40535.fb2 Zazie dans le m?tro - читать онлайн бесплатно полную версию книги . Страница 7

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VI

– Qu'est-ce qu'ils se racontent? demanda Zazie en finissant d'enfiler les bloudjinnzes.

– Ils parlent trop bas, dit doucement Marceline l'oreille appuyée contre la porte de la chambre. Je n'arrive pas à comprendre.

Elle mentait doucement la Marceline, car elle entendait fort bien le type qui disait comme ça: Alors c'est pour ça, parce que vous êtes une pédale, que la mère vous a confié cette enfant? et Gabriel répondait: Mais puisque je vous dis que j'en suis pas. D'accord, je fais mon numéro habillé en femme dans une boîte de tantes mais ça veut rien dire. C'est juste pour faire marer le monde. Vous comprenez, à cause de ma haute taille, ils se fendent la pipe. Mais moi, personnellement, j'en suis pas. La preuve c'est que je suis marié.

Zazie se regardait dans la glace en salivant d'admiration. Pour aller bien ça on pouvait dire que les bloudjinnzes lui allaient bien. Elle passa ses mains sur ses petites fesses moulées à souhait et perfection mêlés et soupira profondément, grandement satisfaite.

– T'entends vraiment rien? elle demande. Rien de rien?

Non, répondit doucement Marceline toujours aussi menteuse car le type disait: Ça veut rien dire. En tout cas vous allez pas nier que c'est parce que la mère vous considère comme une tante qu'elle vous a confié l'enfant; et Gabriel devait bien le reconnaître. Iadssa, iadssa, qu'il concédait.

– Comment tu me trouves? dit Zazie. C'est pas chouette?

Marceline, cessant d'écouter, la considéra.

– Les filles s'habillent comme ça maintenant, dit-elle doucement.

– Ça te plaît pas?

– Si donc. Mais, dis-moi, tu es sûre que le bonhomme ne dira rien que tu lui aies pris son paquet?

– Puisque je te répète qu'ils sont à moi. Il va en faire un nez quand il va me voir avec.

– Parce que tu as l'intention de te montrer avant qu'il soit parti?

– Je veux, dit Zazie. Je vais pas rester à moisir ici.

Elle traversa la pièce pour aller coller une oreille contre la lourde. Elle entendit le type qui disait: Tiens où donc j'ai mis mon pacson.

– Dis donc, tata Marceline, dit Zazie, tu te fous de moi ou bien t'es vraiment sourdingue? On entend très bien ce qu'ils se racontent.

– Eh bien, qu'est-ce qu'ils se racontent?

Renonçant pour le moment à approfondir la question de la surdité éventuelle de sa tante, Zazie plongea de nouveau son étiquette dans le bois de la porte. Le type disait comme ça: Ah ça, i faudrait voir, j'espère que la petite me l'a pas fauché, mon pacson. Et Gabriel suggérait: vous l'aviez peut-être pas avec vous. Si, disait le type, si la môme me l'a fauché, ça va barder un brin.

– Qu'est-ce qu'il peut râler, dit Zazie.

– Il ne s'en va pas? demanda doucement Marceline.

– Non, dit Zazie. Via maintenant qu'il entreprend le tonton sur ton compte.

Après tout, disait le type, c'est peut-être vott dame qui me l'a fauché, mon pacson. Elle a peut-être envie de porter des bloudjinnzes elle aussi, vott dame. Ça sûrement non, disait Gabriel, sûrement pas. Qu'est-ce que vous en savez? répliquait le type, l'idée peut lui en être venue avec un mari qui a des façons d'hormosessuel.

– Qu'est-ce que c'est un hormosessuel? Demanda Zazie.

– C'est un homme qui met des bloudjinnzes, dit doucement Marceline.

– Tu me racontes des blagues, dit Zazie.

– Gabriel devrait le mettre à la porte, dit doucement Marceline.

– Ça c'est une riche idée, Zazie dit.

Puis, méfiante:

– Il serait chiche de le faire?

