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Marina Tsvetaïeva«Si l'ame est nee avec des ailes...»
Ce sera ainsi
Enfant tranquille, dorloteґ par les teґne`bres,Une langueur infinie dans un regard perdu,Tu es la` immobile devant la fene tre. Un pasRapide, dans le corridor — ce n’est pas le mien!La porte s’ouvre... Un courant d’air glacial...Une odeur: la fracheur, le bonheur... Finies les angoisses...Puis un instant de silence et quelqu’un, doucement,Rit, sur le seuil de la porte — ce n’est pas moi!Le tramway, son ombre, comme jadis, court sur le mur,L’orchestre, en bas, se fait plus calme, plus sourd...Emu, tu chuchotes: — Que nos a mes s’unissentEn silence! — ce n’est pas avec moi!Que de livres! Et j’ai pense ґ ... Pas de lumie ` re:C’est mieux!.. Les mots me manquent...Le tramway, son ombre voit bien que,Sur le divan, avec toi — ce n’est pas moi!Mes poe`mes, eґcrits si to t, — je ne savaisMe me pas — moi — que j’eґtais poe`te, —Venus, comme l’eau de la fontaine,D’un coup, comme les eґclats d’une fuseґe.Petits diables jaillis d’un seul coup,Dans le sanctuaire ou` tout est re ve, encens,Mes poe`mes, la jeunesse et la mort,— Ces poe`mes qu’on n’a pas lus! —Disperseґs dans la poussie`re des librairies(Ou` personne ne les prenait, ou` personneNe les prend!) — mes poe`mes serontComme des vins preґcieux: leur tour viendra.Je ne reґfleґchis pas. Je ne me plains pas.Je ne discute pas.Je ne dors pas.Je n’ai de gou t niPour le soleil, niPour la lune, ni pour la mer,Ni pour le bateau.Je ne sens pas la chaleur entre ces murs,Ni la fracheur du jardin.Je n’attends pas le cadeau attendu,Depuis longtemps deґsireґ.Le matin ne me plat pas; niLa marche rythmeґe du tramway.Je ne vois pas le jour. J’oublieLa date. J’oublie le sie`cle.La corde s’effiloche, semble-t-il,Et moi, je ne suis qu’un petit funambule,Et moi, ombre de l’ombre d’un autre.Somnambule aux deux lunes sombres.
Grand-mere
L’ovale seґve`re et allongeґ,La robe noire eґvaseґe... JeuneGrand-me`re! De qui, les baisersSur vos le`vres arrogantes?Les mains jouaient des valsesDe Chopin, dans les salles du palais...Les boucles en spiralesEntouraient le visage de glace.Le regard sombre, tendu, exigeant,Un regard sur la deґfensive.De jeunes femmes n’ont pas ce regard-la`.Jeune grand-me`re, qui e tes-vous?Jeune polonaise de vingt ans! —Combien de choses reґaliseґesAvez-vous emporteґes et combien d’impossiblesDans le gouffre inassouvi de la terre?Le vent eґtait frais, le jour innocent,Les eґtoiles noires venaient de s’eґteindre.— Grand-me`re! — Cette violente reґvolteDans mon cur — est-ce de vous que je la tiens?Je veux le demander au miroir:Ou` donc tout n’est-il que brouillard,Sommeil brumeux —Ou` votre chemin,Ou` votre refuge?Je vois: les mats d’un bateau,Et vous sur le pont... Vous —Dans la fumeґe des trains... Des champsPris dans la plainte du soir.Les champs le soir sous la roseґe,Et au-dessus — des corbeaux...— Je vous beґnis et vous laisseLibre comme l’air.— Il me plat que vous ne soyez pas fou de moi,Il me plat de ne pas e tre folle de vous,Et que jamais le lourd globe terrestreNe fuie au-dessous de nos pieds.Il me plat de pouvoir e tre ridicule —Troubleґe — et de ne pas jouer sur les mots,Et de ne pas souffrir d’une faiblesse eґtouffanteLorsque nos deux manches se frolent.Il me plat aussi que devant moiTranquillement vous enlaciez une autre,Et que vous ne me souhaitiez pas les feuxDe l’enfer parce que moi j’en embrasse un autre.Que vous ne prononciez pas mon nom, si tendre,Vous, mon tendre ami, matin et soir — a` la leґge`re...Que jamais, dans le silence de l eґglise,On ne chante, par-dessus nos te tes: Alleґluia!Je vous remercie de tout mon cur, et de mes mainsDe tant m’aimer — sans le savoir vous-me me! —Et pour la tranquilliteґ de mes nuits,Pour la rareteґ des rencontres aux heures du soir,Pour les promenades au clair de luneQue nous n’avons pas faites, et pour le soleil,Qui ne brille pas au-dessus de nous — etJe vous remercie de ne pas e tre — heґlas! — fou de moi,Et de ne pas e tre — heґlas! — folle de vous!Le navire ne naviguera pas toujoursEt le chant du rossignol...J’ai si souvent voulu vivreEt si souvent — mourir!Fatigueґe de la loterie, commeDans mon enfance, — je quitterai le jeu,Heureuse de ne pas croireQu’il y a d’autres mondes.Avec une grande tendresse — car,Biento t, je vais tout laisser —Je pense a` celui qui porteraCette veste de loup,A celui — qui se preґlassera sous ce plaid,Avec cette fine canne a` te te de leґvrier,A celui — qui portera mon braceletD’argent orneґ de turquoises...A tous ces papiers, a` toutes ces fleursQue je ne peux pas — conserver...Ma dernie`re rime — et toi,Ma dernie`re nuit.Je n’ai pas communieґ, je n’ai pas suivi la Loi.Jusqu’a` la fin, et la messe dernie`re, je peґcherai —Comme aujourd’hui je pe`che, comme hier j’ai peґcheґ,Avec passion! De tous les sens que Dieu m’a donneґs!Amis! Complices! Vous qui m’exhortez a` la flamme!Vous, accuseґs comme moi! Vous deґlicats professeurs!Filles et jeunes gens, arbres, eґtoiles, nueґes, Terre —Au jugement dernier, tous devant Dieu nous passerons.Il n’y a pas, dans ce mauditVolume, de tentationPour une femme. — Ars amandi,Pour une femme — toute la terre.Le cur — des philtres d’amour,Le philtre — le plus su r. — Une femme,De`s son berceau est un peґcheґ mortel,Pour l’un ou pour l’autre.Le ciel est loin! Les le`vresSont proches, dans la brume...— Dieu, ne juge pas! Tu n’eґtais pasUne femme, sur terre!Je connais la veґriteґ! Assez des veґriteґs anciennes!L’homme sur terre ne doit pas contrer l’homme!Voyez: le soir, voyez: deґja` presque la nuit!Et quoi encore: des poe`tes, des amants, des capitaines?Deґja` — le vent s’eґpuise, deґja` — la roseґe sur la terre,Biento t — deґja` — la neige durcira dans le ciel eґtoileґ,Et — biento t — tous, sous terre nous dormirons: car,Sur terre, tous, nous nous empe chions de dormir.Une fleur eґpingleґe a` la poitrine.Je ne sais deґja` plus qui l’a eґpingleґe.Inassouvie, ma soif de passion,De tristesse et de mort.Par le violoncelle et par les portesQui grincent, par les verres qui tintentEt le cliquetis des Des trains du soir,Par le coup de fusil de chasseEt par le grelot des troїkas —Vous m’appelez, vous m’appelez,Vous — que je n’aime pas!Mais il est encore une joie:J’attends celui qui, le premier,Me comprendra, comme il le faut —Et tirera a` bout portant.J’ai ouvert le coffret de meґtal,J’ai pris ce cadeau — des larmes:Un anneau avec une perle superbe,Avec une superbe perle.Je suis sortie sur le seuil, un vrai chat,J’ai exposeґ mon visage au vent.Les vents — qui soufflent, les oiseaux — qui volent,Les cygnes — a` gauche, a` droite — les corbeaux,Nos chemins — par des co teґs diffeґrents.Tu t’eґloigneras — avec les premiers nuages, avec l’orage,Et ton chemin — dans l’eґpaisse fore t, sur les sables bru lants.Ton a me — s’eґpuisera,Tes yeux — pleureront.Mais au-dessus de moi — la chouette criera.Mais au-dessus de moi — l’herbe bruissera.Nous n’avons jamais eґteґ ensemble: c’est douxPour moi. — Personne ainsi n’a rien repris.Je vous embrasse, par-dela` les centainesDes verstes qui nous seґparent.Je sais: nos dons sont dissemblables.Ma voix, pour la premie`re foix, est basse.Que vous importe, jeune Derjavine,Mon vers mal eґleveґ! —Pour le terrible vol, je te salue:— Vole, jeune aigle, vole! —Tu supportes le soleil dans les yeux, —Mon jeune regard est-il si lourd?Personne ne vous regardait partirPlus tendrement, plus deґfinitivement...Je vous embrasse, par-dela` les centainesDes verstes qui nous seґparent.Tu le`ves la te te trop haut —Un orgueilleux, un menteur.C’est, pour moi, en ce feґvrier,Un joyeux compagnon!Nous faisons sonner l’argent, nousFaisons lentement des ronds de fumeґe,Nous marchons dans notre ville nataleComme de solennels eґtrangers.Quelles mains soigneuses ont toucheґTes cils, cette beauteґ, — quand, etComment, et qui, celles, nombreuses,Qui ont embrasseґ ta bouche — ,Je ne le demande pas. Mon esprit avideMatrise ce re ve. En toi,J’honore un enfantDivin de dix ans.Arre tons-nous pre`s de la rivie`re qui rinceLe collier multicolore des lanternes.J’irai avec toi jusqu’a` la placeQui a vu des tzars adolescents...Siffle pour eґvacuer le mal des jeunesGarc ons, et serre ton cur dans ta paume...— Mon affranchi impassibleEt violent — Pardon.D’ou` vient cette tendresse?Ce ne sont pas les premie`resBoucles — que je lisse — etJ’ai connu des le`vres plus sombres.Les eґtoiles s’allument et s’eґteignent,— D’ou` vient cette tendresse? —Des yeux s’allument et s’eґteignent,Tout pre`s de mes yeux.J’ai entendu des chantsAutres, dans la nuit noire,— D’ou` vient cette tendresse? —Sur la poitrine me me du chanteur.D’ou` vient cette tendresse? —Et qu’en faire, adolescentMalicieux, chanteur vagabond,Aux cils — les plus longs.
Poemes pour Blok
1
Ton nom — un oiseau dans la main,Un glac on sur la langue — ton nom,Un seul mouvement des le`vres,Ton nom — quatre lettres.Un petit ballon, saisi au vol,Un grelot d’argent dans la bouche.Il jaillit dans un sanglot, ton nom,Et d’une pierre jeteґe dans un eґtang.Il brille, il gronde, la nuit, ton nomDans un leґger cliquetis de sabots.Et le claquement sonore du fusilLe soulignera sur notre tempe.Ton nom — Ah, l’impossible! —Un baiser sur les уeux, ton nom,Sur le gel tendre des paupie`res immobiles.Ton nom — un baiser sur la neige,Une glaciale gorgeґe bleue — a` la source...Avec ton nom, le sommeil est profond.
2
Tendre fanto me,Chevalier sans reproches,Qui t’a appeleґDans ma jeune vie?Dans la brume bleue,Debout, en chasubleDe neige.Ce n’est pas le vent, quiMe poursuit a` travers la ville,Cela fait trois soirs, deґja`,Que je sens l’ennemi.Il m’a envou teґe,Le chantre de neigeAux yeux bleus.Et le cygne de neige eґtendSes ailes sous mes pieds.Les plumes s’eґtalent etS’alte`rent sur la neige.J’avance sur les plumes,Ainsi, vers la porte,Et, au-dela`, la mort.Par les fene tres bleues,Il chante pour moi,Il chante pour moi,De ses lointains grelots.Et son appel:Un long cri, puisLa voix du cygne.Tendre fanto me!Je sais, je vois tout en re ves.Fais-moi cette gra ce: amen,Amen, tombe en poussie`re!Amen.
3
Tu passes a` l’ouest du soleil,Tu vois la lumie`re du soir,Tu passes a` l’ouest du soleil,Et la neige en rafale couvre tes pas.Devant mes fene tres, indiffeґrent —Tu passeras, dans le silence et la neige,Mon homme de Dieu, juste et magnifique,Douce lumie`re de mon a me.Je ne convoite pas ton a me!Ton chemin reste a` l’eґcart.Et je n’enfoncerai pas mon clouDans ta main, pa le de baisers.Je ne t’appelerai pas par ton nom,Je ne te tendrai pas les bras,Je m’inclinerai, de loin,Devant la Sainte face de cireEt sous la neige lente, dans la neige,Je me mettrai a` genoux, et,En ton nom sacreґ,J’embrasserai la neige du soir.La`, ou`, majestueusement,Tu es passeґ, dans un silence de mort,Douce lumie`re, — gloire des saints —Dans la possession de mon a me.
4
Pour l’animal — sa tanie`re,Pour le voyageur — son chemin,Pour le mort — son corbillard,Pour chacun — son du .Aux femmes — la ruse,Au tzar — l’eґtat,A moi — la glorificationDe ton nom.
5
Chez moi a` Moscou — brillent les coupoles,Chez moi a` Moscou — les cloches sonnent,Et les seґpultures, chez moi, sont aligneґes, —Y dorment les tzarines et les tzars.Tu ne sais pas, toi, qu’a` l’aube, au Kremlin,On respire plus a` l’aise — que partout ailleurs!Tu ne sais pas, toi, qu’a` l’aube, au Kremlin,Et jusqu’a` l’aube, je te prie comme un dieu.Et tu passes au-dessus de la Neva,Au moment ou`, au-dessus de la Moscova,Je me tiens te te baisseґe,Et les reґverbe`res tombent de sommeil.De toute mon insomnie je t’aime,De toute mon insomnie je t’eґcoute —Lorsque partout dans le KremlinS’eґveillent les carillonneurs.Mais mon fleuve — avec ton fleuve,Mais ma main — avec ta mainNe se rencontrent pas, o ma Joie,Tant que l’aube n’a pas rejoint l’aube nouvelle.
6
On pensait — un homme!On l’a fait mourir.Il est mort. A jamais.— Pleurez sur l’ange mort!A la fin du jour,Il chantait la beauteґ du soir.Trois flammes de cireTressaillent, superstitieusement.Des rayons eґmanaient de lui —Cordes bru lantes sur la neige.Et trois cierges de cire — etLe tout au soleil! Au porteur de lumie`re!O, regardez — comment les sombresPaupie`res se sont enfonceґes!O, regardez — commentSes ailes se sont briseґes!Le reґcitant noir reґcite,Les gens oisifs fla nent...— Le chantre mort reposeEt ceґle`bre la reґsurrection.
7
Probablement — derrie`re ce petit boisLe village, ou` je vivais.Probablement — l’amour est plus simple,Il est plus facile, que je ne croyais.Oheґ! — Les diables, crevez donc!Il s’est souleveґ, il a leveґ — le fouet —Et, apre`s l’injure — le coup, cinglant,Et, de nouveau, les grelots chantent.Au-dessus des bleґs faiblissants, miseґrables,La perche se dresse — et apre`s elle une autre perche,Et le fil de fer haut dans le ciel chante,Et il chante la mort.
8
Et une nueґe de mouches autour de haridelles indiffeґrentes,Et le cher andrinople de Kalouga gonfleґ par le vent,Et le cri des cailles, et le grand ciel, etLe flot des choches par-dessus le flot des bleґs,Et les parlotes: les Allemands, — c’est assez mais jusqu’ou`! —Et la croix tre`s jaune derrie`re le petit bois bleu,Et la douce chaleur, et un tel eґclat en tout,Et ton nom, qui sonne comme: Ange.
