38835.fb2 Le d?ner des ex - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 31

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Si je devais te décrire des moments heureux passés avec lui, ce seraient ceux qui suivirent nos retrouvailles. Manuel avait changé, modifiant son intransigeance en une affection tangible. Quant à moi, je n'étais plus la créature soumise d'antan ; les responsabilités grandissantes de mon métier avaient forgé une maturité capable d'effacer tout asservissement. Il continuait à me vouvoyer ; en revanche, je lui disais « tu ». Tutoyer Manuel définissait la garantie de ma nouvelle indépendance. C'était un privilège qu'il acceptait en toute impunité.

Au lit, il n'était plus mon maître. Là aussi je m'étais dépouillée pour toujours d'une ancienne docilité, et je goûtais pour la première fois à une satisfaction inconnue : ma capacité d'arracher à cet être réservé des gémissements de plaisir. Le voir s'abandonner sous l'effet de mes caresses me procurait la plus grande des voluptés ; ainsi j'appris à connaître les coins et les recoins de ses désirs. La tendresse ne venait qu'après nos ébats, discrète, sur la pointe des pieds, pour s'envoler aussitôt.

Nous n'étions pas encore des amants tendres, comme toi et moi. Grisée par le jeu pervers auquel nous nous livrions chaque jour davantage, en repoussant les limites de notre soif d'aimer, j'ai cédé à certaines de ses exigences. J'obtenais en retour un gage, auquel il fallait qu'il se pliât. C'était une drôle de façon d'aimer, en vérité.

Grâce à lui, j'eus un aperçu initial – et formateur – des abîmes (oserais-je dire bas-fonds ?) de la sexualité masculine. Manuel aimait les femmes d'un appétit démesuré. De son plein gré, il m'a laissée pénétrer le domaine interdit de ses fantasmes, à mes risques et périls. Longtemps je me suis demandé si j'en étais sortie indemne.

Je connus avec lui les boutiques des quartiers chauds de la capitale, là où le sexe sous toutes ses formes était à vendre ; il se promenait dans les rayons, s'attardant sur un objet, une photographie, un gadget, avec une expression amusée. Je connus avec lui ces établissements équipés de cabines étroites, où il visionnait des vidéos pornographiques avec un détachement apparent, hormis le froncement incontrôlé de ses sourcils, signe qui trahissait son excitation. Il n'avait alors qu'à me regarder pour que je comprenne comment assouvir chacune de ses envies.

Je garde enfouis en moi, dans une boîte de Pandore verrouillée, des images furtives de corps imbriqués et de bouches avides, ainsi que le souvenir de lieux de passage nocturnes envers lesquels il nourrissait une obscure inclination, où une dose d'amour vénale se troquait contre quelques billets froissés, et où des créatures de la nuit, ramassées au coin d'une rue, au sexe parfois incertain, se soumettaient à sa volonté devant mon regard consentant.