37663.fb2 Dame aux camelias - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 36

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– Je le sais. Et ensuite ?

– Elle a soupé chez elle.

– Seule ?

– Avec le comte de G…, je crois.

Ainsi ma rupture n'avait rien changé dans les habitudes de Marguerite.

C'est pour ces circonstances-là que certaines gens vous disent : « Il fallait ne plus penser à cette femme qui ne vous aimait pas. »

– Allons, je suis bien aise de voir que Marguerite ne se désole pas pour moi, repris-je avec un sourire forcé.

– 163 –

– Et elle a grandement raison. Vous avez fait ce que vous deviez faire, vous avez été plus raisonnable qu'elle, car cette fille-là vous aimait, elle ne faisait que parler de vous, et aurait été capable de quelque folie.

– Pourquoi ne m'a-t-elle pas répondu, puisqu'elle m'aime ?

– Parce qu'elle a compris qu'elle avait tort de vous aimer. Puis les femmes permettent quelquefois qu'on trompe leur amour, jamais qu'on blesse leur amour-propre, et l'on blesse toujours l'amour-propre d'une femme quand, deux jours après qu'on est son amant, on la quitte, quelles que soient les raisons que l'on donne à cette rupture. Je connais Marguerite, elle mourrait plutôt que de vous répondre.

– Que faut-il que je fasse alors ?

– Rien. Elle vous oubliera, vous l'oublierez, et vous n'aurez rien à vous reprocher l'un à l'autre.

– Mais si je lui écrivais pour lui demander pardon ?

– Gardez-vous-en bien, elle vous pardonnerait.

Je fus sur le point de sauter au cou de Prudence.

Un quart d'heure après, j'étais rentré chez moi et j'écrivais à Marguerite :

« Quelqu'un qui se repent d'une lettre qu'il a écrite hier, qui partira demain si vous ne lui pardonnez, voudrait savoir à quelle heure il pourra déposer son repentir à vos pieds.

« Quand vous trouvera-t-il seule ? Car, vous le savez, les confessions doivent être faites sans témoins. »

– 164 –

Je pliai cette espèce de madrigal en prose, et je l'envoyai par Joseph, qui remit la lettre à Marguerite elle-même, laquelle lui répondit qu'elle répondrait plus tard.

Je ne sortis qu'un instant pour aller dîner, et à onze heures du soir je n'avais pas encore de réponse.

Je résolus alors de ne pas souffrir plus longtemps et de partir le lendemain.

En conséquence de cette résolution, convaincu que je ne m'endormirais pas si je me couchais, je me mis à faire mes malles.

– 165 –

Chapitre XV

Il y avait à peu près une heure que Joseph et moi nous préparions tout pour mon départ, lorsqu'on sonna violemment à ma porte.

– Faut-il ouvrir ? me dit Joseph.

– Ouvrez, lui dis-je, me demandant qui pouvait venir à pareille heure chez moi, et n'osant croire que ce fût Marguerite.

– Monsieur, me dit Joseph en rentrant, ce sont deux dames.

– C'est nous, Armand, me cria une voix que je reconnus pour celle de Prudence.

– 166 –

Je sortis de ma chambre.

Prudence, debout, regardait les quelques curiosités de mon salon ; Marguerite, assise sur le canapé, réfléchissait.

Quand j'entrai, j'allai à elle, je m'agenouillai, je lui pris les deux mains, et, tout ému, je lui dis : pardon.

Elle m'embrassa au front et me dit :

– Voilà déjà trois fois que je vous pardonne.

– J'allais partir demain.

– En quoi ma visite peut-elle changer votre résolution ? Je ne viens pas pour vous empêcher de quitter Paris. Je viens parce que je n'ai pas eu dans la journée le temps de vous répondre, et que je n'ai pas voulu vous laisser croire que je fusse fâchée contre vous.

Encore Prudence ne voulait-elle pas que je vinsse ; elle disait que je vous dérangerais peut-être.

– Vous, me déranger, vous, Marguerite ! Et comment ?

– Dame ! Vous pouviez avoir une femme chez vous, répondit Prudence, et cela n'aurait pas été amusant pour elle d'en voir arriver deux.

Pendant cette observation de Prudence, Marguerite me regardait attentivement.

– Ma chère Prudence, répondis-je, vous ne savez pas ce que vous dites.

– C'est qu'il est très gentil votre appartement, répliqua Prudence ; peut-on voir la chambre à coucher !

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– Oui.

Prudence passa dans ma chambre, moins pour la visiter que pour réparer la sottise qu'elle venait de dire, et nous laisser seuls, Marguerite et moi.

– Pourquoi avez-vous amené Prudence ? lui dis-je alors.