9
Faible rayon dans les teґne`bres noires de l’enfer —Ta voix dans le grondement et l’explosion des obus.Et la`, dans le tonnerre, comme un quelconqueSeґraphin, elle annonce, cette voix sourde,— On ne sait de quels anciens matins brumeux —Combien il nous a aimeґs, nous, aveugles et anonymes,Et le manteau bleu, et le peґcheґ — de perfidie... EtCombien — plus tendrement — plus fortement encore —Combien il n’a cesseґ de t’aimer, Russie, disparueA jamais dans la nuit — pour de tristes histoires!Et ses doigts glissent — le long de ses tempes —Ils semblent interroger — d’un geste perdu —:Les jours nous attendent, et la tromperie de Dieu,Et quel nom a` venir pour un soleil qui ne se le`vera plus...Ainsi, prisonnier en tete-a`-tete avec lui-meme,(Ou bien cet enfant qui parle en revant)Nous est apparu sur toute la vaste plaine —Le cur sacreґ d’Alexandre Blok.
10
Il regarde, la`, fatigueґ des lointains,Chef sans partisans,La` — et l’eau du torrent dans le creux de sa main —Prince sans terres.La` — ou`, pourtant, tout: possessions et soldats,Et pain, et me`re.Ton hеґritage est beau, — dispose de lui,Ami sans amis!
12
Vous, ses amis, — ne le deґrangez pas!Vous, serviteurs, — ne le deґrangez pas!On le voyait sur son visage:Mon royaume n’est pas de ce monde.Fatales, les neiges en rafales au long de ses veinesEt les eґpaules se courbaient sous le poids des ailes,Et par la bouche et par le chant, dans l’ardeur qui desse`che,Il a laisseґ son a me s’envoler comme un cygne.Tombez, tombez donc, lourds ornements!Les ailes connaissaient leur pouvoir: voler!Et les le`vres, qui reґpeґtaient ce mot: reґponds!Mourir n’existe pas, je le sais!Il boit l’aurore, il boit la mer, — a` sa soif,Il festoie. — Et pas d’offices pour les morts!Car celui qui pour toujours a dit: il faut e tre!Aura du pain assez pour le nourrir.
13
Au-dessus de la plaine —Le chant du cygne.Me`re, n’as-tu pas reconnu ton fils?Lui — de tre`s loin — au-dela` des nuages,Lui, — et son dernier pardon.Au-dessus de la plaine,La neige fatale, en tourbillons.Jeune fille, n’as-tu pas reconnu ton ami?Chasuble deґchireґe, ailes en sang...Lui, et son dernier mot: — Vis!Au-dessus de cette maudite...L’envol aureґoleґ. Le justeS’empare d’une a me: hosanna!Le forc at trouve — une couchette — la chaleur.Et le fils adoptif la maison d’une me`re. — Amen.
14
Pas une co te casseґe —Une aile briseґe.Pas la poitrine traverseґeDes fusilleґs. Cette balleNe peut s’extraire. Les ailes sontIrreґparables. Il vivait mutileґ.Tenace, elle est tenace la couronne d’eґpines!Qu’importe au deґfunt — l’eґmotion de la masse,Et le duvet de cygne des flatteries feґminines...Lui, il passait, solitaire, sourd,Il figeait les couchers de soleil,Absent, comme une statue sans regard.Une seule chose vivait encore en lui:Une aile briseґe.
15
Sans cri, sans appel: un couvreurQui tombe d’un toit. — Mais,Peut-e tre es-tu revenu, —Peut-e tre, coucheґ dans un berceau?Tu bru les et ne te consumes pas,Flambeau, pour peu de temps...Laquelle parmi les mortellesTe berce, en ton berceau?Fardeau bien-heureux!Roseau propheґtique!Qui donc me diraDans quel berceau?«Pas vendu, pour l’instant!»Je ferai seulement, avec, en moi,Cette jalousie, un vaste mondeSur la terre de Russie.Je traverserai d’un boutA l’autre les terres de minuit.Ou` est sa bouche — sa blessure — ,Ou` sont le plomb, le bleu de ses yeux?Le saisir! Toujours plus fort!L’aimer, n’aimer que lui!Qui me dira tout basEn quel berceau tu es?Des perles, une a` une, et l’ombre,Mousseline endormie. OmbreD’une couronne aiguiseґe,D’eґpines, pas de laurier.Pas un rideau, un oiseauQui deґplie ses ailes blanches!— Et natre a` nouveauPour qu’a` nouveau la neige te couvre?L’attirer plus fort! Le tenirPlus haut! Ne garder que lui!Qui me souffleraEn quel berceau tu es?Mon exploit est peut-e tre faux,Et mes efforts — vains.Tu vas peut-e tre dormir,Comme en terre, jusqu’au dernier chant.Je vois a` nouveau — le creuxProfond de tes tempes.Aucune musique ne pourraEffacer une telle fatigue.La souveraine pature,Le silence sur, rouilleґ.Le gardien me montreraLe berceau.
16
Comme endormi, comme ivre,Au deґpourvu, sans preґparation,Creux des tempes:Conscience aux aguets.Orbites transparentes:Mort et clarteґ.Vitre transparenteDu re veur, du voyant.N’est-ce pas toiQui n’as pas supporteґLe son de sa robe bruyanteDe retour au pays de chez Hade`sN’est-ce pas cette te teQui flottait, pleine de cliquetisArgentins, le longDe l’He`bre endormi?
17
Rec ois, mon Dieu, rec ois mon obolePour la soliditeґ du temple. Je ne chantePas l’arbitraire de mon amour, je chanteLa blessure de ma patrie...Non le coffre rouilleґ de l’avare —Ni le granit — useґ par les genoux!Mais, pour tous: le heґros et le tzar,Pour tous — un juste — un chantre — la mort.Le Dniepr brise la glace et la RussieCoule vers toi, comme Pa ques. —Et bouscule les planches du cercueilDans une grande crue de mille voix.Pleure ainsi mon cur, et chante la gloire!Et que l’amour mortel soit jalouxDe tes cris — pour quelle autre millie`me fois? —Car cet amour-la` se reґjouit de ton chant.J’aime embrasserLes mains, et j’aimeDonner des noms,Et aussi — ouvrirDes portes!— Grandes-ouvertes — sur la nuit noire!Et me tenir la te te,Ecouter ce pas, lourd,Quelque part, qui devient leґger,Et le vent, qui secoueLa somnolante, l’insomniaqueFore t.Et la nuit!Quelque part, des sources coulent,Le sommeil me gagne.Je dors presque.Quelque part, un homme,Dans la nuit, s’enfonce.Dans ma tre`s grande ville — la nuit.Je quitte — la maison endormie.Les gens pensent: une femme, une fille, —Mon seul souvenir: — la nuit — .Le vent de juillet me pousse — en chemin,Et la` une musique par la fene tre — un rien.Le vent, aujourd’hui, jusqu’a` l’aube — souffleraAu travers de la poitrine — dans la poitrine.Un peuple noir, et, par la fene tre — une lumie`re,Et le carillon de la tour, et dans la main — une fleur,Et ce pas-la` n’embote le pas de personne,Et cette ombre-la` — n’est pas la mienne.Les feux de la feuille nocturne dans la bouche,Comme les chanes des colliers en or — le gou t!Deґlivrez-moi des liens diurnes, amis,Comprenez, je ne suis pour vous qu’un re ve.Noire comme la pupille, comme la pupille tu sucesLa lumie`re — et je t’aime, nuit — qui vois si bien.Laisse ma voix te chanter, aїeule des chants,Qui tiens la bride des quatre vents. Je t’appelle,Je chante tes louanges et ne suis qu’un coquillageQue la voix de l’oceґan n’a pas encore deґserteґ.J’ai deґja` trop regardeґ dans la pupille des hommes!Nuit! Reґduis-moi en cendres, soleil noir, — nuit!Qui dort, la nuit? Personne ne dort!L’enfant, dans son berceau, crie,Le vieillard veille a` sa propre mort,Et le jeune garc on parle a` sa jolie;Il souffle sur ses le`vres,Il la regarde dans les yeux.Si tu t’endormais, ou` serais-tu, a` ton reґveil?Nous aurons, nous aurons bien le temps de dormir!Le garde au regard vigilant passeDe maison en maison, avec sa lanterne rose.Et, sur l’oreiller, ce qui, par morceaux, gronde,Agite sa bruyante creґcelle: — ne dors pas —Tiens bon! J’insiste! Sinon — l’eґternelSommeil! — Sinon — la maison eґternelle.Voici — de nouveau — une fene tre,Ou` — de nouveau — on ne dort pas.On y boit du vin — peut-e tre —,On n’y fait rien — peut-e tre —.Ou alors, tout simplement,Deux mains ne peuvent se seґparer.Il y a, dans chaque maison,Ami, une fene tre pareille.Le cri des seґparations, des rencontres —Toi, fene tre dans la nuit!Des centaines de bougies — peut-e tre —,Trois bougies — peut-e tre... —Pas cela, et pas de reposPour mon esprit.Et cela — cette chose me me —Dans ma maison.Prie, mon ami, pour la maison sans sommeil,Pour la fene tre eґclaireґe!
Poemes pour Akhmatova
1
O muse des pleurs, la plus belle des muses!Toi, acolyte perdue de la nuit blanche!Tu jettes sur les Russes ta sombre tempe te,Et tes hauts cris nous percent, comme des fle`ches.Nous bondissons de co teґ, et sourdement: ah! —Des milliers de fois — nous te jurons fideґliteґ. — AnnaAkhmatova! — Ce nom me me — vaste soupir,Tombe dans des profondeurs qui n’ont pas de nom.Nous portons une couronne, a` seulement foulerLa me me terre que toi, sous le me me ciel — que toi!Et celui que blesse ton destin mortelS’eґtend immortel deґja` sur son lit de mort.Sur ma ville qui chante, les coupoles brillent,Et l’aveugle qui passe ceґle`bre les louanges du seigneur...— Moi, — je t’offre ma ville avec ses cloches,Akhmatova! — et aussi mon cur, en plus.
3
Encore un immense battement —Et les cils dorment.Corps gentil! Poussie`reD’un oiseau leґger!Que faisais-tu dans le brouillardDes jours? J’attendais, je chantais...Et tant de soupirs en elle,Et si peu de chair...Gentille — inhumainement,Sa somnolence.Avec quelque choseDe l’ange et de l’aigle.Elle dort, et le chur l’appelleVers les jardins de l’Eden.Comme si le deґmon endormiN’eґtait pas satureґ de chansons.Les heures, les anneґes, les sie`cles. —Sans nous — sans nos chambres.Et le monument, qui se penche, —Ne se souvient plus.Depuis longtemps, le balai reste inactif,Et se fleґtrissent, obseґquieusement,Au-dessus de la Muse de Tsarskoeґ Selo,Les croix d’orties.
5
Tant de compagnons, tant d’amis —Et tu n’es l’eґcho de personne.L’amertume et la fierteґCommandent cette tendre jeunesse.Tu te souviens de cette journeґe folleEt enrageґe: le port, la menace des vents du sud,Les hurlements de la Caspienne — et,Dans la bouche, l’aile d’une rose.Et cette tzigane qui t’a donneґCette pierre, si bien sertie, — etCette tzigane qui t’a mentiA propos de la gloire...Et, — tre`s haut, pre`s des voiles —L’adolescent en caban bleu.Le grondement de la mer — et l’appel,— Redoutable de la Muse blesseґe.
6
Tu ne traneras pas. Moi, — je suis le prisonnier.Toi, — le gardien. Nous avons le me me destin.Nous avons la me me feuille de routePour ce territoire vide, vide.Moi, — je suis d’une humeur tranquille!Mes yeux sont transparents!Gardien, laisse-moi allerJusqu’a` ce pin.
8
Sur le marcheґ, les gens criaient,La fumeґe sortait de la boulangerieJ’ai le souvenir de la bouche vermeilleD’une chanteuse de rue au visage allongeґ.Dans un cha le sombre — avec des fleurs —,— Pour e tre honoreґe — etToi, les yeux baisseґs, dans la fouleDes croyants, devant la catheґdrale.Prie pour moi, beauteґTriste et diabolique,On eґle`vera pour toi des eґchafaudages,Comme pour la vierge du village.
9
Vers Anne, a` la bouche d’or,De toute la Russie, son verbe, etSon expiation, — toi, vent, porteMa voix, et ce lourd soupir.Parle, horizon en feu, parleDe ces yeux, noirs de douleur,Et, doucement, salue, jusqu’a` terre,Parmi les champs doreґs.Raconte, eau verte des ruisseaux,Dans les bois, raconte cette nuit-la`Ou` j’ai vu en toi, et quel visageJ’ai vu, de mes propres yeux.Toi, retrouveґ,Dans la hauteur, avec le tonnerre,Toi, l’anonyme,Porte mon amourA Anne, bouche d’or de toutes les Russies.
11
Tu me caches le soleil, — la`-haut,Toutes les eґtoiles dans le creux de ta main!Et si, — portes grandes-ouvertes —Comme le vent — j’entrais chez toi!Et puis balbutier et rougir,Baisser les yeux tout a` fait,Et sangloter pour m’apaiser,Comme un enfant pardonneґ.
12
Les deux bras me sont donneґs — pour les tendre a` tous, —Mais ils me fuient. Les le`vres — pour donner des noms,Les yeux — pour ne pas voir, les sourcils tout au-dessus —Pour s’eґtonner tendrement de l’amour et de l’absence d’amour —Plus tendrement encore. La cloche, la`-bas, plus lourdeQue celle du Kremlin, sonne, et sonne dans ma poitrine, — ainsi,Qui sait? — Je ne sais pas, — peut-e tre, — il se peut, — ainsi,Je ne m’inviterai pas longtemps sur la terre russe!Un soleil blanc et de tre`s, tre`s bas nuages,Le long des potagers — derrie`re le mur blanc —,Un cimetie`re. Et sur le sable des rangeґes d’eґpouvantailsDe paille, sous des linteaux a` hauteur d’homme.Pencheґe par-dessus les pieux de la palissade,Je vois des routes, des arbres, des soldats en deґsordre.Une vieille paysanne, pre`s d’un portillon ma che,Ma che une tranche de pain noir avec du gros sel...Pourquoi ce courroux contre ces maisons grises, —Seigneur! — Et pourquoi trouer tant de poitrines?Le train passe et hurle, et hurlent les soldats,Et le chemin se couvre de poussie`re, et il s’eґloigne...—Pluto t mourir! Pluto t ne jamais e tre neґe,Que, la`, pour ce pitoyable cri plaintif de forc atVers les belles aux sourcils noirs. — Comme ils chantentAujourd’hui les soldats! O Seigneur mon Dieu!Tu es ma rivale, et je viendrai chez toi,Un jour quelconque, une certaine nuit claire,Quand les grenouilles hurleront dans l’eґtang,Et que les femmes seront folles de pitieґ.Je m’attendrirai sur le palpitementDe tes paupie`res et sur tes cils, jaloux,Je te dirai: je n’existe pas vraiment,Je ne suis qu’un re ve, dans ton sommeil.Je te dirai: console-moi, console-moi.Quelqu’un enfonce des clous dans mon cur!Je te dirai, a` toi: le vent est frais,Les eґtoiles — au-dessus des te tes — sont chaudes...
Aux juifs
Toi, buisson de roses ardentes, quiNe t’a pieґtineґ, qui ne t’a eґcraseґ!Seul immuable laisseґ sur terre,Apre`s lui, par le Christ.Israёl! Ton deuxie`me re`gneApproche. Vous nous avez payeґDe votre sang toutes les oboles:Heґros! Tratres! Prophe`tes, mercantiles!En chacun de vous — me me s’il compte son orDans son baluchon, pre`s d’une chandelle —Le Christ parle plus fort qu’en Marc,Ou Matthieu, ou Jean, ou Luc.D’un bout a` l’autre de la terre:Crucifixion et descente de Croix...Avec le dernier de tes fils, Israёl,C’est le Christ que nous enterrons.J’aimerais vivre avec Vous —Dans une petite villeAux creґpuscules eґternels,Aux eґternelles cloches —Avec la sonnerie deґlicateD’une horloge ancienne — les gouttes du temps —Dans une petite auberge de campagne.Et le soir, quelquefois, d’une mansarde ou l’autre —Une flu te,Et le flu tiste a` la fene tre.Et de grandes tulipes aux fene tres.Vous ne m’aimeriez, peut-e tre, me me pas.Au milieu de la chambre — un poe le de faїence eґnorme,Avec sur chacun des carreaux — une image:Une rose — un cur — un bateau —Et derrie`re l’unique fene tre:La neige, la neige, la neige.Vous seriez coucheґ — comme je vous aime: insouciant,Indiffeґrent, paresseux.De temps en temps, le brusque frottementD’une allumette.La cigarette s’allume, s’eґteint,Et longtemps, longtemps, tremble a` son extreґmiteґUn court cylindre gris — la cendre.Vous e tes trop paresseux pour la secouer.Et toute la cigarette vole dans le feu.
