38114.fb2 Ensemble, c’est tout - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 85

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— À quoi tu penses ?

— À rien.

— À ta jeunesse ?

— Peut-être... À rien, donc. C'est bien ce que je dis...

— C'était rien ta jeunesse ?

— Pas grand-chose en tout cas...

— Pourquoi ?

— Putain... Si on commence là-dessus, on y est encore demain matin...

— Franck ?

— Oui.

— Qu'est-ce qu'elle a ta grand-mère ?

— Elle est vieille... Elle est toute seule... Toute sa vie elle a dormi dans un bon gros lit comme celui-ci avec un matelas en— laine et un crucifix au-dessus de la tête et maintenant elle est en train de se laisser mourir dans une espèce de caisson en fer merdique...

— Elle est à l'hôpital ?

— Nan, dans une maison de retraite...

— Camille ?

— Oui?

— T'as les yeux ouverts, là ?

— Oui.

— Tu sens comme/la nuit est bien noire ici ? Comme la lune est belle ? Comme les étoiles brillent ? T'entends la maison ? Les tuyaux, le bois, les armoires, l'horloge, le feu en bas, les oiseaux, les bêtes, le vent... T'entends tout ça ?

— Oui.

— Ben elle, elle les entend plus... Sa chambre donne sur un parking toujours éclairé, elle guette le bruit métallique des chariots, les conversations des aides-soignantes, ses voisins qui râlent et leurs télés qui jacassent toute la nuit. Et... Et elle en crève...

— Mais tes parents ? Y peuvent pas s'en occuper, eux ?

— Oh Camille...

— Quoi ?

— Ne m'emmène pas par là... Dors maintenant.

— J'ai pas sommeil.

— Franck ?

— Quoi encore ?

— Y sont où tes parents ?

— J'en sais rien.

— Comment ça, t'en sais rien ?

— J'en ai pas.

— ...

— Mon père, je l'ai jamais connu... Un inconnu qui s'est vidé les burnes à Tanière d'une bagnole... Et ma mère, euh...

— Quoi ?

— Ben ma mère, elle était pas très contente qu'un connard dont elle arrivait même pu à se souvenir le nom se soit vidé les burnes comme ça... alors euh...

— Quoi ?

— Ben rien...

— Rien quoi ?

— Ben elle en voulait pas...

— Du mec ?

— Nan, du petit garçon.

— C'est ta grand-mère qui t'a élevé ?

— Ma grand-mère et mon grand-père...

— Et lui, il est mort ?

— Oui.

— Tu l'as jamais revue ?

— Camille, je te jure, arrête. Sinon, tu vas te sentir; obligée de me prendre dans tes bras après...

— Si. Vas-y. C'est un risque que je veux bien prendre...

— Menteuse.