40344.fb2 Un C?ur Faible - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 6

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– Mais lui n’en saura rien!…

– Ma conscience m’y pousse, mon vieux.

– Et cependant c’est pour lui que tu veilles et que tu t’épuises! Voyons!… Quant à moi, mon vieux, je ferai un saut là-bas…

– Où çà?

– Chez les Artémiev, Je leur présenterai mes meilleurs vœux, et les tiens.

– Cher ami, quelle bonne idée! s’écria Vassia; je resterai à la maison et toi tu iras… c’est une excellente idée! En effet, cela va de soi, puisque je travaille, et que ce n’est pas parce que je les néglige!… Attends un moment, je te donnerai un mot à remettre là-bas.

– Prends ton temps, mon vieux! Je ferai d’abord ma toilette, je me raserai, je brosserai mon habit… Eh bien! mon vieux Vassia! Tu verras bien que nous serons contents et heureux! quand même! Embrasse-moi, mon vieux!

– Oh! si c’était vrai, mon ami!…

Une voix enfantine retentit sur le palier.

– Est-ce ici qu’habite Monsieur le fonctionnaire Choumkov?

– Oui, c’est ici, mon petit Monsieur, répondit Mavra, en laissant entrer le visiteur.

– Qu’est-ce qu’il y a? Qui est-ce? s’écria Vassia en se précipitant dans l’antichambre; Petenka, c’est toi?

– Bonjour, Vassili Pétrovitch! J’ai l’honneur de vous souhaiter une bonne et heureuse année, dit un gentil petit garçon brun, âgé d’environ dix ans, aux cheveux bouclés; ma sœur vous envoie ses souvenirs, et maman aussi. Ma sœur m’a chargé de vous embrasser de sa part…

Vassia souleva le petit émissaire en l’air et colla un long baiser enthousiaste sur ses lèvres qui ressemblaient beaucoup à celles de Lisanka.

– Embrasse-le, Arkadi, dit-il en lui tendant Pétia.

Sans toucher terre, Pétia passa entre les mains puissantes et tendrement affectueuses d’Arkadi Ivanovitch.

– Mon chéri, veux-tu du thé?

– Merci beaucoup. Nous avons déjà déjeuné. On s’est levé tôt ce matin. Maman et ma sœur sont allées à l’église. Ma sœur m’a lavé, habillé et coiffé pendant deux heures; elle m’a recousu mes pantalons, parce que je les ai déchirés hier dans la rue, avec Sachka; on a joué dans la neige, on s’est jeté des boules…

– Tiens, tiens!

– Oui, elle m’a habillé et m’a fait beau pour aller chez vous; puis elle m’a embrassé cent fois et m’a dit: «Va chez Vassia, félicite-le et demande-lui s’il est content, s’il a bien dormi et encore…» oui, que je demande encore si l’affaire est terminée, qui vous a…, mais je l’ai noté sur un petit bout de papier, s’interrompit le garçon, et ayant tiré une feuille de sa poche, il lut: «… qui vous a préoccupé».

– Oui, oui, elle sera terminée! Elle le sera! N’oublie pas de lui dire que je terminerai absolument, ma parole d’honneur!

– Oui… Oh! j’oubliais presque! Ma sœur vous envoie un petit mot et un cadeau… Encore un peu, j’oubliais de vous les remettre!

– Mon Dieu! Où les as-tu, mon chéri? Où sont-ils? C’est ça?… Écoute donc, mon vieux, ce qu’elle m’écrit, la petite chérie; tu sais qu’hier j’ai vu là-bas un portefeuille qui m’était destiné. Il n’est pas encore tout à fait terminé. Alors elle m’écrit: «Je vous envoie une mèche de mes cheveux; quant à l’autre cadeau, vous l’aurez un peu plus tard.» Regarde, mon vieux!

Et Vassia, fou de joie, lui montra une mèche de cheveux noirs, admirables; il l’embrassa et la mit dans sa poche, près du cœur.

– Vassia, je te commanderai un médaillon pour cette boucle, dit Arkadi Ivanovitch d’un air décidé.

– Et nous aurons un rôti de veau et de la cervelle pour demain. Maman veut faire des biscuits… Mais il n’y aura pas de gruau, dit le petit garçon, ayant hésité un peu, et ne sachant comment terminer son bavardage.

– Dieu! quel gentil garçon! s’écria Arkadi Ivanovitch. Décidément, Vassia, tu es le plus heureux des mortels!

Le petit visiteur but son thé, reçut un petit mot à remettre, fut embrassé mille fois et s’en alla, alerte et de bonne humeur comme il était venu.