Don Juan
1
A l’aube froide,Sous le sixie`me bouleau,Au coin, pre`s de l’eґglise,Attendez, Don Juan!Je vous le jure, sur mon fianceґ,Heґlas, et sur ma vie,On ne sait, dans mon pays,Ou` s’embrasser!Chez nous, pas de fontaineEt les puits sont geleґs, —Et les Saintes ViergesOnt des yeux seґve`res.Et pour que les bellesN’eґcoutent pas les vainesParoles, — nous avonsUn tre`s sonore carillon.Je pourrais vivre ainsi,Mais j’ai peur — de vieillir,Et puis, mon beau, ce paysNe vous convient pas.Dans un manteau d’ours,Qui vous reconnatrait? —Si ce n’eґtait les le`vres,Vos le`vres, Don Juan!
2
Longtemps la tempe te, et les pleursDe la neige. — A l’aube brumeuse,On a coucheґ Don JuanDans un lit de neige.Ni bruyantes fontaines,Ni chaudes eґtoiles...Sur la poitrine de Don Juan,Une croix orthodoxe.Afin que la nuit eґternelleSoit plus claire — pour toi,J’ai apporteґ un eґventail,Noir, de Seґville....Et pour que tu voisDe tes propres yeux, la beauteґDes femmes, — cette nuitJe t’apporterai un cur.Dormez en paix, maintenant!De tre`s loin vous e tes venu,Ici, chez moi. Votre listeEst comple`te, Don Juan!
3
Apre`s tant de roses, de villes, de toasts —Comment n’e tes-vous pas fatigueґDe m’aimer? Vous — presque un squelette,Moi — presque une ombre.Vous avez du recourir aux forcesCeґlestes? — Que m’importe! — EtQue m’importe cette odeur de NilQui vient de mes cheveux?Moi — c’est mieux —, je vous raconteLe conte: c’eґtait en janvier. Quelqu’unA jeteґ une rose. Un moine masqueґPortait une lanterne. Une voixIvre, — priait et s’emportait,Pre`s du mur de la catheґdrale.Don Juan de Castille, alors,Rencontra Carmen.
4
Il est minuit — juste.La lune — un eґpervier.— Tu regardes — quoi?— Je regarde — c’est tout!— Je te plais? — Non.— Tu me reconnais? — Peut-e tre.— Je suis Don Juan.— Et moi — Carmen.
5
Don Juan avait — une eґpeґe,Don Juan avait — Dona Ana.C’est tout ce que les gens m’ont ditDu beau, du malheureux Don Juan.Mais aujourd’hui, j’ai ruseґ:A minuit juste, je suis alleґe sur la route.Quelqu’un a marcheґ pre`s de moi,Il reґpeґtait des noms.Et une eґtrange crosse — blanchissait dans la brume...— Don Juan n’a jamais eu — Dona Ana!
6
Et la ceinture de soie, — le serpentDu paradis, — tombe a` ses pieds...Et on me dit — Je me calmerai,Un jour, la`-bas, sous la terre.Je vois mon profil hautain etVieux, sur le brocard blanc.Et quelque part — des gitanes — des guitares —Et de jeunes hommes en manteaux noirs.Alors, quelqu’un, cacheґ sous un masque:— Reconnaissez-moi! — Je ne sais pas — Reconnaissez-moi! —Et la ceinture de soie tombeSur la place — ronde, comme le paradis.Tu es sortie d’une catheґdrale auste`re et finePour les criailleries de la place publique...— Liberteґ! — La Belle DameDes marquis et des princes russes.Voici, en cours, la terrible reґpeґtitionDu chur, — la messe continuera!— Liberteґ! — Fille de joieSur la poitrine folle d’un soldat!Embrasser sur le front — efface les soucis.J’embrasse sur le front.Embrasser sur les yeux — supprime l’insomnie.J’embrasse sur les yeux.Embrasser sur la bouche — donne a` boire.J’embrasse sur la bouche.Embrasser sur le front — efface la meґmoire.J’embrasse sur le front.
Brumes Anciennes de L’Amour
1
Au-dessus des contours du cap noir —La lune — chevalier dans son armure.Sur le quai — haut de forme, fourrures,Je voudrais: une actrice, un poe`te.Vaste souffle du vent, —Souffle des jardins du nord, —Vaste souffle malheureux:Ne laissez pas trai ner mes lettres.
2
Ainsi, les mains enfonceґes dans les poches,Je suis la`, debout. La route bleuit.— Aimer de nouveau, et quelqu’un d’autre?Toi, tu pars, le matin to t.Chaudes brumes de la City —Dans tes yeux. Eh bien, c’est ainsi.Je me souviendrai — seulement ta boucheEt ton cri passionneґ: — vivre!
3
Il lave le rouge le plus lumineux —L’amour. Essayez un peu leur gou t,Elles sont saleґes — les larmes. J’ai peur,Moi, demain matin — de me lever morte.Des Indes, envoyez-moi des pierres.Quand nous reverrons-nous? — En re ve.—Quel vent! — Salut a` l’eґpouse,Et a` l’autre dame, — aux yeux verts.
4
Le vent jaloux fait bouger le cha le.Cette heure m’eґtait preґdestineґe, depuis toujours.— Je sens, autour des le`vres et sur les paupie`resUne tristesse presque animale.Cette faiblesse le long des genoux!— Ainsi la voila`, la fle`che divine! —— Quelle lueur d’incendie! — Aujourd’huiJe serai la farouche Carmen.... Ainsi, les mains enfonceґes dans les poches,Je suis la`, debout. — Entre nous, l’oceґan.Au-dessus de la ville — brumes, brumes,Brumes anciennes des amours.Je me souviens du premier jour, la feґrociteґ des nouveaux-neґs,La brume divine des langueurs, et la gorgeґe,L’insouciance totale des mains, le cur qui manque de cur,Et qui tombe comme une pierre — ou un eґpervier — sur la poitrine.Et puis voila`, dans les gestes de la pitieґ et de la fie`vre,Une seule chose: hurler comme un loup, une seule: se prosterner,Baisser les yeux — comprendre — que le cha timent de la volupteґEst cet amour cruel, cette passion de forc at.
Rouen
Je suis entreґe, et j’ai dit: — Bonjour!Il est temps, roi, de revenir en France, chez toi!Et de nouveau, je te conduis vers le sacre,Et de nouveau, tu vas me trahir, Charles VII!N’espeґrez pas, prince avare et morose,Prince exsangue et sans courage,Que Jeanne n’aime plus — les voix,Que Jeanne n’aime plus — son eґpeґe.Il y a dans Rouen, a` Rouen — le vieux marcheґ...— Et de nouveau: le dernier regard du cheval,Le premier creґpitement du petit bois innocent,Puis la premie`re flamme des fagots.Et derrie`re mon eґpaule — mon compagnon aileґChuchotera de nouveau pour moi: courage, Sur! —Quand le sang du bois de mon bu cherFera briller les armures d’argent.J’ai fe teґ seule la nouvelle anneґe.Moi, riche, j’eґtais pauvre,Moi, avec mes ailes, j’eґtais damneґe.Quelque part, beaucoup, beaucoup de mainsSerreґes — et beaucoup de vins vieux.Avec ses ailes, elle eґtait damneґe!Et elle, l’unique eґtait — seule!Comme la lune — seule, sous le regard de la fene tre.Tu t’es leveґ pour la Patrie,Sur ton poignard, tu as eґcrit —: Marina.J’ai eґteґ la premie`re et l’uniqueDans ta vie extraordinaire.Je me souviens: la nuit, un visage aureґoleґ,Dans l’enfer d’un wagon pour soldats.Je laisse mes cheveux au vent, etDans un coffret, je garde les eґpaulettes.
Le Don
Garde blanche, haute est ta destineґe:Le trou noir vise ta poitrine et ta tempe.Tu combats pour Dieu, ta cause est juste:Le sable engloutira ton corps douloureux et pur.Ce n’est pas un vol de cygnes dans le ciel:C’est la sainte force blanche qui s’efface,Qui s’efface comme une vision blanche...Dernier re ve — de l’ancien monde:Vaillance, — Jeunesse, — Vendeґe, — Don.Celui qui en reґchappe — va mourir, celui qui en meurt — revivra.Et puis les descendants, au souvenir de ces temps anciens:— Ou` eґtiez-vous? — La question, comme un coup de tonnerre,Et la reґponse, comme un coup de tonnerre — sur le Don!— Qu’avez-vous fait? — Nous avons souffert dans les tourments,Puis, fatigueґs, — nous nous sommes coucheґs pour dormir.Et, dans le dictionnaire, les petits enfants re veursApre`s le mot: devoir, eґcriront le mot: DON...Difficile et miraculeuse — fideґliteґ jusqu’a` la mort!La magnificence des tzars — au sie`cle des places envahies!Ames reґsistantes, poitrines reґsistantes, —Ou` e tes-vous, hommes des temps anciens?!La licence, comme un Tatar roux, deґvasteEt reґduit en poussie`re l’autel et le tro ne.Au-dessus des cendres — les clameurs du festinDe soldats deґserteurs et de femmes adulte`res.Je rentre a` la maison — non comme un imposteur,Et non comme une servante — je n’ai pas besoin de pain.Moi — ta passion, ton repos du dimanche,Ton septie`me jour, ton septie`me ciel.La`-bas, sur terre, on me donnait des pie`ces,On attachait des meules de pierre a` mon cou.— Mon bien-aimeґ! — Pourrais-tu ne pas me reconnatre?Moi, — ton hirondelle — ta Psycheґ!Recois, ma douceur, des guenillesQui furent autrefois une chair deґlicate.Tout est useґ, tout est deґchireґ, —Seules restent encore les deux ailes.Reve ts-moi de ta splendeur,Pardonne-moi, sauve-moi, maisLes pauvres haillons en poussie`re —Porte-les a` la sacristie.Je te raconterai — la grande duperie:Je te raconterai le brouillard, quand il tombeSur les jeunes arbres et sur les vieilles souches.Je te raconterai les lumie`res qui s’eґteignentDans les petites maisons — et le tzigane — eґtrangerVenu des lointains eґgyptiens — qui souffle dans son roseau.Je te raconterai — le grand mensonge:Je te raconterai le couteau, serreґ entre des doigtsEtroits, — les boucles des jeunes et la barbe des vieux,Souleveґes par le vent des sie`cles.Et la rumeur du sie`cle.Et les bruits des fers, sous les sabots.On frappe prudemment trois fois.Tendre ennemi, ami peu su r, — TuNe me tromperas pas! Tu n’es pas un pe`lerinAu terme de sa route. — C’est ainsiQu’on frappe au cur — pour l’amour.C’est ainsi que l’Enfer noirBaisse les yeux pour frapper au Paradis.Je suis. Tu — seras. Entre nous — un gouffre.Je bois. Tu as soif. S’entendre — en vain.Dix ans, cent milleґnaires nous seґparent. —Dieu ne ba tit pas de ponts.Sois! — C’est mon commandement.Laisse-moi passer, je n’eґcraserai pas les jeunes pousses.Je suis. Tu — seras. Dans dix printemps, tu diras:— Je suis! Moi, je dirai: — C’est trop tard.Je mourrai, et ne dirai pas: j’ai e ґ te ґ . SansMe plaindre, et sans chercher de coupables. Il estAu monde des choses plus seґrieuses que les oragesPassionnels et les hauts faits de l’amour.Toi, tu cognais de l’aile a` ma poitrine,Jeune coupable de mon inspiration —Moi — je te l’ordonne: — Sois!Moi, et sans sortir de la soumission.Ces mains, dont l’amoureux n’a pas besoin,Servent — le Monde. Et la LyreNous couronne de ce titre glorieux:Epouse du Monde.Beaucoup ne sont pas convieґs au festin royal, —Il leur faut alors, pour tout souper, un chant!L’amant n’est pas eґternel, le Monde est eґternel.On ne le sert pas en vain.La Blancheur menace la Noirceur.Le temple blanc menace tombeaux et tonnerre.Le juste pa le menace Sodome, non pasDe son glaive — mais du lys de son bouclier!Blancheur! Cercle symbolique!Cuves baptismales! Cheveux blancs fatidiques!Et les vilains reconnatront leur seigneurA la fleur qui fleurit de ses mains.Le loup — n’a peur que de l’agneau, etLa forteresse ne se rend qu’a` un ange.Festoiements — dans les caves et les sentines!Il gagne la capitale, le reґgiment blanc!Ma journeґe, le deґsordre et l’absurde:Au pauvre, je reґclame du pain,Au riche, je donne, pour sa pauvreteґ!J’enfile dans l’aiguille — une lueur,Au voleur, j’offre — la clef,Je mets du blanc sur ma pa leur.Le pauvre ne me donne pas de pain,Le riche n’accepte pas mon argent,La lueur ne passe pas dans l’aiguille.Le voleur entre sans la clef,Et l’idiote pleure a` chaudes larmes —Ce jour sans gloire, ce jour inutile.— Ou` sont les cygnes? — Et les cygnes sont partis.— Et les corbeaux? — Et les corbeaux sont resteґs.— Ou` sont-ils partis? — La` ou` sont les grues.— Pourquoi sont-ils partis? — Pour ne pas perdre leurs plumes.— Et papa, ou` est-il? — Dors, dors, le Sommeil,Sur son cheval des steppes va venir nous chercher. —— Ou` nous emme`nera-t-il? — Sur le Don des cygnes,— La`, j’ai, tu le sais! — un cygne blanc.Les poe`mes poussent,des eґtoiles,des roses,Et de la beauteґ— inutiles pour la vie familiale.Quant aux couronneset aux apotheґoses —Une seule reґponse:— d’ou` cela me vient-il?Nous dormons —et puis, au travers des dalles de pierre,L’ho te ceґlesteavec ses quatre peґtales.O monde, comprends!Le chantre — dans son sommeil —Deґcouvre les lois de l’eґtoileet la formule de la fleur — .Chaque poe`me — un enfant de l’amour,Un enfant eґternel, deґmuni de tout.Un premier-neґ — poseґ pre`sDe l’ornie`re, en plein vent.L’enfer au cur, l’autel au cur,— Le paradis et la honte. — QuiEst le pe`re? Un tzar, peut-e tre?Peut-e tre un tzar — peut-e tre un voleur.Il nous faut courageusement l’avouer, Lyre!Nous avions du gou t pour les grands de ce monde:Pour les ma tures et les drapeaux, les eґglises, les tzars,Les bardes, les heґros, les aigles et les vieillards,Quand on jure fideґliteґ aux royaumes,On ne confie pas le Pavillon a` tous les vents.Tu connais le tzar — reste a` distance du piqueur!La fideґliteґ nous tenait comme un grappin:Fideґliteґ a` la grandeur — a` la faute — au malheur,Fideґliteґ a` la grande faute de la couronne!Quand on jure fideґlite au — Khan,On ne jure pas obeґissance a` la horde.En ce sie`cle, nous n’avons trouveґ que du vent, Lyre!Le vent a mis en lambeaux les tuniques, etLe dernier chiffon flotte sur le Pavillon...De nouvelles foules, pour de nouveaux drapeaux!Nous, nous resterons fide`les a` nos serments,Car ce sont de mauvais chefs, les vents.Si l’a me est neґe avec des ailesQue lui importe les palais et les masures!Que lui importe Gengis-Khan ou la horde!J’ai deux ennemis, ici-bas,Deux jumeaux — inseґparables:La faim des affameґs — et la richesse des riches.Je ne te ge ne pas, je ne te donnePas un poison de femme.Je te donne ma main fide`le —La droite, celle qui eґcrit.Celle avec laquelle je beґnis,Pour la nuit — ma fille cheґrie.Celle avec laquelle j’eґcrisCe que Dieu me commande.La gauche — est impertinente,Maligne, astucieuse; tiens,Je te donne ma main — ma