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Je vous envoie l’opéra dont je vous ai parlé, je vous supplie que Mme la marquise de Sablé le voie, car j’espère au moins qu’elle approuvera mon sentiment, et qu’elle sera de mon côté. Vous m’avez fait un très grand plaisir d’avoir rectifié les sentences. Je prétends que vous en userez de même de l’opéra et de quelque autre chose que vous verrez, que l’on pourrait ajouter, ce me semble, à l’Éducation des Enfants que Mme la marquise de Sablé m’a envoyée. Voilà écrire en vrai auteur, que de commencer par parler de ses ouvrages. Je vous dirai pourtant, comme si je ne l’étais pas, que je suis très véritablement fâché du retranchement de vos rentes, et que si vous croyez que pour en écrire à Gourville comme pour moi-même, cela vous fût bon à quelque chose, je le ferai assurément comme il faut. Ma femme a toujours la fièvre double quarte; il y a pourtant deux ou trois jours qu’elle n’en a point eu. Je lui ai dit le soin que vous avez d’elle, dont elle vous rend mille grâces. Je pourrai bien vous voir cet hiver à Paris. Je vous donne le bonsoir.
Le 24 octobre, à Verteuil.
Au reste, je vous confesse à ma honte que je n’entends pas ce que veut dire: «La vérité est le fondement et la raison de la beauté.» Vous me ferez un extrême plaisir de me l’expliquer, quand vos rentes vous le permettront; car enfin, quelque mérite qu’aient les sentences, je crois qu’elles perdent bien de leur lustre dans un retranchement de l’Hôtel de Ville, et il y a longtemps que j’ai éprouvé que la philosophie ne fait des merveilles que contre les maux passés ou contre ceux qui ne sont pas prêts d’arriver, mais qu’elle n’a pas grande vertu contre les maux présents. Je vous déclare donc que j’attendrai votre réponse tant que vous voudrez; mais je vous la demande aussi sur l’état de vos affaires. La honte me prend de vous envoyer des ouvrages. Tout de bon, si vous les trouvez ridicules, renvoyez-les-moi sans les montrer à Mme de Sablé.