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Nous nous envolons.
Cette fois-ci non plus dans l'espace, mais dans le temps.
Le ciel est jaune feu et rouge sang.
La musique se fonde essentiellement sur un accord en ré.
Les instruments sont des instruments modernes soutenus par des amplis.
Guitare électrique saturée, synthétiseurs aux sons étranges, basse qui fait vibrer la cage thoracique, batterie sèche.
En bas, montent en rythme des bruits de canons et de mitrailles.
Hard rock.
Nous descendons.
Défilent alors les grands champs de bataille.
Troie assiégée par les Grecs et le cheval de bois qui laisse sortir ses commandos de tueurs, au grand désespoir du roi Priam.
Glaives.
Jérusalem encerclée par les troupes de Nabuchodonosor.
Marathon opposant Grecs et Perses.
Les éléphants d'Hannibal caparaçonnés de bijoux chargent les lignes ennemies, pourfendant les boucliers de leurs ivoires acérés. Carthage en flammes sous les assauts des catapultes de Scipion le Second Africain.
La forteresse de Massada résiste comme elle peut aux légions romaines, tout là-haut sur son rocher.
Azincourt où les chevaliers français engoncés dans leurs trop lourdes armures attaquent sans adresse les lignes des archers anglais.
Flèches.
La bataille de la grande Armada.
Les navires espagnols obèses tirent de tous leurs flancs des bordées contre des petits bateaux anglais rapides et mobiles.
La prise de la Bastille par la foule parisienne.
Canon.
Austerlitz.
Les charges au sabre contre des lignes de baïonnettes qui scintillent. Le son des tambours et des flûtiaux scande et encourage le travail de tuerie alors que, de loin, les stratèges lorgnent le terrain avec leur longues-vues.
Sébastopol.
La révolte des Taiping en Chine.
La guerre de Sécession américaine.
La guerre des Boers en Afrique du Sud.
Verdun.
Les petits tanks légers aux boulons mal serrés passent au-dessus des lignes de barbelés et tirent sur les soldats à cheval.
Les hommes à moitié enterrés dans les tranchées de boue prennent des allures de taupes. Mitrailleuses.
La Révolution russe.
La guerre d'Espagne.
Le bombardement de Pearl Harbor.
La bataille de Stalingrad dans la neige, le sang et la rouille.
Orgues à roquettes qui éclairent la nuit en feulant.
Le débarquement en Normandie, les barges qui déversent des soldats courant sur la plage sous le sifflement des balles.
Bombe atomique.
Le champignon s'élevant au-dessus d'Hiroshima.
Nagasaki.
La guerre d'Indochine. La guerre de Corée.
La guerre du Vietnam. La guerre des Six-Jours.
La guerre Iran-Irak. La guerre du Golfe.
Les massacres au Rwanda, en Afghanistan…
Les conflits déroulent leur violence.
Partout le feu, les râles, les vautours, l'acier, la boue, les chardons, les rats, les corbeaux. Nous atterrissons sur un champ de bataille qui ressemble à s'y méprendre à un sol lunaire, avec ses cratères creusés par les obus.
Quelques arbres cassés et sans feuilles agonisent.
Le ciel est jaune et gris, avec des traînées cyan.
L'air s'emplit de relents de fer chaud, de feu et de sang.
À l'horizon, on entend des milliers de soldats s'élancer pour tuer, mutiler, détruire. Souffle de lance-flammes, de mortiers, de bazookas.
Au milieu des cris et des rafales, les derniers arbres en feu sont comme des torches éclairant ces étranges cérémonies humaines toujours plus spectaculaires, toujours plus dévastatrices.
C'est là que tu as choisi de combattre, en combat singulier,
toutes tes peurs.
Tu enfiles ton armure, ton casque, tu serres ton bouclier dans ta main gauche.