mainDroite, celle qui est juste.Pour toi, je noie dans un verreUne poigneґe de cheveux bru leґs.Tu ne mangeras plus, tu ne chanteras plus,Ne boiras plus, ne dormiras plus.Pour que ta jeunesse — soit sans joie,Pour que ton sucre — soit sans douceur,Pour que la nuit c a ne marche pas, dans le noir,Avec ta jeune eґpouse.Comme l’or de mes cheveux estDevenu cendre grise, les anneґesDe ta jeunesse deviendrontBlanches comme l’hiver.Tu seras aveugle, — sourd,Tu te desseґcheras, — comme la mousse,Tu expireras, — comme un soupir.Tzar, Dieu! Pardonnez aux faibles —Aux petits, — aux naїfs, — aux peґcheurs, — aux extravagants,Entraneґs dans l’horrible tourmente,Seґduits, trompeґs, —Tzar, Dieu! Dans l’atroce supplice,Ne tuez pas Stenka Razine!Tzar! Dieu te le rendra! Nous avonsEu assez de cris d’orphelins! AssezDe morts! — Fils de tzar,Pardonne au Brigand!Vers la maison paternelle — les chemins sont divers!Gra ce pour Stenka Razine!Razine! Razine! Ton histoire est termineґe!L’animal rouge mateґ, attacheґ.Ses dents horribles briseґes.Mais pour sa vie, sa sombre vieEt pour sa bravoure absurde,Libeґrez Stenka Razine!Patrie! Source et embouchure!Et quelle joie! De nouveau c a sent la Russie!Etincelez, yeux ternis!Reґjouis-toi, cur russe!Tzar, Dieu! C’est la fe te:Libeґrez Stenka Razine!Je n’ai plus besoin de toi,Mon cher, — non parce queTu n’as pas eґcrit aussito t,Non parce que tu vasDeґchiffrer en riantCes lignes eґcrites avec tristesse,(Ecrites par moi, seule —A toi, seul! — Pour la premie`re fois! —Tu les devineras, sans e tre seul.)Non parce que des bouclesFro leront ta joue — je sais,Moi aussi, lire a` deux! —Non parce qu’ensemble —Sur des majuscules incertaines —Vous allez vous pencher et soupirer.Non parce que, bien ensemble,Soudain, vos paupie`res se fermeront —Mon eґcriture est difficile, —Et, en plus des vers!Non, cher ami, — c’est plus simple,C’est plus fort qu’un deґpit:Je n’ai plus besoin de toi —Parce que, parce queJe n’ai plus besoin de toi!Non, personne ne le saura —Ne pourra et ne voudra le savoir! —Combien, dans l’insomnie, ma conscience passionneґeUse ma jeune vie!Elle m’eґtouffe sous l’oreiller, elle sonne le tocsin,Elle murmure toujours le me me mot…— Elle transforme en cet enfer trois fois damneґUn petit, un idiot peґcheґ veґniel.Une eґtoile au-dessus du berceau — et une eґtoileAu-dessus du cercueil! Et, au milieu —Comme un tas de neige bleue — une longue vie. —Bien que je sois ta me`re,Je n’ai plus rien a` te dire,Mon eґtoile.Je confie ce livre au ventEt aux cygnes qui passent.Pour crier plus fort que la seґparation —Il y a peu, j’ai briseґ ma voix.Ce livre, comme une bouteille a` la mer,Je le jette dans le tourbillon des guerres;Afin qu’il voyage, simplement, de la mainA la main, comme un cierge dans une fe te.Vent, vent, mon fide`le teґmoin,Va dire a` ceux que j’aimeQue chaque nuit, dans mes re ves,Je fais le chemin — du Nord au Sud.Il s’approchera sans bruit, furtivement —Comme minuit dans une fore t impeґneґtrable.Je sais: dans un vaste tablier,Je vous apporterai une colombe.Ainsi: je serai sur le seuil, — immobile!Avec le poids du plomb — la honte. Mais,L’oiseau dans le tablier sera a` l’eґtroit,Et l’oiseau — s’envolera, de lui-me me!Tu observes ma peґrissable fragiliteґPresque en silence. — Toi,Tu es de pierre, — moi, je chante, —Toi, tu es un monument, moi, je vole.Je sais, au regard de l’eґterniteґ,Le plus tendre mai n’est rien.Je suis un oiseau, ne m’en veux pas, siJe n’applique pas pour moi une loi si leґge`re.Ne juge pas trop vite: le jugementTerrestre est fragile! Et que la couleurDes meґsanges ne soit pas obscurcie —Par la blancheur des colombes.D’ailleurs — fais ce qu’il te plat!Car, si j’ai aimeґ tout le monde,Il se peut qu’un jour sombre —Je revienne a` moi, plus blanche que toi.L’un est de pierre, l’autre d’argile, —Toute d’argent, moi — je brille!Mon affaire — trahir, mon nom — Marina,Moi, — peґrissable eґcume de la mer.L’un est d’argile, l’autre de chair —Pour eux, tombes et pierres tombales…Pour moi — la mer — et ses fonts baptismaux —Et je suis, dans mon vol, — sans cesse briseґe!Ma volonteґ passe au travers de tousLes curs, au travers de tous les filets.De moi — vois-tu ces me`ches folles? —Personne ne tirera du sel de terre.Je me brise contre vos genoux de granit,Mais, avec chaque vague, — je ressuscite.Salut a` l’oceґan — a` l’eґcume joyeuse —La haute eґcume de la mer!Un co teґ de la fene tre s’est ouvert.Un co teґ de l’a me est apparu.Ouvrons donc — aussi l’autre co teґ,Et cet autre co teґ de la fene tre.
Chanson
Hier encore il me regardait dans les yeux,Aujourd’hui — il louche pluto t de co teґ!Hier encore il restait jusqu’au chant des oiseaux —Aujourd’hui — toute alouette — corbeau!Moi, la sottise, mais toi, l’intelligence,La vie, et moi l’inertie.Et ce cri des femmes de tous les temps:«Qu’est-ce que je t’ai fait, mon amour?!»Et les larmes pour elle — de l’eau et du sang —De l’eau — dans le sang, dans les larmes elle se lave!Pas une me`re, une mara tre — l’Amour:N’attendez de lui ni justice ni pitieґ.Les navires enle`vent les amants,La route blanche les entrane…Et ce geґmissement vaut pour toute la terre:«Qu’est-ce que je t’ai fait, mon amour?!»Hier encore — coucheґ a` mes pieds!Il me comparait a` l’empire de Chine!Soudain ses deux mains se sont eґcarteґes, —Ma vie est tombeґe — comme un sou rouilleґ!Comme une infanticide devant les jugesJe suis la` debout — mal aimeґe, sans deґfense.Je te le dirais me me en enfer:«Qu’est-ce que je t’ai fait, mon amour?!»J’interroge la chaise, j’interroge le lit:«Pour quoi, ce que j’endure, pour quoi cette deґtresse?»«Finis les baisers — vient la torture:A d’autres les baisers», — reґpondent-ils.A cette vie en plein feu, tu m’habitues,Puis tu m’abandonnes — dans la steppe glaceґe!Voila` ce que toi, mon amour, tu m’as fait!Mon amour, a` toi — qu’est-ce que, moi, je t’ai fait?Je sais tout — ne dis pas le contraire!Lucide, a` nouveau — et deґja` plus ta matresse!La` ou` l’Amour ce`de le terrain,La` s’avance la Mort-Jardinier!Seule — pourquoi secouer l’arbre! —L’heure venue la pomme mu re tombera.— Pour tout, pardonne-moi, mon amour —Pour tout ce que je t’ai fait!Ils sont partis — ils s’en sont alleґs —. IlsSont passeґs dans lе camp ou` tout se me le,Dans le camp blanc des migrateurs,Et des pigeons — et des cygnes —,D’eux, et de toi, ma Grandeur,Je parle, — reґponds-moi!Pour les jeunes bois de che ne, qui poussaientVers le ciel — et n’ont pu grandir, pour ceuxQui sont tombeґs et ne se sont pas releveґs, —Pour ceux qui sont alleґs camper dans l’eґterniteґ,Pour toi, notre Honneur,Je geґmis — fais-moi signe!Chaque soir, chaque soir, mes brasVont a` votre rencontre! La`-bas.Dans la vaste eґtendue des colombes —Ils sont nombreux, ceux que j’aime.Je suis depuis trop longtempsDans la Russie des rouges — enle`ve-moi!Je le sais, je mourrai au creґpuscule, ou le matin ou le soir!Auquel des deux, avec lequel des deux — c a ne se commande pas!O s’il eґtait possible que mon flambeau s’eґteigne deux fois!Je suis passeґe sur terre d’un pas de danse! — Fille du ciel!Un tablier plein de roses! — Sans eґcraser les jeunes pousses!Je le sais, je mourrai au creґpuscule, ou le matin ou le soir!Dieu n’enverra pas une nuit d’eґpervier pour mon a me de cygne!D’une main douce, j’eґcarterai la croix sans l’embrasser,Je m’eґlancerai dans le ciel geґneґreux pour un dernier salut.La faille du creґpuscule, ou le matin ou le soir — et la coupure du sourire...— Car me me dans le dernier hoquet je resterai poe`te!Dans les collines — rondes et brunes,Sous les rayons — puissants et poussieґreux,Avec des bottes — heґsitantes et douces —Derrie`re une pelisse — rouge et deґchireґe.Dans les sables — voraces et rouilleґs,Sous les rayons — bru lants et avides,Avec des bottes — heґsitantes et douces —Derrie`re une pelisse — pas a` pas.Dans les vagues — dangereuses et hautes,Sous les rayons — cruels et anciens,Avec des bottes — heґsitantes et douces —Derrie`re une pelisse — menteuse, menteuse.
A Maiakovski
Plus haut que les croix, plus haut que les chemineґes,Baptiseґ par le feu, baptiseґ par la fumeґe,Archange-aux-pieds-lourds —Salut a` toi dans les sie`cles, Vladimir!Il est le cocher, il est aussi le coursier,Il est la toquade, il est aussi la loi.Il soupire, il crache dans ses mains:— Tiens-toi bien, gloire charretie`re!Chantre des miracles sur la place publique,Salut a` toi, orgueilleux salopard,Qui choisit la lourdeur de la pierreEt non la seґduction du diamant.Salut a` toi, tonnerre de paveґs!Il ba ille, il respecte, — et, a` nouveau,Il rame — avec ses brancards — avecSes ailes d’archange charretier.
Louange pour aphrodite
1
Bienheureux — ceux qui ont abandonneґ tes filles, Terre,Pour la lutte et pour la course. Bienheureux, —Ceux qui ont peґneґtreґ sur les Champs-ElyseґesSans e tre seґduit par la volupteґ.Le laurier y pousse, feuilles raidies et sobres, —Le laurier — chroniqueur, activiste au combat…— Je n’eґchangerai pas l’aplomb de l’amitieґ,Au-dessus des nuages, contre le foyer de l’amour.
2
Deґja` les Dieux — deґja` —, ne te comblent plusSur les rives — deґja` —, d’une autre rivie`re.Vers la grande porte du couchant, versLa porte de Veґnus, volez, colombes!Pour moi, coucheґe sur les sables refroidis,Je me retirerai dans ce jour qui ne se compte pas…Car le serpent regarde sa vieille peau,Car j’ai deґpasseґ ma jeunesse.
Jeunesse
Ma jeunesse! Mon eґtrange`reJeunesse! Ma bottine deґpareilleґe!Les yeux rougis, presque fermeґs,On enle`ve une feuille au calendrier.La muse pensive n’a rien prisSur l’ensemble de ton butin.Ma jeunesse! Je ne te rappelle pas:Tu eґtais une charge et une corveґe.La nuit, tu murmurais pour moi avec ton peigne,La nuit, tu aiguisais tes fle`ches. Tu m’eґtouffaisDe tes largesses, comme sous de petits galets.Et je souffrais pour les peґcheґs des autres.Je te rends ton sceptre avant l’heure,Sans gou t, mon a me, pour les boissons et les mets.Ma jeunesse! Mes deґsordres —Jeunesse! Mon chiffon de vermeil!
Muse
Ni chartes, ni ance tres,Ni faucon clair. ElleMarche — elle s’ouvre, —Lointaine!Sous les paupie`res sombres —L’incendie aux ailes d’or.De sa main, haleґe par le vent,Elle a pris, elle a oublieґ.Le bas de sa robe non retrousseґe,Sarcasme, qui se fa che,Ni bonne ni meґchante,L’une et l’autre, lointaine.Elle ne pleure pas, ne geґmit pas:— Il tire tre`s fort, il est gentil! —De sa main, haleґe par le vent,Elle a donneґ, elle a oublieґ.Elle a oublieґ — ricanementsDe gorge et de cris d’oiseaux...— Dieu, garde-la,Si lointaine!
Amazones
Seins de femmes! Souffle figeґ de l’a me —Essence de femmes! Vague toujours priseAu deґpourvu et qui toujours prendAu deґpourvu — Dieu voit tout!Lice pour les jeux du deґlice ou de la joie,Meґprisables et meґprisants. — Seins de femmes! —Armures qui ce`dent! — Je pense a` elles...L’unique sein, — a` nos amies!...
Cheveux blancs
Ce sont des cendres de treґsors:Des pertes, des offenses.Ce sont des cendres, devant lesquelles —Le granit — tombe en poussie`re.La colombe, nue, lumineuseQui vit seule. Ce sontLes cendres de SalomonSur une grande vaniteґ.Redoutable craieD’un temps sans fin.Ainsi, Dieu me fait signe:— La maison a bru leґ!Non pas le seigneur des re vesEt des jours, pris dans ses hardes,Mais l’esprit — flamme verticale —Qui jaillit des preґcoces cheveux blancs!Vous ne m’avez pas trahie,De mes arrie`res, anneґes!Cette blancheur, c’est la victoireDes forces immortelles!
Emigrant
Vous e tes ici entre vous: maisons, monnaies, fumeґes,Et les femmes, et les ideґes,Sans reґussir a` vous aimer, sans reґussir a` vous unir,Alors, celui-ci ou celui-la`, —Comme Schuman avec le printemps sous son manteau:— Plus haut! Toujours plus haut!Alors, comme le treґmolo en suspens d’un rossignol —Cet eґlu ou tel autre,Le plus craintif —, car vous avez d’abord releveґ la te te,Puis leґcheґ les pieds!Perdu parmi les hernies et les harpies,Dieu, dans les lieux de perdition.Puis un de trop! Il vient d’en-haut! Un ressortissant!Un deґfi! Et qui n’a pas perdu l’habitude... De voirTrop haut... Qui refuse les potences... ParmiLes deґchets de devises et de visas...Un ressortissant.
PoEte
Le poe`te engage son discours de tre`s loin,Son discours engage le poe`te tre`s loin.Et par des plane`tes, des signes, par les fondrie`resDes paraboles deґtourneґes... Entre le oui et le non.Et lui-me me quand il s’envole du clocher,Il brise son crochet... puisque la voie des come`tesEst la voie des poe`tes. Des maillons eґparpilleґsDe la causaliteґ — voila` son bien! Le front leveґVous deґsespeґrez! Les eґclipses des poe`tesNe se repe`rent pas sur le calendrier.Il est celui qui bat les cartes et les fausse,Qui triche sur le poids et sur le compte,Il est celui qui, de sa place, interpelle,Et qui eґcrase la parole de Kant.Dans le cercueil de pierre des Bastilles,Il est comme un arbre dans toute sa beauteґ...Ses traces sont toujours froides, etIl est aussi ce train que tout le mondeManque...— Puisque la voie des come`tes —Est la voie des poe`tes: il bru le, il ne reґchauffe pas,Il brise, il ne construit pas — eґclatement, effraction —,Ton chemin est une ligne courbe aux cheveux longs,Il n’est pas repeґrable sur le calendrier.
