grand succès, quoiqu'elle ne fût point écoutée

et que personne ne s'occupât de la musique en elle-même. C'était une

musique tout italienne, gracieuse, modérément pathétique, et qui ne

faisait point encore pressentir, dit-on, l'auteur d'_Alceste_ et

d'_Orphée_. Il n'y avait pas assez de beautés frappantes pour choquer

l'auditoire. Dès le premier entr'acte, le maestro allemand fut rappelé

devant le rideau avec le débutant, la débutante, voire la Clorinda qui,

grâce à la protection de Consuelo, avait nasillé le second rôle d'une

voix pâteuse et avec un accent commun, mais dont les beaux bras avaient

désarmé tout le monde: la Rosalba, qu'elle remplaçait, était fort

maigre.

Au dernier entracte, Anzoleto, qui surveillait Corilla à la dérobée et

qui s'était aperçu de son agitation croissante, jugea prudent d'aller la

trouver dans sa loge pour prévenir quelque explosion. Aussitôt qu'elle

l'aperçut, elle se jeta sur lui comme une tigresse, et lui appliqua deux

ou trois vigoureux soufflets, dont le dernier se termina d'une manière

assez crochue pour faire couler quelques gouttes de sang et laisser une

marque que le rouge et le blanc ne purent ensuite couvrir. Le ténor

outragé mit ordre à ces emportements par un grand coup de poing dans la

poitrine, qui fit tomber la cantatrice à demi pâmée dans les bras de sa

soeur Rosalba.

«Infâme, traître, _buggiardo!_ murmura-t-elle d'une voix étouffée; ta

Consuelo et toi ne périrez que de ma main.

--Si tu as le malheur de faire un pas, un geste, une inconvenance