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Cette nuit, des songes érotiques vinrent troubler la tranquillité de mon sommeil. J'ai rêvé de la texture exacte de sa peau, des quelques poils gris et noirs de son torse, de son abdomen plat, de ses fesses bombées.
Puis, de façon précise, j'ai rêvé de l'expression qu'il devait avoir au moment de jouir. L'acuité de cette image me réveilla. En ouvrant les yeux, je ressentis la sensation étrange et délicieuse de conserver la chaleur de sa semence en moi ; il me sembla désormais connaître la saveur secrète de sa salive et de son sexe.
Il n'était plus question de dormir. Je regardai ma montre : deux heures du matin. Un profond silence régnait. Dormait-il ? Rêvait-il, lui aussi ? Debout, j'enfilai sur ma nudité une robe de chambre en soie, passai une brosse dans mes cheveux, posai quelques gouttes de parfum sur mon cou et la naissance de mes seins.
Le couloir s'allongea devant moi comme un long tunnel. Je n'entendais aucun bruit. Le numéro de sa chambre m'échappait ; impossible de m'en souvenir. Je me rendis au rez-de-chaussée par l'escalier, pieds nus courant sur l'épaisse moquette bordeaux. Le hall était désert. Un coup d'œil sur le registre m'apprit que M. Hadrien H. dormait dans la chambre 307.
Au troisième étage, le cœur battant, j'entrouvris sa porte qui n'était pas verrouillée. Une petite lumière sur la table de nuit baignait la pièce d'une clarté rosée.
Hadrien n'était pas dans son lit. Stupéfaite, je contemplai les draps froissés ; ma main toucha l'oreiller, il était encore chaud. Je regardai dans la salle de bains. Personne.
Ou donc était-il passé ? Avait-il rendez-vous avec une autre femme ? Était-ce pour cette raison qu'il était venu à V. ? Je battis en retraite, désemparée, traînant les pieds jusqu'à ma suite.
Retranchée dans ma chambre, alors que je me glissai entre les draps, une main chaude vint se poser sur mon ventre. Étouffant un cri, je découvris Hadrien nu dans mon lit. Malgré l'heure tardive, pouvait-on encore s'enivrer de château-margaux ?
Il est coutumier de donner aux cyclones, aux tornades, aux tempêtes, des prénoms féminins ou masculins. Je ne me suis pas encore remise de l'ouragan Hadrien qui s'abattit cette nuit-là sur moi.
Les hommes, souvent, ne donnent rien d'eux-mêmes, ou si peu, pendant l'amour. Hadrien, généreux, ardent, réjouissant, était un cadeau.