Dialogue de Hamlet avec sa conscience
Par le fond, ou` sont le limon...Et les algues... Elle est alleґe dormir,La`, — et pas de sommeil, me me la`!— Mais moi je l’aimais,Plus que quarante mille fre`resNe peuvent l’aimer!— Hamlet!Par le fond, ou` sont le limon...Le limon!... Et sa dernie`re couronneEst venue se poser sur les troncs, la`...Mais, moi, je l’aimais— Plus que quarante mille...MoinsQuand me me, qu’un seul amant.Par le fond, ou` sont le limon...— Mais, moi, je —l’aimais??
La Lettre
On n’attend pas ainsi des lettres,On attend ainsi — une lettre.Un morceau de chiffon,Un filet de colleAutour. A l’inteґrieur — un mot.Du bonheur. — Et — c’est tout.On n’attend pas ainsi le bonheur,On attend ainsi — la fin:Des soldats, une salveEt, dans le cur — troisEclats de plomb. Du rouge aux yeux.Voila`. — Et — c’est tout.Pas le bonheur — je suis vieille!Les couleurs, — chasseґes par le vent!Le carreґ de la courEt le noir des fusils.(Le carreґ d’une lettre:L’encre, l’envou tement!)Pour le sommeil de la mortPersonne n’est vieux!Le carreґ d’une lettre.
Madeleine
1
Entre nous: les Dix Commandements:La fournaise de dix bu chers.Le sang des miens me repousse, —Tu es pour moi — le sang eґtranger.Au temps des Evangiles, —J’aurais eґteґ une de celles...(Le sang eґtranger — le plus envieґ,Et le plus eґtranger de tous!)Vers toi, avec tous mes malheurs, —Je serais attireґe, coucheґe humblement —Clarteґ de ce que tu es! — Mes yeuxDe deґmons cacheґs, je verserais les onctions —Et sur tes pieds, et sous tes pieds,Et me me, simplement, dans le sable...Les marchands, la passion vendue,Repousseґe, — elle coule!Par la bave de la bouche, et par l’eґcumeDes yeux, et par la sueur de tous les deґlices.De mes cheveux j’enveloppe tes pieds,Comme dans une fourrure...Comme une quelconque eґtoffe, je m’eґtendsSous tes pieds... Mais, es-tu vraiment celui(Celle!) qui dit a` la creґature aux boucles de feu:Le`ve-toi, sur!
2
Le flot du tissu, payeґ trois foisSon prix, et de la sueur des passions,Et des larmes, et des cheveux — le flotEntier coule, coule et LuiFixe d’un regard bienheureuxL’argile rouge et sec, et:Madeleine! Madeleine!Ne t’offre pas ainsi, tellement.
3
Je ne vais pas t’interroger sur le chemin —Que tu as suivi: tout eґtait deґja` eґcrit.J’eґtais pieds nus, tu m’as chausseґDe la pluie de tes cheveux et —De tes larmes.Je ne te demande pas, — de quel prixSont payeґes ces huiles.J’eґtais nu, et des formesDe ton corps, toi, — comme d’un mur,Tu m’as entoureґ.Plus calme que l’eau, et plus bas que l’herbe,Je toucherai ta nuditeґ de mes doigts.Je me tenais droit, tu t’es pencheґe vers moi,Tu m’as appris la tendresse de ce geste.Fais-moi une place dans tes cheveux,Serre-moi dans les langes — et qui ne soient pasDe lin — Porteuse d’onctions!A quoi bon toutes ces huiles?A qui bon toutes ces huiles?Tu m’as baigneґComme une vague.Tu m’as aimeґe. La veґriteґEtait fausse. Le mensongeEtait since`re.Tu m’as aime`e — plus qu’on ne peut!Au-dela` des limites!Tu m’as aimeґe plus longtempsQue le temps. — Un revers de main,Et tu ne m’aimes plus:La veґriteґ tient en cinq mots.
Deux
1
Il y a des rimes dans ce monde:On les seґpare — et il freґmit.Home`re, tu eґtais aveugle.La nuit — sur tes sourcils,La nuit — ton manteau de rhapsode,La nuit — le rideau sur tes yeux.Sans cela aurais-tu seґpareґHeґle`ne et Achille?Heґle`ne. Achille. DonneDes noms plus harmonieux.Oui, le monde est construitContre le chaos, pour l’harmonie,Et pousseґ a` la division,Il tient sa vengeance,— L’infideґliteґ des femmes —Il se venge — Troie en flammes!Rhapsode aveugle: tu as gaspilleґTon treґsor comme une chose de peu.Il y a des rimes assembleґes —Dans l’autre monde. Et notreMonde s’eґcroule dans la division. MaisQu’importent les rimes? Heґle`ne, vieillis donc!...Et le meilleur des hommes d’Achaїe!Et Sparte la voluptueuse!Il n’y a que le freґmissement des myrtes,Et le sommeil de la cithare:Heґle`ne, Achille:Une paire deґpareilleґe.
2
Il n’est pas eґcrit, en ce monde,Qu’un puissant s’unisse a` un puissant.Ainsi Siegfried et Brunhild, seґpareґs,Un mariage reґgleґ par le glaive,Dans la haine fraternelle de cette union— Comme des buffles! — Roc contre roc.Il a quitteґ le lit nuptial, lui, inconnu,Elle, non reconnue — elle dormait.Seґpareґs! — me me sur le lit nuptial —Seґpareґs! — me me les mains jointes —Seґpareґs! — en notre langue double —Tardive et deґsunie — voila` notre union!Mais il est une offense encorePlus ancienne: l’Amazone abattue,Comme un lion, le fils de TheґtisN’a pas rencontreґ la fille d’Are`s:Achille n’a pas rencontreґPentheґsileґe.Souviens-toi, son regard vient d’en bas —Elle regarde comme un chevalier abattu!Son regard ne descend plus de l’Olympe —L’argile! — Et pourtant il vient d’en haut!Qu’importe cette jalousie qui seuleL’occupe: gra ce a` sa femme, il tireCela des teґne`bres. Ce n’est pas eґcrit,Il n’est qu’un eґgal — face a` un eґgal...Et nous ne nous rencontrons pas.
3
Dans un monde ou` chacunS’abaisse et s’exteґnue,Je sais — un seulEgale ma vertu.Dans un monde ou` tantEt plus nous seґduit,Je sais — un seulEgale mon eґnergie.Dans un monde ou` toutEst lierre, moisissure,Je sais — un seul,Toi, — dans l’absolu,Mon eґgal.
Tentative de jalousie
C a va comment, la vie, pour vous —Avec une autre — Plus simple, non?Un coup de rame, et la meґmoire aussito t,Comme la rive, au loin s’eґcarteDe moi, le a` la deґrive, (dans le cielPas dans l’eau!). Ames! Vous serezDes surs, toutes deux, vous,Les a mes, pas des amantes!C a va comment, la vie, pour vous —Avec une simple femme? SansLes diviniteґs? Vous avez deґtro neґVotre reine (vous aussi, par la` me me),C a va comment, la vie, pour vous —Les tracas — les tendresses? Et le reґveil —Comment? Et que faites-vous, malheureux,De l’immortelle vulgariteґ?«Des affrontements, puis des sursauts —C a suffit! Je trouverai ailleurs!»C a va comment, la vie, pour vous — avecN’importe qui, vous, que j’avais choisi?Plus traditionnelle, plus mangeable —La cuisine? On s’en lasse — a` qui la faute…C a va comment, la vie, pour vous — avecUn fanto me, vous, qui avez trahi le Sinaї?C a va comment, la vie, pour vous — avecL’une ou l’autre, ici ou la`? Votre moitieґ,Vous aimez? Et la honte, comme les re nes de Jupiter,Est-ce qu’elle fouette votre front?C a va comment, la vie, pour vous —La santeґ — c a va? Et le chant — comment?Et la plaie de l’immortelle conscience,Comment la matrisez-vouz, malheureux?C a va comment, la vie, pour vous — avecVotre sous-produit? Et le prix — lourd?Apre`s les marbres de Carrare, c a vaComment, la vie, pour vous — avec la camelote,Le pla tre? (Il est sculpteґ dans la masse,Dieu, et le voici reґduit en morceaux!).C a va comment, la vie, avec la cent-millie`me —Pour vous — qui avez connu Lilith!Est ce qu’elle s’use la nouveauteґD’un article de pacotille? Las des philtres,C a va comment, la vie, pour vous —Avec la femme pratique, sans sixie`meSens?Alors, te te entre les mains: heureux?Non? Dans le fond sans profondeur,Comment c a va, mon cheґri? Pire, ouComme pour moiAupre`s d’un autre?
Amour
Le yatagan? Les flammes? C’est trop! —Plus modestement, un mal, familier,Comme la paume de mains aux yeux, —Comme le nom d’un enfant —Aux le`vres.Il est vivant, le deґmonEn moi, il n’est pas mort!Dans le corps: dans une cale,En soi-me me: en prison.Le monde: — les murs.Une issue: — la hache.(Le monde — une sce ` ne, —Balbutie le comeґdien.)Le bouffon boiteux,Lui, n’a pas heґsiteґ.Dans le corps: — dans la gloire,Dans le corps: — dans une toge.Vis longtemps! Tu esVivant, — tiens a` ta vie!(Seuls les poe`tes sont dansLeurs os: — dans leur mensonge!)Non, pas de promenade pourNous, confreґrie de chantres.Dans le corps: — dans un peignoirPaternel et douillet.Nous valons mieux. DansLe coton, nous deґpeґrissons.Dans le corps: — dans une stalle,En soi-me me: — dans un four.Nous n’accumulons pas deDenreґes peґrissables.Dans le corps: — dans un mareґcage,Dans le corps: — dans un caveau.Dans le corps: — en exilExtre me. — Deґperdition!Dans le corps: — dans un myste`re,Sur les tempes: — dans l’eґtauDu masque de fer.
Petite torche
La Tour Eiffel — a` porteґe de la main!Va, a` ta main, grimpe.Mais, tous, nous l’avons vue, etAujourd’hui la voyons, et d’autres choses,Il nous parat ennuyeuxEt pas beau, votre Paris…«Russie, ma Russie, pourquoiBru ler d’un feu si clair?»
Poeme a son fils
Notre conscience — n’est pas votre conscience.Allez — Assez! — Oubliez tout, enfants,Ecrivez vous-me mes le reґcitDe vos jours et de vos passions.Loth, et sa famille de sel —C’est notre album de famille.Enfants, reґglez vous-me mes les comptesAvec la ville qu’on veut faire passer pour —Sodome. Tu n’as pas frappeґ ton fre`re —C’est clair, pour toi, mon ange!Votre pays, votre sie`cle, votre jour, votre heure,Et notre peґcheґ, notre croix, notre dispute, notreCole`re. Serreґs dans une pe`lerineD’orphelin de`s votre naissance —Cessez de prendre le deuilPour cet Eden que vous n’avez pasConnu! Et pour des fruits — que vous n’avezJamais vus. Comprenez: il est aveugle —Celui qui vous emme`ne a` l’office des mortsPour le peuple, et qui mange du pain,Et qui vous en donnera — commeC’est rapide, de Meudon au Kouban…Notre querelle — n’est pas votre querelle.Enfants, creґez vous-me mes vos propresDeґsaccords.Je te remercie, cher fide`le bureau!Tu m’as donneґ ton arbrePour devenir bureau — etTu restes — un arbre vivant!Avec ce jeu de jeunes feuillagesAu-dessus des sourcils, cette eґcorce vivante,Les larmes d’une reґsine vivante, etDes racines jusqu’au treґfonds de la terre.
Jardin
Pour cet enfer,Pour ce deґlire,Donne-moi un jardin,Pour mes vieux jours.Pour les vieilles anneґes,Pour les vieux malheurs:Le travail — les anneґes,Les sueurs — les anneґes…Pour les vieilles anneґes,Les anneґes de chien —Les bru lantes anneґes —Le frais jardin…Pour le fugitifDonne-moi ce jardin:Sans — ni — personne,Sans — ni — a me!Un jardin: ne pas marcher!Un jardin: ne pas voir!Un jardin: ne pas rire!Un jardin: ne pas se moquer!Sans aucune oreille,Donne-moi un jardin:Sans nulle odeur!Sans a me aucune!Tu diras: assez de douleur — prends ceJardin — solitaire, comme toi.(Mais tu n’y resteras pas, toi, la`!).Un jardin, solitaire, comme toi.Pour les vieux jours, ce jardin, pour moi…— Ce jardin autre? Et, peut-e tre, cet autre monde? —Donne-le-moi pour mes vieux jours —Et pour le pardon de l’a me.
Lecteurs de journaux
Le serpent souterrain glisse,Il glisse, il transporte les gens.Et chacun, — avec sonJournal (son eczeґma!).Un tic a` la ma choire,La carie des journaux.Ma cheurs de mastic!Lecteurs de journaux.Le lecteur — qui? — Un vieillard, un athle`te?Un soldat? — Ni traits, ni visages,Ni a ge. Un squelette — sans visage:Une feuille de journal!Celle dont tout Paris — , du frontJusqu’au nombril, est habilleґ.Laisse donc, jeune fille!Tu accoucheras d’un lecteurDe journaux!Ils se bal — «Il couche avec sa sur» —ancent — «Il a tueґ son pe`re!» —Ils se balancent — et se remplissentDe vaniteґ.Qu’importe a` ces messieurs —L’aube ou le coucher de soleil?Des avaleurs de vide,Les lecteurs de journaux!Lire — les journaux: calomnies,Lire — les journaux: deґtournements,Dans chaque colonne — mensonges,Dans chaque colonne — deґgou t. —Avec quoi, vous preґsenterez-vous —Au Jugement dernier — dans la clarteґ —Accapareurs d’instants,Lecteurs de journaux!— Au loin! Disparu! Perdu!La peur maternelle est ancienne,Me`re! La presse de Gutenberg estPlus horrible que la poussie `re de Schwartz!Pluto t e tre au cimetie`re, — queDans une infirmerie purulente,Gratteurs de croutes,Lecteurs de journaux!Qui laisse pourrir nos filsA la fleur de l’a ge?Les incestueux e ґcrivainsPour journaux!C’est cela, amis, — que je pense —Et bien plus fortement encoreQue dans ces vers, — lorsque,Mon manuscrit a` la main,Je me trouve en face, ou pluto t— Il n’y a pas de lieu plus vide! —Devant la non-faceDu reґdacteurdes saleteґs du journal.Tu ouvres en grand tes yeux vers le ciel bleu —Et tu t’exclames: — un orage!Un audacieux passe, tu le`ves les sourcils —Et tu t’exclames: un amour!Au travers de la mousse grise des indiffeґrences —Moi, je m’exclame: — des poe`mes.
Cendres
Il s’est abattu sur la ville de Saint Vinceslas— L’incendie, ainsi, deґvore les herbes —Apre`s avoir joueґ avec les facettes de Bohe me!— La cendre, ainsi, couvre les ba timents,La tempe te de neige, ainsi, balaye les jalons…De l’Eden — Tche`ques, dites-le! —Que reste-t-il? Des cendres.— La Peste, ainsi, reґjouit les cimetie`res!
2
Il s’est abattu sur la ville de Saint Vinceslas— L’incendie, ainsi, deґvore les herbes —Une deґcision — c’est votre dernier deґlai:— L’eau, ainsi, s’approche des fene tres,La cendre, ainsi, couvre les ba timents…Par-dessus les ponts et les placesPleure, il pleure le lion biceґphale…— La Peste, ainsi, reґjouit les cimetie`res!