– Eh bien! vieux, tu vois que tout s’arrange à merveille! déclara joyeusement Arkadi Ivanovitch. Ne te chagrine pas, ne te décourage pas surtout! En avant! Termine ton ouvrage, Vassia! À deux heures je serai de retour. J’irai chez eux, puis chez Julian Mastakovitch…

– Au revoir, vieux, au revoir!… Oh! si seulement… Eh bien! vas-y, mon vieux, vas-y, dit Vassia. Quant à moi, c’est décidé: je n’irai pas chez Julian Mastakovitch…

– Au revoir.

– Attends, mon vieux! Dis-leur… Bref, dis-leur tout ce que tu jugeras bon; embrasse-la… Tu me raconteras tout après, mon vieux, tu me décriras comment c’était.

– Allons, cela va sans dire! Au reste, je le sais maintenant; c’est ton bonheur qui t’a bouleversé à un tel point… C’est l’inattendu… Depuis hier, tu n’es pas dans ton assiette. Tu ne t’es pas encore libéré de tes impressions d’hier. Mais à présent, c’est fini! Remets-toi, mon vieux Vassia! Au revoir, au revoir!

Les amis se séparèrent enfin. Toute la matinée Arkadi Ivanovitch fut distrait; il ne pensait qu’à Vassia. Il connaissait sa nature faible et irritable. «Oui, ce bonheur l’a complètement bouleversé, c’est un fait, se disait-il à part sol. Mon Dieu! il m’a rendu triste, moi aussi! Et dire qu’un homme est capable de faire une tragédie de n’importe quoi!… Quelle hâte fébrile, et pourquoi?… Non, il faut le sauver, il faut le sauver absolument!» se répétait Arkadi, sans remarquer que lui-même, en son for intérieur, semblait avoir grossi de petits ennuis domestiques, apparemment insignifiants, jusqu’à en faire une catastrophe.

Ce n’est qu’à onze heures qu’il pénétra dans la loge de l’huissier de Julian Mastakovitch pour ajouter son humble nom à la colonne imposante des noms de personnages de qualité qui recouvraient une grande feuille toute tachée d’encre. Mais quel ne fut pas son étonnement, lorsqu’il aperçut, un peu au-dessus de la sienne, la signature autographe de Vassia Choumkov. Il se sentit tout bouleversé. «Que se passe-t-il dans sa tête?» se demanda-t-il, de plus en plus rouge d’inquiétude. Ses espérances radieuses avaient disparu. Il comprit qu’un malheur menaçait; mais où et comment allait-il éclater?

Il arriva à Kolomna dans un état d’esprit morose; d’abord, il semblait distrait, mais après avoir parlé à Lisanka, il sortit les larmes aux yeux, car il eut franchement peur pour Vassia. Il se précipita en courant chez lui, mais sur la glace de la Neva, il se heurta, nez à nez, à Choumkov. Celui-ci courait également.

– Où vas-tu? s’écria Arkadi Ivanovitch.

Vassia s’arrêta, comme si on l’avait surpris en flagrant délit.

– Je… Je suis sorti pour faire un tour.

– Tu n’as pas pu tenir en place, hein? Tu allais à Kolomna? Oh! Vassia, Vassia!… Et puis, pourquoi es-tu allé chez Julian Mastakovitch?

Vassia ne répondit rien; soudain il fit un geste découragé et dit:

– Arkadi, je ne sais ce qui se passe en moi… Je…

– Allons, allons, Vassia! Je sais, moi, ce que c’est. Calme-toi! Depuis hier, tu es ému, bouleversé. Et comment ne le serait-on pas, à ta place? Tout le monde t’aime, tous sont aux petits soins avec toi, ton travail avance et tu le termineras, tu le termineras sûrement, je te le jure! Tu te fais des idées, tu as de vagues appréhensions, que sais-je…

– Non, ce n’est rien.

– Te souviens-tu, Vassia? Tu as déjà été dans un pareil état, lorsque tu as obtenu ta nomination; fou de joie et de reconnaissance, tu t’es mis à rectifier ton écriture plus que de coutume, et huit jours durant, tu n’as fait que gâcher ton travail! À présent, il t’arrive exactement la même chose.

– Oui, oui, Arkadi! Mais à présent, c’est tout à fait différent…

– Comment ça, différent? Que dis-tu là? Il se peut même que l’affaire ne soit pas du tout, urgente et cependant tu t’épuises…

– Non, non, cela n’a pas d’importance… Eh bien! rentrons!

– Tu ne vas pas chez eux?

– Non, mon vieux! Puis-je me présenter là-bas avec une mine pareille? J’ai changé d’idée. C’est parce que tu n’étais pas là que je n’ai pu tenir en place. Mais à présent que tu rentres, je me remettrai à écrire. Allons-y!