38114.fb2 Ensemble, c’est tout - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 7

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Quand il l'avait recueillie une semaine auparavant sur le pas de sa porte, affamée, hagarde et silencieuse, Camille Fauque venait de passer plusieurs nuits dans la rue.

Il avait eu peur d'abord, en apercevant cette ombre sur son palier :

— Pierre ?

— Qui est là ?

— Pierre... gémit la voix.

— Qui êtes-vous ?

Il appuya sur le minuteur et sa peur devint plus grande encore :

— Camille ? C'est toi ?

— Pierre, sanglota-t-elle en poussant devant elle une petite valise, il faut que vous me gardiez ça... C'est mon matos vous comprenez et je vais me le faire voler... Je vais tout me faire voler... Tout, tout... Je ne veux pas qu'ils me prennent mes outils parce que sinon, je crève, moi... Vous comprenez ? Je crève...

Il crut qu'elle délirait :

— Camille ! Mais de quoi tu parles ? Et d'où tu viens ? Entre !

Mathilde était apparue derrière lui et la jeune femme s'effondra sur leur paillasson.

Ils la déshabillèrent et la couchèrent dans la chambre du fond. Pierre Kessler avait tiré une chaise près du lit et la regardait, effrayé.

— Elle dort ?

— J'ai l'impression...

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Je n'en sais rien.

— Mais regarde dans quel état elle est !

— Chuuut...

Elle se réveilla au milieu de la nuit le lendemain et se fit couler un bain très lentement pour ne pas les réveiller. Pierre et Mathilde, qui ne dormaient pas, jugèrent préférable de la laisser tranquille. Ils la gardèrent ainsi quelques jours, lui laissèrent un double des clefs et ne lui posèrent aucune question. Cet homme et cette femme étaient une bénédiction.

Quand il lui proposa de l'installer dans une chambre de bonne qu'il avait conservée dans l'immeuble de ses parents bien après leur mort, il sortit de sous son lit la petite valise écossaise qui l'avait menée jusqu'à eux :

— Tiens, lui dit-il. Camille secoua la tête :

— Je préfère la laisser ic...

— Pas question, la coupa-t-il sèchement, tu la prends avec toi. Elle n'a rien à faire chez nous !

Mathilde l'accompagna dans une grande surface, l'aida à choisir une lampe, un matelas, du linge, quelques casseroles, une plaque électrique et un minuscule frigidaire.

— Tu as de l'argent ? lui demanda-t-elle avant de la laisser partir.

— Oui.

— Ça ira ma grande ?

— Oui, répéta, Camille en retenant ses larmes.

— Tu veux garder nos clefs ?

— Non, non, ça ira. Je... qu'est-ce que je peux dire... qu'est-ce que...

Elle pleurait.

— Ne dis rien.

— Merci ?

— Oui, fit Mathilde en l'attirant contre elle, merci, ça va, c'est bien.

Ils vinrent la voir quelques jours plus tard.

La montée des marches les avait épuisés et ils s'affalèrent sur le matelas.

Pierre riait, disait que cela lui rappelait sa jeunesse et entonnait « La bohêêê-meu ». Ils burent du Champagne dans des gobelets en plastique et Mathilde sortit d'un gros sac tout un tas de victuailles merveilleuses. Le Champagne et la bienveillance aidant, ils osèrent quelques questions. Elle répondit à certaines, ils n'insistèrent pas.

Alors qu'ils étaient sur le point de partir et que Mathilde avait déjà descendu quelques marches, Pierre Kessler se retourna et la saisit par les poignets :

— Il faut travailler, Camille... Tu dois travailler maintenant...

Elle baissa les yeux :

— J'ai l'impression d'en avoir beaucoup fait ces derniers temps... Beaucoup, beaucoup...

Il resserra son étreinte, lui fit presque mal.

— Ce n'était pas du travail et tu le sais très bien ! Elle leva la tête et soutint son regard :

— C'est pour ça que vous m'avez aidée ? Pour me dire ça ?

— Non. Camille tremblait.

— Non, répéta-t-il en la délivrant, non. Ne dis pas de bêtises. Tu sais très bien que nous t'avons toujours considérée comme notre propre fille...

— Prodigue ou prodige ? Il lui sourit et ajouta :

— Travaille. Tu n'as pas le choix de toute façon...

Elle referma la porte, rangea leur dînette et trouva un gros catalogue de chez Sennelier au fond du sac. Ton compte est toujours ouvert... lui rappelait un Post-it. Elle n'eut pas le courage de le feuilleter et but la fin de la bouteille au goulot.