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Il s’est abattu sur la ville de Saint Vinceslas— L’incendie, ainsi, deґvore les herbes —L’eґtouffement, sans freґmir— La cendre, ainsi, couvre les ba timents:Faites signe, a mes vivantes! PragueAujourd’hui plus deґserte que Pompeґi:Un pas, un bruit — nous cherchons en vain…— La Peste, ainsi, reґjouit les cimetie`res!
A l’allemagne
Oh, jeune fille aux joues les plus rosesParmi les montagnes vertes —Allemagne!Allemagne!Allemagne!Quelle honte!Tu as empocheґ la moitieґ de la carte du monde,Ame astrale,Jadis, tu faisais re ver par tes contes,Aujourd’hui, — tu avances tes chars.Devant la paysanne tche`que —Tu foules le bleґ de ses espoirsSous les roues de ton charEt ne baisses pas les yeux?Devant l’infinie tristesseDe ce petit pays —Vous, les Germains, filsDe la Germanie, que sentez-vous?O manie! O momieDe la grandeur!Tu vas bru ler,Allemagne!Folie,Folie,Ce que tu fais.L’hercule triompheraDes liens du serpent!A ta santeґ, Moravie!Et toi, Slovaquie, sois slovaque!Tu recules, dans les sous-solsDu cristal et — tu preґpares le coup:Bohe me!Bohe me!Bohe me!Salut!
Ils ont pris
Les Tche`ques s’approchaient des Allemandset crachaient.(Voir les journaux mars 1939)Ils prenaient — vite et ils prenaient — largement:Ils ont pris les sommets et ils ont pris les treґfonds,Ils ont pris le charbon et ils ont pris l’acier,Et notre plomb, et notre cristal.Ils ont pris le sucre et ils ont pris le tre`fle,Ils ont pris l’Ouest et ils ont pris le Nord,Ils ont pris la ruche et ils ont pris le bleґ,Ils ont pris notre Sud et l’Est aussi.Vary — ils ont pris et les Tatras — ils ont pris,Ils ont pris le proche et ils ont pris le lointain,Et — pire encore que le paradis sur terre! —Ils ont vaincu — sur le sol natal.Ils ont pris les balles et ils ont pris les fusils,Ils ont pris les minerais et ils ont pris l’amitieґ...Mais tant qu’il y a de la salive dans la boucheTout le pays est en armes.
Foret
On taille — tu as vu! — On taille,On taille! — Apre`s un che ne — un che ne.Abattu, il ressuscite. ElleNe meurt pas — la fore t.Elle meurt; la fore t, puisElle reverdit — a` la minute! —(La mousse — une fourrure verte)Il ne meurt pas, le Tche`que.Non pas des diables, qui poursuivraient un moine,Non pas le malheur — qui poursuivrait un geґnie,Et non pas l’avalanche, qui n’est pas un amas,Et non la vaste monteґe des inondations.Non pas le rouge incendie des fore ts,Non pas le lie`vre — dans la colline,Non pas le roseau — sous l’orage, —Apre`s le fuhrer — les furies.Tu ne mourras pas, peuple!Dieu te garde!De ton cur tu as donneґ — le grenat,De ta poitrine tu as donneґ — le granit,Prospe`re, peuple —Dur comme les Tables de la loi,Chaud comme le grenat,Pur comme le cristal.Il est temps! Pour ce feu-la` —Je suis vieille!— L’amour — est plus vieux que moi!— De cinquante fois janvier,Une montagne!— L’amour — est encore plus vieux:Vieux, comme un pre`le, vieux, comme le serpent,Plus vieux que l’ambre de Livonie!Et plus vieux que tous les bateaux fanto mes!Que les pierres, plus vieux que les mers…Mais le mal, dans ma poitrine — est plus vieuxQue l’amour, plus vieux que l’amour.
Sur le cheval rouge
a` Anna AkhmatovaEt grand ouverts, grand ouverts — les bras,Les deux en croix.Et renverseґe! Va, pieґtine-moi, l’eґquestre!Que mon esprit, jailli des co tes, monte — vers Toi,CreґatureDe femme non terrestre!Pas la Muse, non, pas la Muse,Qui donc, au-dessus de mon pauvre landauMe berc ait de chansons,Par la main — qui donc me conduisait?Pas la Muse. Qui donc reґchauffaitMes mains froides, mes paupie`res bru lantesQui les rafrachissait?Qui deґgageait les me`ches de mon front? — Pas la Muse,Qui m’emmenait a` travers les grands champs? — Pas la Muse.Pas la Muse, nulle tresse noire, nul bijou,Nulle fable — deux ailes cha tain clair: voila` tout.Courtes — surplombant chaque sourcil aileґ.Torse harnacheґ.Panache.Lui n’a pas veilleґ sur mes le`vres,Ni beґni mon sommeil.Ni pleureґ avec moiSur ma poupeґe briseґe.Tous mes oiseaux — pour la partanceIl les la chait — puis — l’eґperon nerveux,Sur son cheval rouge — entre les monts bleusDe la deґba cle fracassante.— Oh! les pompiers! Partout c a hurle!Lueur du feu — partout c a hurle!— Oh! les pompiers! L’a me qui bru le!Pas la maison, qui bru le?La cloche d’alarme hulule.Vas-y, balance-le, ton bulbe,O cloche d’alarme! PullulentLes flammes! L’a me bru le!Dansant des ravages du beau,Aux gerbes rouges des flambeauxJ’applaudis — je bondis — rugis,De moi l’eґclair — jaillit.Qui m’a tireґe d’ou` c a crache et gronde?Quel aigle m’a ravie? — Je m’y perds.J’ai sur moi une chemise — longue —Avec un rang de perles.Clameur du feu, cliquetis de vitres...Sur chaque visage, au lieu d’orbites —Deux brasiers luisent! — les lits s’eґplument!On bru le! On bru le! On bru le!Craque donc, milleґnaire bahut!Crame, toi — magot, masseґ, reclus!Ma maison: souveraine au-dessus.Que souhaiter de plus?Oh! les pompiers! — Que le feu redouble!Fronts peintureґs d’or, tous — au fourneau!Incendie: oh! tiens debout, debout!Que croulent les poteaux!Soudain quoi — a crouleґ — si soudain!Un poteau? — Pas crouleґ!Vers le ciel — fol appel de deux mains —Et le cri: Ma poupeґe!Qui — me suivant — galope, deґvale,Me jetant un il-juge?Qui — me suivant — roule d’un chevalRouge — a` la maison rouge?Un cri. De ceux qui passent le murDu cri. La foudre, et lui:Brandit la poupeґe comme une armure,Droit comme l’Incendie.Tsar dresseґ parmi les feux fugaces,Et son front se laboure.— Je te l’ai sauveґe, — a` preґsent: casse!Et libe`re l’Amour!Soudain quoi — a crouleґ? Pas le monde,Non! Lui n’a pas crouleґ!Mais deux mains — suivant — l’eґquestre, montentD’une enfant — sans — poupeґe.Cruelle lune — aux volets s’ache`ve.Voila` mon premier ra ve.Enlaceґs rudement.Plus bas: bruit du torrent.Monte a` nos pieds leґgersDe l’eґcume envoleґe.Enlaceґs sans murmure:Les colonnes d’eґcume!Je suis tous ses harems,Il est tous mes emble`mes.Brusque entrelacs d’eґpaules:Flanc contre flanc, et paumes...A nos pieds deґchausseґsL’eґcume vient mousser.— Du pont... Chiche! Et sur l’heure!Que j’y lance une fleur...Il voit — et — simplementD’un bond — dans le torrent!Est-ce le pont, ou bien moi — qui tremble?Sang ou vague — en eґmoi?Glaceґe, je regarde — sans comprendreMa vie — qui se noie.Qui soudain — d’un grand geste de capeMe jeta — vers les cieux?Qui soudain — rutilant, fit qu’eґclateFlamme rouge — en feu bleu?!L’eґclat. Du gouffre triomphe un son:Lui, d’un saut — souplementSoule`ve le corps comme un poissonDroit comme le Torrent.Tsar dresseґ parmi les flots pointus,Et son front se laboure.— Je te l’ai sauveґ, — a` preґsent: tue!Et libe`re l’Amour!Soudain quoi — s’est rueґ? Pas la trombe,Non! Nulle intempeґrie!Mais deux mains — suivant — l’eґquestre, montentD’une — sans — son ami!Noir mareґcage — aux volets s’ache`ve.Voila` mon nouveau re ve.Nuit pourchassante — et pas d’autre voie:Le sang durcit.Fils! Creґation de ma hanche, toi, —Guide, conduis!Brave, en avant! — L’Esprit des MontagnesEst un, nous — deux.Seuls l’aigle ici et l’aurore gagnent.Nous — parmi eux.L’ouragan! — Les dieux repartiront,L’aigle en a peur...Plus haut, l’aneґ! — Ces hauts lieux serontNotre hauteur!Rongeant la poussiе`re d’ici-bas,J’enfante un fils —Et la Foudre Divine s’abat:L’aigle l’a pris!C’est a` pic et nu et noir la`-haut!Ses petits bras: deux barres.Qui donc, sinon Zeus dans son berceau —Tient l’aigle? Nul deґpart!Rire. En reґponse — ailes en furie,Griffes — perceuses: raides.Qui me suivant — et d’eґclairs fit fuir —Le tonnerre de l’aigle?!Ra le. Un rugissement deґtoneґA pourfendu les monts.Lui l’a leveґ comme un Premier-neґ,Droit comme l’Invasion.Tsar dresseґ parmi l’onde des nues,Et son front se laboure.Je te l’ai sauveґ, — a` preґsent: tue!Et libe`re l’Amour.Soudain quoi — a craqueґ? Le cur durD’un bois sec: nullement!Mais deux mains — suivant l’eґquestre — d’uneFemme — sans — son enfant!Cruelle aurore — aux volets s’ache`ve.C’est mon troisie`me re ve.Feґvrier. Deґformeґs, les chemins.Folle neige — aux champs.Balayeґs, tordus — les grands cheminsPar l’artel des vents.Tantot cretes que le galop couche,Et tantot — l’abrupt,A talonner l’Equestre-Le-Rouge,Ma route a son but.Tantot la`! A porteґe de la main!Taquin: — touche, va!Bras absurdement tendus; devientNeige — le cheval.Me`ches du panache dans les yeux?Ou saule, au virage?Eh! les marieurs! — Ni une, ni deux...Vents: au balayage!Balayez, amassez les obstacles —Plus haut que les rocs,Que son cheval au sabot d’attaque,Cloueґ la` — se bloque.Les vents eґcoutent — que plainte cre`ve,Et leur plainte cre`ve.Il court sa course rouge sans treve,Mon eґquestre reve.Me`ches d’ailerons qui s’emballaient?Ou saule, au virage?Tenez — haut, tenez — haut les balais!Vents: rage! A l’ouvrage!Que voila`? Quelle butte carreґeEmerge du sol?Comme si la tempete cabraitD’un coup cent coupoles.Chasse couronneґe: enfin, la pause.Deґja` mon front capteLe feu des fers, deґja` dans ma paumeLe bord de la cape!En renfort, avec glaive et tonnerre,Le Tsar — Guerroyant!Mais le cheval se rue et — tonnerreDans l’autel grondant.J’avance et trane, telle une meute,La troupe des vents.Les voutes ne figent pas l’eґmeuteDes sabots sonnants.Messe d’un mort — rond grondement monte —Neige qui vrombit:Le trone est renverseґ! — Vide! MondeSous terre — terni!Geignez, geignez, murmurez — les murs!Toi, neige, chahute!L’eґcume du cheval rend obscureL’aura des chasubles.Titube une coupole. Oh! croulez,Gloire et force et foi!Et mon corps s’eґcroule, eґcarteleґ —Les deux bras en croix.Immense lutte d’arcs-en-ciel: toutLustre aura claqueґ.Accepte-moi, toi — si pur, si doux,Pour nous, crucifieґ.A ta main vengeresse, on est lieґs?Accepte le feu!D’en haut: mais, qui sont le cavalier,Le cheval, — les deux?L’armure est sur lui — soleil qui brille!...— Vol abrupt! Volons! —La cheval — droit sur ma poitrine —Plante son talon.Cape de feu — aux volets s’ache`ve.Galop de feu — treve!Ni neige vrombissante,Ni balayage — balai.Ni panache emballeґ, —Saule, au virage.Ses me`ches grises balayeґesDeґmarche balanceґe, — sans bec d’aigleD’outre-nue, mais le nez fourreґDans l’eґpais nuage d’un chaudron, —Une bonne femme —Elle a dans les mains —Un chiffon.Verre a` l’envers sur bouteille pas finieOn laisse — on y reviendra.— En quoi est-ce mon reve? Et le reve dit:Ton Ange ne t’aime pas.Premier tonnerre sur le crane — ou coup durSur le crane?! — Gens! Hola`!Front rongeant l’oreiller sec: ce coup de dire:Le premier: Ne t’aime pas!N’aime pas! — Tresses de femme: nul besoin!N’aime pas! — De bijoux rouges: nul besoin!N’aime pas! — Mais sur le cheval — sauterai!N’aime pas! — Sauterai — au ciel!O esprit de mes pe`res, secouez vos chanes!Vacillez, pins seґculaires!Eole! O esprit de mes pe`res, mes me`chesDoreґes, brouille-les! De l’air!Sur le cheval blanc, au devant des guerriersAllons, — sous la foudre des fers argenteґs!Voyons, voyons comment se bat cet altierSur le Cheval-Dit-Le-Rouge!De bon augure: le ciel s’abat!L’aube ensanglante mon casque!Soldats! Jusqu’au ciel — encore un pas:Le grain crot sous la caillasse!En avant — par dessus le fosseґ! — Tombeґs? — Un rang.Au suivant — par dessus le fosseґ! — Tombeґs? — EncoreAu suivant — par dessus le fosseґ! — Le glaceґ blancDes cuirasses, qui sait: sang? Aurore?Soldats! — Quel ennemi — enfoncer?Dans mon sein un frisson chauffe.Peґne`tre, peґne`tre, eґpeґe d’acier,Un rayon — sous mon sein gauche.Murmureґ: tu es comme je t’ai voulue!Rumineґ: tu es comme je t’ai eґlue,Enfant de ma passion — sur — fre`re — futureSur le glacier — des armures!A nul autre — jusqu’a` la fin des temps! Mienne!Moi, les bras leve`s: Lumie`re!— Tu resteras, a` nul autre seras, — non?Moi, pressant sur ma plaie: Non.Pas la Muse, non, pas la Muse,Ni l’usure des liensParentaux, — ni tes filets,O Amitieґ! — Pas une main de femme, —une feґroce —A serreґ sur moi le nud —— En force.Terrible alliance. — Moi, coucheґe dans le noirDu fosseґ — Le Lever est si clair —!Oh! qui m’a fixeґ ces deux ailes sans poidsA l’eґpaule —Derrie`re?Teґmoin muetDes tempetes vivantes —Coucheґe dans l’ornie`re,Je lorgneLes ombres.Tant queVers l’azurNe m’emportera pasSur le cheval rouge —Mon Geґnie!
Le poeme de la montagne
Liebster, Dich wundert die Rede?Alle Scheidenden reden wie Trunkeneund nehmen gerne sich festlich…Holderlin
Dedicace
Que tu tressailles —Et tombent des montagnes,Et monte — l’ame!Laisse mon chant monter:Chant de l’entaille,De ma montagne.Je ne pourraiNi la`, ni deґsormaisCombler l’entaille.Laisse mon chant monterTout au sommetDe la montagne.
1
Cette montagne eґtait le torseD’un conscrit renverseґ par la mitraille.La montagne voulait des noces,Des le`vres vierges, un ceґreґmonial.Cette montagne — l’еxigeait.Irruption de l’oceґan dans l’oreille,Criant «hourra» d’un meme jet.Cette montagne errait et guerroyait.Montagne pareille au tonnerre.C’est en vain qu’on joue avec les titans!De la montagne — la dernie`reMaison au bout du faubourg: souviens-t’en!Des mondes — que cette montagne!Pour le monde il prend cher, Dieu est avide.L’entaille vint de la montagne.La montagne eґtait par-dessus la ville.
