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Alors que je le quittais, Hadrien me dit qu'il désirait faire la connaissance de Martin. J'ai trouvé sa demande aussi étonnante que charmante.
Depuis le divorce, Martin ne m'a jamais vue avec un homme. Récemment, quand il m'a demandé pourquoi maman n'avait pas d'amoureux, j'ai répondu qu'elle avait beaucoup de travail et peu de temps pour en avoir. Ainsi, Martin s'est habitué à ce que sa mère fût seule.
En posant son regard sur Hadrien, venu lui dire bonsoir, Martin sembla étonné. Il répondit poliment aux questions de notre invité, lui montra sa chambre et ses jouets, tout en le scrutant d'un air songeur. Puis il prit un livre et voulut qu'on lui lise une histoire. Hadrien entama Cendrillon.
Le téléphone sonna ; je sortis de la chambre pour y répondre. C'était Claire, m'informant de plusieurs rendez-vous importants que je notai sur mon agenda. Tandis que je l'écoutais, les belles tonalités graves d'Hadrien racontaient comment Cendrillon perdit son escarpin de vair en s'enfuyant du palais.
À ce moment précis, la voix aiguë de mon fils s'éleva :
— Dis, tu veux bien être l'amoureux de maman ? Elle n'en a pas.
Retenant mon souffle, je tendis l'oreille. À l'autre bout du fil, Claire, que mon silence surprenait, me demanda si tout allait bien. Sa voix masqua celle d'Hadrien. Là-bas, dans la chambre, Martin et Hadrien chuchotaient à présent.
Lorsque j'eus fini ma conversation, je retournai vers eux, arborant une expression décontractée, comme si je n'avais rien entendu. Je leur trouvai l'air de deux conspirateurs. Après le départ d'Hadrien, en bordant mon fils, je tentai d'en apprendre un peu plus. Il me jeta un regard en biais avec un sourire au coin des lèvres.
— Mais c'est un secret, dit-il enfin. J'ai promis de le garder. Tu m'as toujours dit qu'il fallait tenir ses promesses, n'est-ce pas, maman ?