– Tu vas voir.

– Attends, je vais entrer la première.

Elle ouvrit la porte et, d'une voix forte et claire, prononça les mots suivants:

– Alors, tonton Gabriel, comment trouves-tu mes bloudjinnzes?

– Veux-tu vite enlever ça, s'écria Gabriel épouvanté, et les rendre au meussieu tout de suite.

– Les rendre mon cul, déclara Zazie. Y a pas de raisons. Ils sont à moi.

– J'en suis pas bien sûr, dit Gabriel embêté.

– Oui, dit le type, enlève ça et au trot.

– Fous-le donc à la porte, dit Zazie à Gabriel.

– T'en as de bonnes, dit Gabriel. Tu me préviens que c'est un flic et ensuite tu voudrais que je tape dessus.

C'est pas parce que c'est un flic qu'i faut en avoir peur, dit Zazie avec grandiloquence. C'est hun dégueulasse qui m'a fait des propositions sales, alors on ira devant les juges tout flic qu'il est, et les juges, je les connais moi, ils aiment les petites filles, alors le flic dégueulasse, il sera condamné à mort et guillotiné et moi j'irai chercher sa tête dans le panier de son et je lui cracherai sur sa sale gueule, na.

Gabriel fermit les yeux en frémissant à l'évocation de ces atrocités. Il se tournit vers le type:

– Vous entendez, qu'il lui dit. Vous avez bien réfléchi? C'est terrible, vous savez les gosses.

– Tonton Gabriel, s'écria Zazie, je te jure que c'est hà moi les bloudjinnzes. Faut mdéfendre, tonton Gabriel. Faut mdéfendre. Qu'est-ce qu'elle dira ma moman si elle apprenait que tu me laisses insulter par un galapiat, un gougnafier et peut-être même un conducteur du dimanche.

– Merde, ajouta-t-elle pour son compte avec sa petite voix intérieure, chsuis aussi bonne que Michèle Morgan dans La Damé aux camélias.

Effectivement touché par le pathétique de cette invocation, Gabriel manifesta son embarras en ces termes mesurés qu'il prononça médza votché et pour ainsi dire quasiment in petto:

– C'est tout de même embêtant de se mettre à dos un bourin.

Le type ricane.

– Ce que vous pouvez avoir l'esprit mal tourné, dit Gabriel en rougissant.

– Non mais, vous voyez pas tout ce qui vous pend au nez? dit le type avec un air de plus en plus vachement méphistophélique: prossénétisme, entôlage, hormosessualité, éonisme, hypospadie balanique, tout ça va bien chercher dans les dix ans de travaux forcés.

Puis il se tourne vers Marceline:

– Et madame? On aimerait avoir aussi quelques renseignements sur madame.

– Lesquels? demanda doucement Marceline.

– Faut parler que devant ton avocat, dit Zazie. Tonton a pas voulu m'écouter, tu vois comme il est emmerdé maintenant.

– Tu vas te taire? dit le type à Zazie. Oui, reprend-il, madame pourrait-elle me dire quelle profession elle exerce?

– Ménagère, répond Gabriel avec férocité.

– En quoi ça consiste? demande ironiquement le type.

Gabriel se tourne vers Zazie et lui cligne de l'oeil pour que la petite se prépare à savourer ce qui va suivre.

– En quoi ça consiste? dit-il anaphoriquement. Par exemple, à vider les ordures.

Il saisit le type par le col de son veston, le tire sur le palier et le projette vers les régions inférieures.

Ça fait du bruit: un bruit feutré.

Le bada suit le même chemin. Il fait moins de bruit quoiqu'il soit melon.

– Formi, s'esclama Zazie enthousiasmée cependant qu'en bas le type se ramassait et remettait en place sa moustache et ses lunettes noires.

– Ça sera quoi? lui demanda Turandot.

–  Un remontant, répondit le type avec à-propos.

– C'est qu'il y a des tas de marques.

– M'est égal.

Il alla s'asseoir dans le fond.

