38845.fb2 Le Livre du Voyage - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 21

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Lutte contre ton ennemi personnel

Il est enfin là, face à toi.

Il se moque de toi et te défie de son sabre.

Tu t'empresses de ramasser ton épée, tu la nettoies contre ta cuisse et tu te mets en garde.

Il lance son sabre et te frôle.

Il enchaîne à toute vitesse des coups que tu tentes de parer de ton bouclier et de ton épée.

Tu décides de ne plus subir mais de prendre le dessus.

Il suffit de le décider pour que cela fonctionne.

Tes sens sont en alerte, tu perçois tout très vite.

Tu sais qu'il y a un temps infini entre le moment où ton adversaire a décidé de te lancer un coup et celui où tu le reçois.

Il t'attaque à nouveau.

Mais, désormais, tes parades anticipent chacun de ses coups avec une fraction de seconde d'avance.

Plutôt que de le frapper en retour, tu étudies tranquillement son comportement comme si tu regardais un match de tennis à la télévision.

Tu repères ses habitudes, ses tics, les instants infimes où sa garde est à découvert.

Tu attends l'instant propice.

Tu tournes autour de lui, comme un torero autour d'un taureau.

Occupe le centre.

Ne brise pas les courbes.

Laisse-toi entraîner par tes élans.

N'arrête pas les assauts de face, esquive.

Pense que ton duel se transforme en danse.

Dis-toi que, même si tu perds, ce n'est pas grave.

Apprivoise l'éventualité de l'échec, mais ne renonce pas à l'esthétique du duel.

Tu veux bien perdre, mais en beauté.

Ce ne sont pas tes armes, mais ta capacité à saisir ton adversaire qui peut te donner la victoire.

Ne crains pas de le comprendre au point de commencer à le trouver sympathique.

Aime tes ennemis, c'est le meilleur moyen de leur porter sur les nerfs.

Pourquoi est-il si agressif à ton égard?

Parce qu'il a peur.

Ce n'est pas lui que tu affrontes mais sa peur maladive.

Étudie-le encore.

Sens en lui le petit enfant qui a peur du loup, qui a peur du noir, qui a peur quand sa maman s'éloigne.

C'est pour ça qu'il t'en veut.

Plutôt que de le combattre, il faudrait l'aider.

Mais tu sens qu'il n'est plus capable d'écouter qui que ce soit.

Tu vas être obligé de l'arrêter.

Quand tu sens l'instant parfait, accomplis un petit geste.

Un croc-en-jambe suffit.

Il est déséquilibré.

Il tombe.

Cette scène semble se dérouler au ralenti.

Son visage affiche la surprise.

Il continue de tomber.

Il s'en veut de s'être fait avoir aussi stupidement.

Il rejoint enfin le sol.

Vaincu.

Tiens, tu n'y avais pas pensé mais, naturellement, quand ça ne va plus, on revient embrasser la terre.

Tu te penches vers lui.

Tu le remercies pour la beauté du combat.

Et aussi pour l'enseignement qu'il t'a apporté.

Il faut toujours remercier ses ennemis.

Sans eux, tu n'évoluerais pas.