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Hier soir, en rentrant de V., les oreilles vrombissantes à force de « Beethovenier », je trouvai un message d'Hadrien sur mon répondeur. Je me suis laissée aller à une danse de bonheur autour de la pièce, suivie d'un Martin ravi, sous le regard gêné de Patrick, qui devait croire que sa patronne devenait folle. Il a peut-être raison.
Je n'ai pas effacé le message ; je crois que je l'ai écouté vingt fois. Cela t'amuse, non ? C'est vrai, j'ai l'impression d'avoir quinze ans quand il s'agit de lui. Une fois seule, je l'ai rappelé. Sa voix m'a semblé plus tendue que sur le message. Notre conversation fut brève ; il me demanda de le retrouver le lendemain matin à neuf heures, dans un café faisant l'angle avec l'avenue de l'O.
En contemplant au réveil mon visage bouffi, je faillis ne pas me rendre à ce rendez-vous ; et je dus me faire violence pour quitter l'appartement, une paire de lunettes noires sur le nez.
Il m'attendait en lisant un journal. Imagine mon soulagement en découvrant ses paupières gonflées par le sommeil. Discrètement, j'ôtai mes lunettes pour les glisser dans ma poche.
Il m'eût été agréable de te décrire un petit déjeuner charmant ; il m'eût été facile de te mentir, cher Max, de te rapporter une conversation factice, te faire croire que « l'affaire était dans le sac ».
Mais je suis parvenue trop loin dans cette longue missive pour écrire des mensonges, sous prétexte que les événements de ma vie n'ont pas l'amabilité de s'accorder à mes envies. Je ne t'ai jamais menti ; ce n'est pas maintenant que je vais commencer.
Je te dirai ceci, sans aucun autre commentaire : je crois qu'Hadrien aime encore sa femme.