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Huit jours après les événements que nous venons de raconter. C’est une belle et radieuse journée. Un dimanche. Les rues de Paris sont pleines de promeneurs en habit de fête. La grande ville a cet aspect de gaieté bruyante qu’elle prend à de certains jours où le soleil, du haut du ciel sans nuages, verse à flots la joie et la vie.
Rue Saint-Antoine, les passants étaient plus nombreux que partout ailleurs. En effet, la rue Saint-Antoine, c’était la grande artère qui conduisait à la place Royale. Et la place Royale, aujourd’hui pétrifiée dans le souvenir du passé, silencieuse comme un impassible témoin de l’histoire, la place Royale que les enfants – ces moineaux de Paris – et les moineaux – ces gavroches de la nature – animent seuls de leurs piaillements, la place Royale était alors, disons-nous, le rendez-vous à la mode de toute les élégances parisiennes. Jeunes marquises en falbalas, la main haut gantée appuyée sur la canne enrubannée; jeunes seigneurs, le tricorne sous le bras, l’épée au côté; roués et courtisans, femmes galantes et dames du monde y coquetaient à qui mieux, et, suivant le vieux mot français si joli, si expressif, y fleuretaient en minaudant et en faisant mille grâces. (Le mot a été hideusement tronqué et, sous prétexte de nouveauté, on en a fait, de l’anglais: flirter.)
Dans cette foule bariolée, enrubannée, paniers à fleurettes, chapeaux de paille à grands pompons, cheveux poudrés; dans ces groupes qui se saluaient avec cette exquise afféterie, comme on se saluait dans les menuets; parmi ces promeneuses et promeneurs qui erraient sous les quinconces de la place Royale, il n’était bruit que de la fête que messieurs de l’Hôtel de Ville devaient offrir au roi.
Et la grande joie, dans ce monde joli, pailleté, léger, c’était de pouvoir s’aborder en disant:
– C’est fait! j’en suis! j’ai mon invitation!
– Comment, chère marquise, vous n’y serez pas?
– On dit des merveilles de la décoration…
– On parle d’un ballet où le roi figurera en personne. Cela s’appelle le Ballet de la clairière de l’Ermitage, et c’est plein de chasseurs, de dianes chasseresses et de nymphes…
– On dit aussi que le ballet s’appellera: La Fée de la clairière, ou le Cerf gracié…
Dans la rue Saint-Antoine, les promeneurs, plus serrés que sur la place Royale, s’occupaient simplement du pain qui renchérissait dans des proportions effrayantes, et des dernières levées d’impôts qui venaient d’être proclamées au tambour.
C’est que, là, c’étaient des gens du peuple qui passaient leur dimanche au bon soleil, ce grand et bon père de l’humanité qui verse à tous, ses clairs regards, pauvres et riches.
Et, comme nous l’avons dit, le soleil était ce jour-là si rayonnant que la gaîté l’emportait encore sur les lourdes inquiétudes du peuple.
Tout à coup, dans cette foule, des cris s’élevèrent.
Un carrosse lancé à fond de train accourait au fond de la rue, se dirigeant vers la Bastille au galop de ses deux chevaux, et menaçant de renverser quiconque ne se rangeait pas assez vite.
On se bousculait, on s’écartait en toute hâte, des grondements contenus s’élevaient, mais nul n’osait élever la voix.
Le carrosse passait comme un tonnerre.
Plusieurs personnes, cependant, avaient reconnu le personnage qui avait si peu de souci de la vie des gens.
– C’est ce méchant roué… ce flagorneur du roi…
– Le comte du Barry!…
– Va donc! hé! comte de six liards! cria un gamin.
Et aussitôt la colère qui commençait à gronder, cette colère qui, une cinquantaine d’années plus tard, devait si terriblement éclater, se fondait en une gaîté railleuse.
– Ohé! criait l’un. Où court-il donc si vite?
– Pardi! Il va à la Bastille!