– Qu'est-ce que je pourrais bien lui donner, rumine Turandot. Un fernet-branca?

– C'est pas buvable, dit Charles.

– Tu n'y as peut-être jamais goûté. C'est pas si mauvais que ça et c'est fameux pour l'estomac. Tu devrais essayer.

– Fais voir un petit fond de verre, dit Charles conciliant.

Turandot le sert largement.

Charles trempe ses lèvres, émet un petit bruit de clapotis qu'il shunte, remet ça, déguste pensivement en agitant les lèvres, avale la gorgée, passe à une autre.

– Alors? demande Turandot.

– C'est pas sale.

– Encore un peu?

Turandot emplit de nouveau le verre et remet la bouteille sur l'étagère. Il fouine encore et découvre autre chose.

– Y a aussi l'eau d'arquebuse, qu'il dit.

– C'est démodé ça. De nos jours, ce qu'il faudrait, c'est de l'eau atomique.

Cette évocation de l'histoire universelle fait se marer tout le monde.

– Eh bien, s'écrie Gabriel, en entrant dans le bistro à toute vapeur, eh bien vous vous embêtez pas dans l'établissement. C'est pas comme moi. Quelle histoire. Sers-moi une grenadine bien tassée, pas beaucoup de bouillon, j'ai besoin d'un remontant. Si vous saviez par où je viens de passer.

– Tu nous raconteras ça tout à l'heure, dit Turandot un peu gêné.

– Tiens bonjour toi, dit à Charles Gabriel. Tu restes déjeuner avec nous?

– C'était pas entendu?

– Jte lrappelle, simplement.

– Ya pas à me lrappeler. Jl’avais pas oublié.

– Alors disons que je te confirme mon invitation.

– Ya pas à mla confirmer puisque c'était d'accord.

– Tu restes donc déjeuner avec nous, conclut Gabriel qui voulait avoir le dernier mot.

– Tu causes tu causes, dit Laverdure, c'est tout ce que tu sais faire.

– Bois donc, dit Turandot à Gabriel.

Gabriel suit ce conseil.

– (soupir) Quelle histoire. Vous avez vu Zazie revenir accompagnée par un type?

– Vvui, vuvurrèrent Turandot et Mado Ptits-pieds avec discrétion.

– Moi chsuis arrivé après, dit Charles.

– Au fait, dit Gabriel, vous l'avez pas vu rpasser, le gars?

– Tu sais, dit Turandot, j'ai pas eu le temps de bien le dévisager, alors je ne suis pas tout à fait sûr de le reconnaître, mais c'est peut-être bien le type qu'est assis derrière toi dans le fond.

Gabriel se retourna. Le type était là sur une chaise, attendant patiemment son remontant.

– Nondguieu, dit Turandot, c'est vrai, escuses, je vous avais oublié.

– De rien, dit poliment le type.

– Qu'est-ce que vous diriez d'un fernet-branca?

– Si c'est ça ce que vous me conseillez.

A ce moment, Gabriel, verdâtre, se laisse glisser mollement sur le plancher.

– Ça fera deux fernet-branca, dit Charles en ramassant le copain au passage.

– Deux fernet-branca, deux, répond mécaniquement Turandot.

Rendu nerveux par les événements, il n'arrive pas à remplir les verres, sa main tremble, il en fout à côté des flaques brunâtres qui émettent des pseudopodes qui vont s'en allant souiller le bar en bois depuis l'occupation.

– Donnez-moi donc ça, dit Mado Ptits-pieds en arrachant la bouteille des mains de l'ému patron.

Turandot s'éponge le front. Le type suppe paisiblement son remontant enfin servi. Pinçant le nez de Gabriel, Charles lui verse le liquide entre les dents. Ça dégouline un peu le long des commissures labiales. Gabriel s'ébroue.

– Sacrée cloche, lui dit Charles affectueusement.

– Petite nature, remarque le type requinqué.

– Faut pas dire ça, dit Turandot. Il a fait ses preuves. Pendant la guerre.