2
Parnasse, Sinaї?Non! Simple colline a` casernes,Rien d’autre — feu! vas-y!Bien qu’octobre et non mai, qu’y faire?Cette montagne-ciM’eґtait le paradis!
3
Paradis sur la paume offert— Qui s’y frotte, brule entier! —La montagne avec ses ornie`resDeґvalait sous nos pieds.Comme un titan avec ses pattesDe buisson et de houx,La montagne agrippait nos basquesEt ordonnait: — debout!Paradis — oh, nul b-a-ba,— Courants d’air: d’air troueґs! —La montagne nous jetait basEt attirait: — coucheґ!Comment? C’est a` n’y rien comprendre:Propulseґs, eґbahis!La montagne eґtait consacranteEt deґsignait: — ici...
4
Perseґphone, pour ce grain de grenade...L’oublier en plein gel d’hiver?!Double coquille des le`vres qui tardent,Leur bord aux miennes — entrouvert.Perseґphone, pour un grain deґgradeґe!La pourpre opiniatre des le`vres,Et tes cils — pure brisure et, doreґe,La dent de l’eґtoile s’eґle`ve...
5
Ni erreur — que la passion, ni conte,Et nul mentir, mais: d’un jour!Ah! Si nous eґtions venus au mondeEn terrestres de l’amour!Ah! Si tout bonnement, d’un sens sur:Ca? — colline! Mamelon!(A l’attrait pour le gouffre on mesure,Dit-on, le niveau des monts.)Dans les touffes de bruye`re fauve,Les souffrants lots de pins...(... Le deґlire: au dessus du niveauDe la vie.)— Prends, je suis tien!Heґlas! La famille douce, ronde,Les gazouillis qu’eux savourent...Puisque nous sommes venus au mondeEn ceґlestes de l’amour!
6
Lamentait la montagne (en terre tant resteAme`re l’entaille ou` saignent les ruptures),Lamentait la montagne sur la tendresseTenaillante de nos matins obscurs.Lamentait la montagne sur notre lien:Nos le`vres: parenteґ des plus imparables!Teґmoignait la montagne — qu’a` chacunIl serait du selon ses larmes.Et la montagne teґmoignait — camp tsigane,La vie! de cur en cur qu’on brade son temps!La montagne lamentait encore: Agar,Il la fit partir — avec l’enfant pourtant!Et la montagne teґmoignait — nous: jouetsDu deґmon! Nulle intention dans ses montages!La montagne parlait, nous eґtions muets.Nous nous en remettions a` la montagne.
7
Lamentait la montagne — rien que tristesseResterait du sang et brasier qui sont notres.Teґmoignait la montagne: elle ne nous laisse-Rait pas, ne t’admettrait pas avec une autre.Lamentait la montagne — rien que fumeґeResterait de nos citeґs et au-dela`.Teґmoignait la montagne — nous: destineґsAux autres (je n’envie pas ces autres-la`!).Lamentait la montagne — d’un poids affreux,Le serment qu’il est trop tard que nous reniions.Teґmoignait la montagne — vieux est le nudGordien — devoir et passion.Lamentait la montagne sur notre entaille —Demain! Attends! Quand au-dessus de nos frontsNon la mort, — seul memento: la mer eґtale!Demain, quand nous comprendrons.Un bruit... Comme si quelqu’un tout simplement —Eh bien.... pleurait tout pre`s?Lamentait la montagne, seґpareґmentDescendre il nous faudraitDans la vie dont nous savons bien tous: bohe`me,Boue, bazar, et caetera...Teґmoignait encore que tous les poe`mesDes montagness’eґcriventcomme ca.
8
Cette montagne eґtait la bosseD’Atlas, — titan geґmissant qui tient bon.La montagne fera la forceDe la ville ou` de`s l’aube nous battonsNos vies comme cartes jeteґes!— Passionneґs, obstineґs a` ne pas etre.Ainsi que l’ours pour l’apreteґDe son cri, ainsi que les douze apotresReґveґrez mon ingrate grotte.(Grotte — j’eґtais, ou` les vagues s’engouffrent!)De ce jeu la dernie`re porte,T’en souviens-tu — tout au bout du faubourg?Des mondes — que cette montagne!Les dieux se vengent de leurs simulacres.L’entaille vint de la montagne.La montagne eґtait sur moi seґpulcrale.
9
Passeront les anneґes, la pierre sus-diteEn plate sera changeґe, oteґe.Alors notre montagne sera construiteDe pavillons, d’enclos — grignoteґe.On dit qu’en bordure, sur de tels coteauxL’air est plus pur et qu’il fait bon vivre.Et l’on se mettra a` tailler des lambeaux,A rayer de linteaux l’herbe vive,A niveler mes cols et tous mes ravins —A l’envers! Car il faut qu’un soupconDe maison entre dans le bonheur d’au moinsQuelqu’un, — de bonheur — dans la maison!De bonheur, — dans la maison, d’amour deґnueґDe fiction et de tension des veines!C’est qu’il faut etre femme et le supporter!(Il fut bel et bien, quand tu venais,Le bonheur — dans la maison!) D’amour tranquille,Sans que rupture et couteau s’imposent.Des ruines de notre bonheur une villeSe le`vera — d’eґpoux et d’eґpouses.Et au bon air dans cette meme nature— Si tu peux — faute! Tant qu’il est tot! —Les boutiquiers pourront en villeґgiatureMacher et remacher leur magot.Et d’inventer des couloirs courbes ou droitsPour que, brin a` brin, la maison — fut!Car il faut bien qu’au moins quelqu’un ait un toitEt un nid de cigogne au-dessus.
10
Jamais la montagne n’oubliera — le jeuSous le poids de pareils fondements.Se perdre — on le peut, — la meґmoire: on ne peut:La montagne a montagnes de temps!Et ils comprendront! Que leurs yeux s’eґcarquillentDevant les crevasses obstineґes:Non pas monticule planteґ de familles, —Mais crate`re qu’on a deґclencheґ!On n’immobilisera pas le VeґsuvePar des vignes! Avec du lin onNe tiendra pas un geґant! La folle eґtuveDes le`vres suffit afin qu’en lionLes vignes changeґes, se retournent soudain,Crachant sur vous des laves de haine.Vos filles seront rien moins que des putainsEt vos fils eґcriront des poe`mes!Fille, eґle`ve un enfant naturel! Dehors,Fils! Livre-toi aux femmes du vent!Il ne vous sera pas donneґ, vous — les corps,De seґjour de plaisir sur mon sang!Plus dur que la pierre angulaire — voiciLe serment d’un mourant qui deґfaille:Il ne vous sera pas donneґ, vous — fourmis,De bonheur d’en-bas sur ma montagne!Vienne un temps ignoreґ, — une heure incertaine,— Famille au complet — vous connatrezLa montagne du commandement septie`me,— Montagne eґnorme, deґmesureґe.
Postface
La meґmoire a des effondrements,Les yeux sont recouverts de sept taies...Je ne te vois pas — seґpareґment.Un trou blanc — a` la place des traits.Sans indices. Trou, vaste paleur— Que toi, tout toi! (L’ame n’est que plaies,Pure plaie.) C’est l’uvre des tailleursDe marquer les deґtails a` la craie.Tout le ciel d’un seul tenant s’eґtale.L’oceґan: des gouttes le remplissent?Sans indices. Tout entier — speґcial —Lui! Complice est l’amour, non police.Pelage d’alezan, de moreau?Que le voisin le dise: il voit bien.La passion coupe-t-elle en morceaux?Et moi, suis-je horloger, chirurgien?Tu es un cercle entier — pleinement.Tourbillon — pleinement, bloc entier.Je ne te vois pas seґpareґmentDe l’amour. Signe d’eґgaliteґ.(Dans les touffes de duvet, la nuit,— Collines d’eґcume par rafales —La nouveauteґ eґtrange pour l’ouїe,Au lieu du «je»: le «nous» impeґrial…)Mais dans les jours eґtroits, indigents— «La vie, telle qu’elle est» — en revanche,Je ne te vois pas conjointementAvec aucune.— Meґmoire se venge.
Le poeme de la fin
1
Le poteau sur un ciel rouilleґ,Doigt hautain.Lui, posteґ au lieu deґsigneґ;— Le destin.Moins le quart. Ponctuel, non? — La mortN’attend pas.Exageґreґment de`s l’abord:Chapeau bas.Chaque cil d’un deґfi — chargeґ!Bouche: exclue.Exageґreґment deґgageґ,Le salut.— Moins le quart. Exact, non? SyllabesSonnant faux.Le cur tombe: qu’a-t-il? SignalDu cerveau!Ciel des noirs preґsages: acierEt rouilleur.Lui, preґsent au lieu familier.Soir: six heures.Ce baiser: le`vres de boix! BienInsonore!Tel qu’aux souveraines — la main,Tel qu’aux morts...Citoyen se preґcipitant:Les reins prennent.Exageґreґment lancinante,La sire`ne.Hurlante, ainsi qu’un chien rugit,— Bruit rageur.(Exageґration de la vieQuand on meurt).Soudain, — ce qui n’est qu’a` mi-corps —Jusqu’aux astres.(Exageґreґment, ou encore:Tout plus vaste).Mentalement: cher, cher. — Quelle heure?— Sept, disons.Au cineґma, ou bien? — Lueur:«La maison!»
2
Libre fratrie nomade, —C’est la` qu’on te menait!C’est l’eґclair, la tornade,Le sabre — son reflet,Ce sont les mots en fouleQue d’effroi nous taisons.C’est la maison qui croule —Ce mot: maison.Cri de l’enfant perdu:Ma maison!Le tout-petit — son du:«Ma», «mes», «mon»!Mon fre`re en aventure,Ma fie`vre et ma fusion,On se rue hors des murs,Et toi — a` la maison!Cheval ruant rompt l’attache —Les cimes! — Corde en charpie.— Mais de maison, pas la trace!— Si, a` dix me`tres d’ici:La maison sur la montagne.— Plus haut, encore? — Au sommet.Au bord du toit, la mansarde.— «Qui ne brule pas du faitDe la seule aube?» De`s lors,Vivre? — Poe`mes, raillez!Maison, c’est dire: dehors,Dans la nuit.(A qui narrerMa peine, oh! a` qui ma perte?L’horreur violaceґe, qui l’ouїt?...)—Votre reґponse — enfin prete? —C’est un meґditatif: — oui.
3
Et maintenant — le quai. A l’eauJe me tiens comme a` un corps dur.Seґmiramis, ah! ils sont beauxTes jardins suspendus, pour sur!A l’eau — rouleau de mineraiAux macabres enluminures —Je me tiens, comme a` son livret —La cantatrice, comme aux mursL’aveugle... Prise dans tes froids?Tu m’entends? — Je me penche (chiche?)A l’eґtancheuse-en-toute-soifJe me tiens, comme a` la cornicheLe somnambule...Peur, mais pasDue au fleuve — suis neґe naїade!Prendre le fleuve pour le brasDe l’aimeґ, quand il accompagne,Fide`le...Des morts c’est l’octroi!Oui, mais tous ne vont a` l’aurore...La mort a` gauche et coteґ droit —Toi. Mon flanc droit est comme mort.La lumie`re irradie d’un coup.Rire a` grelots de bricolage.«Vous et moi, il faudrait que nous...(Frisson)... Nous aurons le courage?»
4
La` un brouillard blond transhume,Vague d’un volant de gaz.Surchauffeґ, surenfumeґ,Et surtout — surjacasseґ:Ce que ca sent? Folle presse,Combine et copinerie,Cachotteries de commerceAinsi que — poudre de riz.Ceґlibataires bagueґs,Jeunes vieillards aduleґs...Surmoqueґ, surricaneґ,Et surtout — surcalculeґ!En liquide et en espe`ces,Et le bec et la farine.... Manigances de commerceAinsi que — poudre de riz.(De profil: — ca la`, c’est notreMaison? — Pas moi la matresse!)L’un tout a` son cheґquier, l’autreAu chiqueґ d’un gant glaceґ.Celui-la` tout doux s’empressePre`s d’un petit pied verni.... Epousailles de commerceAinsi que — poudre de riz.Brisure d’argent: l’emble`meDe Malte au carreau, — stellaire!Surcaresseґ, suraimeґ,Et surtout — surcompresseґ!Surpinceґ... (Il pue, le resteDe mangeaille: dis merci!)... Tripotages de commerceAinsi que — poudre de riz.Courte, la chane? En revanchePas de l’acier, du platine!Des troncs machent une trancheDe veau, tremblant de leur tripleMenton. Sur un cou conesque,Le diable — a` tete d’outil.... Catastrophe de commerceAinsi que — poudre de qui?Berthold Schwarz...Un homme doueґ —Et bienfaiteur de l’entourage.— Vous et moi, il faudrait que nousParlions. — Nous aurons le courage?
5
Mouvement des le`vres. Je sais:Ne parlera pas le premier.— Vous ne m’aimez pas? — Mais si je....— Vous ne m’aimez pas! — Et mineґ,Et liquideґ, eґlimineґ!(Regard d’aigle sur les parages)— Ca — la maison? Vous y pensez?— La maison est en moi. — Verbiage!L’amour, c’est de chair et de sang.Rougi de son sang qui s’eґtale.L’amour, il vous semble que c’est —Bavarder derrie`re une table?Un quart d’heure et chacun se rentre?Ainsi que ces messieurs et dames?Amour, cela veut dire...— Temple?Petit! Que l’on vous plante lameApre`s lame! — Sous l’il braqueґDes viveurs? (Et moi, a` l’ eґcart:«Amour, cela veut dire: arcTendu: arc, corde: l’accord craque.»)— Amour, cela veut dire — lien.Nous, tout est loin: bouches et vies.(Pas de mauvais il! — t’ai-je bienDemandeґ en cette heure intime,L’heure proche au sommet des montsEt de la passion. Memoria —Fumeґe! L’amour, c’est tous les donsAux flammes — et toujours pour rien!)La bouche — fente de coquillePalie. Non rictus — inventaire!— Et avant toute chose — un litUnique.— Abme! — avez-vous l’airDe dire. — Tambour de la main.— Ce n’est pas deґplacer les monts!Amour, cela veut dire...— Mien.Je vous ai compris. Conclusion?Tambour de la main sans arretPlus fort. (L’eґchafaud et la place.)— Partons. — Et moi qui espeґrais:Mourons. C’est tellement plus simple!Les trucs a` bon marcheґ, suffit!Assez de rimes, rails, hotels...— Amour, cela veut dire: vie.— Non, les Anciens le deґnommaientAutrement.— Eh bien? —Le poing serreUn poisson — lambeau de mouchoir.— On y va? — Votre itineґraire?Cartouche, rails, poison — au choix!La mort — sans ameґnagements!— La vie! — En geґneґral romain,Regard d’aigle a` son reґgimentDeґfait.— Quittons-nous deґsormais.