– Qu’il y reste!…
Bien entendu, on ne s’esclaffait ainsi que lorsque le carrosse était déjà bien loin…
C’était le comte du Barry, en effet. Et c’était bien à la Bastille qu’il se rendait!…
Il était assis dans le fond de sa voiture, sombre et dédaigneux comme à son habitude. Devant lui, sur la banquette, se tenait modestement un homme vêtu comme un bourgeois qui eût tenu à ne pas trop se faire remarquer.
Cet homme tenait ses yeux baissés, gardait les coudes au corps, rentrait les jambes sous les genoux; bref, il semblait prendre à tâche de se faire aussi petit que possible, tandis que du Barry, au contraire, semblait, du haut de son jabot à dentelles, crier au simple piéton:
– Eh bien, oui, c’est moi! Malheur à qui se trouve sur ma route!…
Le carrosse, toutefois, s’arrêta sans avoir causé d’autre accident que quelques bousculades et quelques contusions, devant la porte Saint-Antoine.
Les deux hommes mirent pied à terre, et, franchissant le pont-levis, entrèrent dans la haute et noire forteresse qui semblait menacer Paris de ce même air de morgue et d’insolence dont le comte du Barry avait menacé les promeneurs de la rue.
L’officier de garde au poste, reconnaissant un des familiers du roi, se précipita au-devant du comte, le chapeau à la main.
– Faites-moi conduire au gouverneur, dit du Barry.
– Je vais avoir l’honneur de vous conduire moi-même, répondit l’officier avec cette suprême politesse des gens de bon ton d’alors, quand toutefois ils avaient ce bon ton!
Du Barry acquiesça d’un signe de tête et se mit à marcher derrière l’officier.
Son silencieux et modeste compagnon l’escortait…
Mais tandis que le comte ne prêtait aucune attention à ce qui l’entourait, cet homme ne put réprimer un frisson en pénétrant dans une cour étroite, humide, sans air ni lumière, et en entendant la porte se refermer lourdement derrière lui.
Et si du Barry avait pu pénétrer la pensée de son compagnon, voici ce qu’il eût entendu au fond de cette pensée:
– Diable!… mais c’est une tombe… une triste tombe… que cette forteresse! Dire que si on savait… si un mot maladroit échappait à ce du Barry… Oh! je frémis à l’idée que je serais enfermé là pour toujours… à moins qu’une bonne corde au cou…
Il n’acheva pas.
L’aspect intérieur de la Bastille était en effet terrible. Il régnait là une atmosphère mortelle; de hautes murailles noires où poussaient des mousses verdâtres, quelques étroites ouvertures dont les épais barreaux semblaient mettre une séparation suprême contre le monde des vivants et des malheureux qui gémissent dans ces cachots… voilà ce qu’on voyait…
Le pas monotone des sentinelles, le fric-frac sinistre d’un porte-clefs qui passe, le cri de ronde du sergent faisant une tournée… voilà ce qu’on entendait…
L’officier franchit une porte basse et monta un escalier tournant, aux marches de pierre à demi usées comme par des larmes, entre des murs où le salpêtre reluisait par places en brillants cristaux.
Au premier étage, il s’arrêta, donna un mot de passe à un factionnaire qui montait la garde devant une porte, frappa à cette porte et parlementa quelques instants avec le valet qui était venu ouvrir et qui rentra dans l’intérieur en faisant signe d’attendre.
Quelques instants plus tard, le comte du Barry et son compagnon étaient introduits dans un vaste cabinet sévèrement meublé, orné de vieilles tentures qui sentaient le moisi, et surtout de redoutables casiers qui portaient des numéros.
C’était bien là le cabinet d’un geôlier en chef.
Le gouverneur de la Bastille, vieillard au regard vitreux, entra, salua le comte avec une certaine déférence et coula vers l’étranger un mince regard qui fit frémir celui auquel il s’adressait.
– Quelles nouvelles, mon cher comte? demanda le gouverneur. Car dans ce trou je ne vois rien, je n’entends rien, je ne sais rien… Ah! vous êtes bien heureux, vous, de vivre à la cour!… Est-ce que mademoiselle de Châteauroux règne toujours sur le cœur de notre bien-aimé souverain?