– Qu'est-ce qu'il a fait? demande l'autre négligemment.

– L'esstéo, répond l'aubergiste en versant à la ronde de nouvelles doses de fernet.

– Ah! fait le type avec indifférence.

– Vous vous souvenez ptêtt pas, dit Turandot. Scon oublie vite, tout dmème. Le travail obligatoire. En Allemagne. Vous vous souvenez pas?

– Ça prouve pas forcément une forte nature, remarque le type.

– Et les bombes, dit Turandot. Vous les avez oubliées, les bombes?

– Et qu'est-ce qu'il faisait des bombes, votre costaud? Il les recevait dans ses bras pour qu'elles éclatent pas?

– Elle est pas drôle votre astuce, dit Charles qui commence à s'énerver.

– Vous disputez pas, murmure Gabriel qui reprend contact avec le paysage.

D'un pas un peu trop hésitant pour être vrai, il va s'effondrer devant une table qui se trouve être celle du type. Gabriel sort un petit drap mauve de sa poche et s'en tapote le visage, embaumant le bistro d'ambre lunaire et de musc argenté.

– Pouah, fait le type. Elle empeste vott lingerie.

– Vous allez pas recommencer à m'emmerder? demande Gabriel en prenant un air douloureux. Il vient pourtant de chez Fior, ce parfum.

– Faut comprendre les gens, lui dit Charles. Y a des croquants qui n'aiment pas squi est raffiné.

– Raffiné, vous me faites rire, dit le type, on a raffiné ça dans une raffinerie de caca, oui.

– Vous croyez pas si bien dire, s'esclama Gabriel joyeusement. Il paraît qu'il y en a une goutte dans les produits des meilleures firmes.

– Même dans l'eau de Cologne? demande Turandot qui s'approche timidement de ce groupe choisi.

– Ce que tu peux être lourd, toi alors, dit Charles. Tu vois donc pas que Gabriel répète n'importe quelle connerie sans la comprendre, suffit qu'il l'ait entendue une fois.

– Faut bien les entendre pour les répéter, rétorqua Gabriel. As-tu jamais été foutu de sortir une connerie que t'aurais trouvée à toi tout seul?

– Faut pas egzagérer, dit le type.

– Egzagérer quoi? demande Charles.

Le type, lui, s'énerve pas.

– Vous ne dites jamais de conneries? qu'il demande insidieusement.

– Il se les réserve pour lui tout seul, dit Charles aux deux autres. C'est un prétentiard.

– Tout ça, dit Turandot, c'est pas clair.

– D'où c'est qu'on est parti? demande Gabriel.

– Jte disais que tu n'es pas capable de trouver tout seul toutes les conneries que tu peux sortir, dit Charles.

– Quelles conneries que j'ai sorties?

– Je sais plus. T'en produis tellement.

– Alors dans ce cas-là, tu ne devrais pas avoir de mal à m'en citer une.

– Moi, dit Turandot qu'était plus dans le coup, je vous laisse à vos dissertations. Le monde se ramène.

Les midineurs arrivaient, d'aucuns avec leur gamelle. On entendit Laverdure qui poussait son tu causes tu causes c'est tout ce que tu sais faire.

– Oui, dit Gabriel pensivement, de quoi qu'on causait?

– De rien, répondit le type. De rien.

Gabriel le regarda d'un air dégoûté.

– Alors, qu'il dit. Alors qu'est-ce que je fous ici?

– T'es venu mchercher, dit Charles. Tu te souviens? Je déjeune chez toi et après on emmène la petite à la tour Eiffel.

– Alors gy.

Gabriel se leva et, suivi de Charles, s'en fut, ne saluant point le type. Le type appela (geste) Mado Ptits-pieds.

– Pendant que j'y suis, qu'il dit, je reste déjeuner.

Dans l'escalier Gabriel s'arrêta pour demander au pote Charles:

– Tu crois pas que ç'aurait été poli de l'inviter?