Le comte du Barry tressaillit.
L’homme silencieux regarda le gouverneur avec une profonde attention, et murmura:
– Si cet homme-là n’est pas un imbécile, c’est un être redoutable… À surveiller!…
– Mlle de Châteauroux est morte, dit le comte du Barry, et si loin que vous viviez de la cour, vous ne me ferez pas croire…
– Bah!… dit flegmatiquement le gouverneur. D’honneur!… j’ignorais! Ah! elle est morte, cette pauvre Châteauroux!… Le ciel ait son âme!… Le grand Frédéric ne l’appellera plus Cotillon III.
Cette fois, l’homme silencieux se mordit les lèvres et du Barry devint livide.
– De quel grand Frédéric parlez-vous? balbutia-t-il.
– Mais… de l’unique, de l’illustre, du triomphateur… de l’ami de M. de Voltaire… du roi de Prusse, enfin!… Mais laissons cela, et voyons ce qui me procure le trop rare plaisir de votre visite…
– Simplement ceci, dit le comte en se remettant.
En même temps, il sortait de sa poche un papier timbré du sceau royal qu’il tendit au gouverneur.
Celui-ci parcourut le papier, jeta un regard de surprise sur le compagnon de du Barry, et dit:
– Ordre du roi… je m’incline!… Je suis à votre disposition, monsieur…
– Monsieur Jacques, dit vivement du Barry en faisant un peu tard la présentation.
L’homme qui s’appelait de ce nom, peut-être un peu trop modeste, se leva, salua profondément et, d’une voix sans accent, une de ces voix qui semblent couler sans vouloir laisser d’impression, il prononça:
– Je vous remercie, monsieur le gouverneur… Je m’intéresse vivement à ce jeune homme… M. le comte a bien voulu se charger des démarches, et…
– Il suffit! dit le gouverneur. Vous comprenez, cela m’est bien égal, à moi! Du moment que vous m’apportez un ordre signé d’Argenson et contresigné Berryer, le reste ne me regarde pas!… Cependant, ce n’était vraiment pas la peine, alors, de me donner l’ordre de tenir ce… jeune homme… au secret le plus rigoureux… Je vais vous faire conduire…
Il appuya sur un timbre. Un valet parut.
– Faites-moi venir le porte-clefs n° 9, dit le gouverneur. Quelques minutes plus tard, le porte-clefs indiqué faisait son apparition dans le cabinet.
– Conduisez monsieur à la cellule du numéro… voyons… quel numéro, déjà?…
Le gouverneur se leva, alla aux casiers, chercha un instant, puis, se retournant:
– Au numéro 214.
Comme on voit, ce gouverneur ne voulait connaître le nom ni de ses geôliers ni de ses prisonniers. Il avait coutume de dire que lui-même s’appelait le numéro 1. Pas de noms, à la Bastille! Rien que des numéros!…
Le geôlier fit un signe à M. Jacques, lequel, ayant salué le gouverneur avec toute la gaucherie dont il fut capable, sortit du cabinet.
– Un bien digne homme, ce M. Jacques! dit alors du Barry en se levant. Mon cher gouverneur, mille remerciements pour votre amabilité…
– Mais pas du tout… puisque vous m’apportiez l’ordre!… Vous n’attendez pas votre M. Jacques?
– Ma foi, non… j’ai hâte de respirer l’air du dehors…
– Je comprends cela! fit le gouverneur avec un soupir.
Du Barry échangea les salutations en usage et se retira.
Quand il fut dehors, il donna l’ordre au postillon de son carrosse d’attendre où il se trouvait, et, se rapprochant de la place Royale, entra dans la petite rue du Foin, puis, non sans s’assurer qu’on ne le surveillait pas, pénétra rapidement dans une petite maison basse de modeste apparence.
Cette maison, c’était celle de M. Jacques!
Celui-ci avait suivi le geôlier, – le porte-clefs n° 9, comme disait le gouverneur. – Le geôlier descendit l’escalier, traversa cette cour étroite et sombre qui avait si vivement impressionné M. Jacques, longea un humide couloir, monta un escalier où, d’étage en étage, on rencontrait des sentinelles à qui il fallait donner le mot de passe, entra dans un long corridor, et s’arrêta enfin devant une solide porte dont il s’apprêta à tirer les verrous.
À ce moment, M. Jacques le toucha au bras:
– Pardon, mon ami, un mot, s’il vous plaît.
– Dix, si vous voulez!
– Savez-vous comment s’appelle le prisonnier qui est là?
– Le 214?…
– Oui! Le 214!…
– Vous ne savez pas son nom?
– Je me suis chargé de lui faire une petite commission… on m’a dit son nom… mais j’avoue que je l’ai oublié…
– Eh bien, il s’appelle le chevalier d’Assas!…
Au moment où, devant Saint-Germain-l’Auxerrois, le chevalier avait été arrêté, son premier mouvement tout instinctif avait été de tirer son épée et de se défendre.
Mais tout aussitôt le découragement s’empara de lui.
– À quoi bon être libre, maintenant! À quoi bon vivre! Puisqu’elle en épouse un autre! Puisqu’elle ne m’aime pas!… Disparaissons donc du monde des vivants!
Et, sans la moindre résistance, il entra dans le lourd véhicule vers lequel on le poussait et dont on ferma à clef les mantelets. Vingt minutes après cette arrestation qui n’avait causé aucun bruit, aucun scandale, le chevalier d’Assas entrait à la Bastille, suivait les soldats et les geôliers sans savoir où on le conduisait, marchant comme en rêve, et était enfin enfermé à triple verrou dans la chambre n° 214.
Ce mot «chambre» était officiel, par opposition avec les cachots qui se trouvaient dans les sous-sols. Mais qu’il n’aille pas évoquer l’image de quelque pièce claire et propre, avec son lit, ses meubles…
La chambre 214 n’était ni plus ni moins qu’un cachot un peu moins sombre que les cachots souterrains.
Une étroite couchette en bois, vissée au mur, avec une simple couverture pour toute literie, un escabeau à trois pieds, une planchette supportant un pain, une cruche pleine d’eau, voilà quel était l’ameublement de cette pièce.
La muraille avait huit pieds d’épaisseur. Une double rangée d’épais barreaux de fer défiait toute tentative d’évasion. L’air et la lumière ne pénétraient là qu’avec parcimonie.
Le premier jour, le chevalier ne prêta aucune attention à ces détails. Il ne vit ni l’horreur des voûtes qui surplombaient, ni la moisissure des murs, ni l’épaisseur des barreaux… il ne mangea pas… il se jeta sur l’étroite couchette, ferma les yeux, se croisa les bras sur la poitrine et se mit à songer à elle!…
Tout son bonheur était là, en effet!
À cet âge de charme et d’illusion, au printemps de la vie, lorsque l’homme à sa vingtième année ouvre ses ailes vers cet abîme de l’existence qui lui paraît tout azur et qui bientôt lui semblera peut-être bien noir, à l’âge du chevalier, l’amour est la grande, l’unique pensée du cœur et de l’esprit.
Que peuvent être les catastrophes auprès de cette douleur: ne pas être aimé de celle qu’on aime!
Le chevalier d’Assas aimait aussi profondément que s’il eût connu depuis des années «l’objet de sa flamme», comme on disait alors dans ce style précieux qui paraît un peu ridicule à notre époque de chiffres, mais qui, sous sa préciosité même, était au fond si juste et si joli…
Il ne connaissait Jeanne que depuis quelques heures, il savait à peine son nom depuis la matinée même; et l’image adorée était burinée dans son imagination comme une de ces eaux-fortes, ineffaçable, et le nom chéri venait à ses lèvres comme un de ces chants dont on ne peut plus se défaire.
Le chevalier était de ces âmes généreuses qui se donnent une fois dans un grand coup de passion et qui ne se reprennent plus. Un autre se fut dit:
– Puisqu’elle se marie à un autre, puisqu’elle ne m’aime pas, je vais arracher cet amour de mon cœur, faire l’impossible pour n’y plus penser!
Lui constata simplement que toute sa vie il aimerait la jeune fille en rose de la clairière de l’Ermitage. Il comprit que c’était fini, que plus rien au monde n’existait qu’elle dans sa pensée, et que cet amour était inguérissable.
Seulement, il comprit en même temps qu’il en mourrait.
Où? Quand? Comment? Il ne chercha pas à se le demander.
Il en mourrait, voilà tout!…
Cette première journée de captivité et celle du lendemain se passèrent donc dans une prostration complète.
Mais si le chevalier était à l’âge des passions absolues, il était aussi à l’âge où la vie afflue au cerveau, ardente, impérieuse. De plus, son tempérament combatif devait rapidement le pousser à une sorte de révolte.
Il commença par se dire que puisqu’il ne pouvait vivre sans Jeanne, puisqu’il devait mourir, la prison était une mort comme une autre. La Bastille tuait vite.
Et, au besoin, il aiderait à la prison. Un jour, à la première occasion, il menacerait le gouverneur. Alors on le descendrait dans l’un de ces cachots où l’on récoltait le salpêtre à la pelle, où l’on devenait poitrinaire en trois mois, tombes affreuses qui absorbaient des vivants et ne rendaient que des cadavres…
Puis il sentit monter en lui comme une furieuse colère.
Il se dit que cette mort serait indigne de lui… d’elle!
Il voulait mourir, mais au grand jour, en pleine liberté… mourir peut-être sous ses yeux, à elle!…
Alors, il se mit à tourner comme un fauve dans sa prison, ébranla les barreaux, secoua la porte, se démena, cria, rugit, le tout en pure perte…
Et alors aussi se posa dans son esprit cette question à laquelle il n’y avait pas de réponse possible:
– Pourquoi suis-je à la Bastille? Pourquoi m’a-t-on arrêté?… Qu’ai-je fait?…
Il interrogea le geôlier qui lui apportait à manger: et le geôlier lui répondit qu’il lui était défendu de parler aux prisonniers. Il demanda à voir le gouverneur, et il lui fut dit que le gouverneur avait bien autre chose à faire que de se rendre aux appels des pensionnaires de la Bastille.
À mesure que le chevalier se rendait mieux compte de sa situation, à mesure qu’il comprenait qu’il ne sortirait jamais de cette affreuse prison, son désir de liberté devenait plus frénétique.
Il eut des accès de colère furieuse, il eut des crises de désespoir.
Et il en vint à se dire:
– Qu’elle ne m’aime pas, soit!… Je ne demande pas qu’elle m’aime! Mais ne plus la voir! Jamais! Jamais! Oh! ceci est atroce!… Je veux la revoir, ne fût-ce qu’une seule fois, ne fût-ce que pour lui dire que je meure d’amour et que je meure en l’adorant!… Oui, oh! oui, la revoir… à tout prix!…
Alors, il se mit à chercher un moyen d’évasion.
Mais il dut se rendre à l’évidence: à moins d’un prodigieux hasard, il lui fallait compter au moins plusieurs années de travail assidu avant de pouvoir réaliser un projet offrant une chance de réussite…
Vivre jusque-là sans la revoir, c’était impossible!…
Dès lors, une mortelle angoisse s’empara de lui. Et comprenant qu’à creuser toujours cette même idée, à se repaître du désespoir de ne plus voir celle qu’il adorait, il allait devenir fou, il prit la résolution de se tuer…
Comme il venait de s’étendre sur sa couchette pour chercher un moyen de suicide prompt et sûr, la porte de son cachot s’ouvrit brusquement; un homme qu’il ne connaissait pas entra, et repoussa derrière lui la porte tandis que le geôlier demeurait dehors…
Cet homme s’approcha du chevalier qui, hagard, haletant, s’était soulevé sur sa couchette.
Il s’assit sur l’escabeau, sourit mystérieusement, plaça un doigt sur sa bouche pour recommander le silence, et, à voix basse, prononça:
– Je vous apporte des nouvelles de Jeanne!…