6
— Je ne le voulais pas. Ou alorsPas cela. (En silence: eґcoute!Vouloir, c’est le propre des corps,De`s lors l’un a` l’autre — ames nousVoila`...). Et il ne l’a pas dit.(Oui, a` l’heure ou` le train se forme,Le triste honneur de la sortie,Vous le confiez aux femmes commeUne coupe...) — Qui sait? Deґmence?Meґprise? (De courtoise allure,Menteur confiant a` son amanteL’honneur sanglant de la ruptureComme des fleurs...) Une syllabeApre`s l’autre: eh! bien — quittons-nous,Avez-vous dit? (Comme qui lacheUn mouchoir a` l’heure du douxTumulte...) De ce combat-ciVous etes le Ceґsar. (O gifle!Comme un tropheґe — a` l’ennemiConfier l’eґpeґe qu’on a remiseSoi meme!). Il continue. (MonteґeDu bruit...) — Je m’incline a` nouveau:Jamais on ne m’a devanceґDans la rupture. — A toutes vous...?Et ne le niez pas! VengeanceDont Lovelace serait fier.Geste vous honorant par chance,Et m’arrachant, a` moi, la chairDe l’os. — Rire bref: perce laMort. Geste. (Volition: a` bout!Vouloir, c’est le propre d’eux-la`,De`s lors l’un a` l’autre — ombres nousVoila`...) dernier clou, non, dernie`reVis, car de plomb le cercueil — est.— La toute dernie`re prie`re.— J’eґcoute. — Pas un mot jamaisSur nous... a` aucun de ceux..., desSuivants. (De leur brancard ainsiLes blesseґs au printemps — leveґs!)— Je l’aurais demandeґ aussi.En souvenir si je vous donneUn anneau? — Non. — Grand regard vagueDe qui s’absente. (Mets-moi commeUn sceau sur ton cur, une bagueA ta main... Theґatre: pas trop!Avalons!) De biais et tout bas:— Plutot un livre? — Comme aux autres?Du tout! Non, n’en eґcrivez pas,De livres...Donc pas la peine.Donc pas la peine.Donc pas de pleurs.Dans nos fratriesD’errants pecheurs—Nuls pleurs, on rit!On boit — nuls pleurs!Chaleur du sangQu’on paie — nuls pleurs!Perle qu’on fond —Dans le vin! Monde —Ou’on fait! Nuls pleurs!— Ainsi, c’est moi qui pars? Mes yeuxLe traversent. Arlequin jetteUn os — la plus ignominieuseDes primauteґs — a` sa PierrettePour sa fideґliteґ: l’honneurDe la fin. Geste du rideau.Vocable dernier. En plein curUn doigt de plomb: meilleur, plus chaudNet...Dents planteґesEn pleines le`vres.Ne pas pleurer!Le plus muraille —Dans le plus pulpe.Mais — pas pleurer!Fratrie d’errants:On meurt — nuls pleurs!Bruleurs — nuls pleurs!Cendres et chantsCachent le mortChez nous, errants!— La premie`re? Le premier coup?Les eґchecs, en somme? Il faut direQue meme a` l’eґchafaud on nousAppelle les premie`res...— ViteNe me regardez pas! — Regard —(Elles, par cascades deґja`!Que faire pour qu’elles regagnentLes yeux, le dedans?)... De ne pasRegarder!!!Voix forte et claire,Yeux en arret:— Partons, mon cher,Je vais pleurer!Ah! oui! Parmi les tireliresVivantes (commercants — complices)Une nuque blonde va luire:Colza, houblon, seigle et maїs!Bafouant tous les commandementsDu Sinaї — amazonanteToison! — Chevelure-diamant,Golconde des apaisements(Pour tous!). Dame-nature abondeEn biens! Avare: pas toujours!Chasseurs, de ces tropiques blondsOu` est le chemin du retour?Une nuditeґ qui exsudeLe vulgaire, agrippe — adipeuse.Ce ne sont que flots de luxure,Fulminante d’or et rieuse.— N’est-ce pas? — Froleur et friseґLe regard. Chaque cil — la gratte!— Et avant tout: pareil fourreґ!Geste tourniquant en torsade.O geste arrachant rien qu’a` luiLes habits! Plus simple que boireEt manger — rictus! (D’un salutExiste, heґlas, pour toi l’espoir!)Bon! surement ou fre`rement?Une alliancante — alliance! — Rire,N’ayant pas enterreґ vraiment!(Et, ayant enterreґ, — je ris!)
7
Puis — le quai, le dernier. Plus tard:Fin. Seґpareґs, priveґs de main,Voisins se tenant a` l’eґcart,On va. Du coteґ du fleuve — unSanglot. Je le`che sans alarmeLe sel du mercure en bouillons:Le ciel a eґpargneґ aux larmesLa grand-lune de Salomon.Poteau. Jusqu’au sang s’y cognerLe front! Qu’il se fracasse! En poudre!Co-meurtriers eґpouvanteґs,On va. (La victime — l’Amour.)Arrete! Deux s’aimant — dormirAvec d’autres? Seґpareґment?— Vous comprenez que l’avenirEst la`-bas? — Moi: renversement!— Dormir! — Le couple a` la mairie...— Dormir! — Ni meme pas, ni memeRythme. — Prenez mon bras, — je prie!On n’est pas des bagnards en chane...Deґcharge. (Main sur main — en fait!Son ame sur ma main!) Comme armeQui charge, au long des fils en fie`vreFait rage, — sa main sur mon ame!Gage. Iriseґ: tout! Plus irisQue les larmes? Collier-rideauDe pluie. — Qu’un quai ainsi finisse— Jamais vu! — Le pont:— Bien? (de dos)Ici? Le-veґe des yeuxCalmes. (Pret — le convoi.)Jusque chez vous, je peux...Pour la der-nie`re fois!
8
Le der-nier pont.(Ma main: que moi, je la deґgage?La rende? — Non!)Le dernier pont, dernier peґage.L’eau et les cieux.Pie`-ces pour la mort — eґtaleґes.Un sou gracieuxDu a` Charon pour le Leґtheґ.La pie`ce est d’ombre,D’ombre — la main. Pas un bruit quandCes pie`-ces tombent.Et donc, d’ombre est la main qui prendLa pie`-ce d’ombre.Sans un reflet, sans un eґcho.Pie`-ces — aux tombes!Les morts ont assez des pavots.Le pont.Des-tinationDes amants sans espoir, haut centre:Pont, toi — passion:Convention: rien que «passage-entre».Moi — comme au nidTapie, la cote — je m’y serre.Ni avant, niApre`s: L’espace d’un eґclair!Ni jambes, niBras. Le treґfonds des os l’atteste:Seul mon flanc vit,Que, contre le voisin, je presse.Tout dans le flanc!La vie! Lui — la veille et l’oreille!C’est jaune et blancColleґs! A l’esquimau pareille,— Presseґe, colleґeA la fourrure. Et vous, Siamois!Quoi? Vous — lieґs?!Cette femme-la`, souviens-toi,Maman — tu luiDisais: dans son triomphe quiet,Et toute oubli,Elle te portait, mais — moins pre`s!— Communs! Conjoints!Vois nos jours! Tu m’as berceґe contreTon cur! Plonger?Non! Lacher ta main — Qu’on n’y comptePas! Et blottie,Blottie... Inarrachablement.Pont: non — mari:Amant! — Pur «passage-devant».Tu nous fais vivre,Pont! Nos corps: pature du fleuve!Givre a` la vitre,Hutre: m’extirpent — ceux qui peuvent!Hutre! A la vitre,Givre! Ni divin, ni humain!Me je-ter vive,Comme une chose, moi, dont rienDu monde fauxDes choses, n’a eu le respect!Je reve: il faut!C’est nuit! Dis qu’au matin, apre`s:L’ex-press et Rome!Grenade? Saurais-je ou` je vais,Dans le deґsordreDes Himalayas de duvets?Bre`-che, trou sansNeige: mon dernier sang la chauffe.Entends mon flanc!Les vers — c’est tellement plus gauche...Dis, reґ-chauffeґ?A qui te loueras-tu demain?Raison: faucheґe!Dis que le pont n’a pas de finEt n’en au-ra pas...— Fin— Ici? — Geste incolore,D’enfant. — Bien? — Je le bois.— Un petit peu en-core:Pour la dernie`re fois!
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Au long d’usines reґsonnantes,Vibrant a` l’appel des voix...Sous la langue le secret hanteFemmes et veuves, — a` toi voi —— la` je dis le secret de l’etreQu’Eve a` l’Arbre a celeґ, vivante:Je ne suis pas plus qu’une beteQue quelqu’un a blesseґe au ventre.Ca brule... L’ame qu’on arracheAvec la peau! Au trou! Fumeґe!Partie, l’heґreґsie-grand-panache,L’ineptie, — «ame» deґnommeґe!Chreґtienne, terne infirmiteґ!Fumeґe! De compresses — couvrir!Elle n’a jamais existeґ!Etait — le corps, il voulait vivre,Ne veut plus.Pardonne-moi! Je ne voulaisPas! Clameur des fonds eґventreґs!Condamneґs attendant qu’on lesFusille, — devant l’eґchiquierAu petit jour... Le judas commePris d’un rictus narquois — pour nous!Car c’est bien des pions que nous sommes!Et quelqu’un la` — mais qui? — nous joue.Brigands? Ou dieux au bon vouloir?Tout englobant par le judas —L’il. Cliquetis dans le couloirDu deuil. Planche leveґe — deґja`!Puis, la bouffeґe de cigarette.(Crachat.) — On a veґcu un coup!(Crachat.) Chemin droit qui s’arreteSur les trottoirs du jeu — au bout:Fosseґ! Saigner! Par la lucarne:C’est l’il de la lune qui point...Et sur le coteґ je regarde,Pencheґe — que tu es deґja` loin!
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— Notre cafeґ! — FrissonUnique — a` l’unisson!Notre e`glise! O lot!Couple d’un jour, tre`s tot,Vagabonds sans adresse,On ceґleґbrait la messe.Le bazar, la lavasse,Autre rive et printemps...Un cafeґ deґgueulasse, —C’eґtait du foin vraiment!(C’est l’ardeur des chevauxQu’avec le foin on mate!)D’Arabie — il s’en faut! —D’Arcadie, l’aromateDudit cafeґ...Mais comme la patronne,Nous ayant attableґs,Souriait, habile et bonne, —Et les eґgards d’embleґeDes amantes blanchies:Vivez! On fane, un jour!Sans-le-sou, — nos folies,Baillements, — a` l’amourSouriant, — a` la jeunesse!A nos rires — pour rire,A l’ironie — sans cesse,Aux visages — sans rides, —Surtout — a` la jeunesse!Aux passions — pas d’ici!Venant d’ou`? — qui se presse,Venant d’ou`? — qui jaillitDans le cafeґ blafard:— Les burnous et Tunis! —Aux muscles, aux espoirsSous nos chasubles tristes...(L’ami, qu’on ne me plaignePas: tant de cicatrices!)Et nous raccompagnant,Avec son bonnet lisseEt le linge hollandais...A mi-souvenir, mi-comprendre,Comme de la fete enleveґs...— Notre rue! — D’autres vont la prendre...— Que de fois nous!... — Loin, ses paveґs...— Demain de l’Ouest le soleil part!— David avec Dieu rompt les liens!— Et nous, au juste? — On se seґpare.— Il ne me dit strictement rienCe mot superabsurdissime:Seґ-pa-ra-tion. — Une sur cent?Un mot composeґ de dix signes:Rien que le vide sous-jacent.Attends! La Tcheґquie nous eґgare!En serbe ou croate — on le dit?Seґ-pa-ra-tion. On se seґpare...Surabsurdissime anerie!Oreilles: deґchirement brusqueA ce son — et l’angoisse plus loin...Seґparation — ce n’est pas russe!Pas feґminin! Pas masculin!Pas divin! Quoi! Nous — des brebisBaillant qu’on disperse au repas?Seґparation — en quel sabir?De sens, ca n’en a meme pas,Ni de son! Bruit creux d’une scie,Par exemple, pour un dormeur.Seґparation — ce sont des crisDe rossignols, martins-pecheursChez Khlebnikov...Est-ce possible?Reґservoir videґ — voila` l’air!La main contre l’autre — est audible.Se seґparer — c’est le tonnerreSur la tete... Dans la cabineL’oceґan! Le cap — le dernierD’Oceґanie! Rues — trop a` pic:Se seґparer, mais c’est au piedDe la montagne... Pied pesant:Deux soupirs... Paume — sans retard,Et clou! Argument renversant:Se seґparer — c’est etre a` part,Or nous sommes soudeґs...
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Perdre tout en un tour —Net! Plus rien!Banlieue, faubourg: des joursC’est la fin.Finis — silex, deґlices,Nous, jours et eґdifices.Villas vacantes! (— Me`re ageґe):Meme respect pour celles-la`!Car c’est une action que — vaquer!Le creux ne vaque pas.(Villas vacantes a` moitieґ,Mieux vaudrait vous bruler!)Pas trembler, la blessureInciseґe.Banlieue, banlieue: couturesDeґchireґes.Car l’amour — (sans enflureSuperflue) — est couture.Ni mur, ni pansement, — couture!— Pas d’armure pour toi!Couture: le mort cousu durEn terre, et moi — a` toi!(Le temps dira de quelle trempe:Preґcaire ou reґsistante!)En tout cas, l’ami, — deґchirure!Mille eґclats et deґbris!Fracas! Encore heureux (— cassure!)Qu’elle n’ait pas pourri!Pas d’infection! Rouge — la vieVeineґe sous le bati!Oh! ne perd pas qui romptEn force!Banlieue, faubourg: des frontsLe divorce.Cerveaux — au vent! (Dans lesPeґripheґries — gibets).Oh! ne perd pas qui rompt et part,A l’heure ou` l’aube point!Une vie cousue pour toi, tard,Sans bati, par mes soins.Tordue? Pas de griefs! Faubourg:Rupture des coutures.Ames sans appret: plaiesPartout!...Banlieue, faubourg... Ample estLe courrouxDu faubourg. Entends le destin,Sa botte dans les flaquesDe boue!... Ami, juge ma mainQui coud en toute hate:Le fil — va le deґfaire!Le der-nier reґverbe`re!Ici? La magie gagne —Regard. (Races qui croient:Regard). — Sur la montagne?Pour la der-nie`re fois!
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— Collines. Crinie`reDrue: pluie dans les yeux.Le faubourg — derrie`re,On est en banlieue,On est. Mais qu’en faire?Maratre-vireґe,Plus de lieu sur terre.Nous, ici: crever.Un champ. Haie autour.Fre`re et sur — nous deux!La vie est faubourg. —Construis en banlieue!La cause est, messieurs,Perdue! — Inutile...Des faubourgs — rien qu’eux!Mais ou` sont les villes?!La pluie rage et broie.Debout, nous — deux etres:Rageons. En trois moisPremier tete a` tete.Emprunter — c’est a`Job que voulait Dieu?Mais sans reґsultat...On est en banlieue!A l’exteґrieur! Hors! Hors de la ville!Remparts franchis! Tu comprends?Vivre est un lieu ou` c’est impossible:Le quar-tier juif, du dedans...Et ne vа-t-on pas le front plus haut,En devenant juif errant?Aux yeux de qui n’est pas un salaud,Le po-grome juif eґtantLa vie. Ne vit que grace aux nombreuxReneґgats! Grace aux Judas!Plutot sur les les de leґpreux,En enfer! — mais pas dans laVie, — que pour les reneґgats, que pourLe bourreau: a` lui — la brebis!Le droit a` ma carte de seґjourJe le pieґtine! J’en ris!Pieґtineґ! Bouclier de David —Vengeґ! Viser dans la gluDes corps! N’est-il pas enivrant: vivre —Le Juif ne l’a pas voulu?!Ghetto des eґlites! Au trou! Tiens!Pas de pitieґ! Que des gifles!En ce monde-ci hyperchreґtienLes poe`tes sont des Juifs!
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Aiguiser les couteaux surLe roc, ou bien balayerLa sciure! De la fourrureSous les mains — mouilleґe!Eh bien!, les surs, quoi?!— Force et seґcheresseD’homme! Sous les doigts —Larmes, non averse!De quels charmes maintenantParler? Sur tes biens — l’eau trone!Apre`s tes yeux de diamant,Me ruisselant sous les paumes,Fin de la fin. CessePour moi — le naufrage.Caresses, caressesLe long du visage.C’est notre orgueil a` nous deux —Polonaises, a` nous autres —Marina. Apre`s tes yeuxD’aigle pleurant sous mes paumes...Mon ami, tu pleures!Pardon! Tout est mien!O sel et rondeursAu creux de la main!Larmes d’homme sont brutales.Sur le crane — la massue!Pleure! Et reґpare plus tardLa honte avec moi perdue.U-ne mer relie —Les poissons! Se le`ve:... Coquille sans vie,Le`vres contre le`vres.En larmes.De l’oseille —Au gout.— DemainAu reґveil,Moi — ou`?
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Le sentier a` moutons —Descend. Ville en vacarme.Vers nous, trois filles vont.Elles rient. Face aux larmesElles rient, — plein midiTerrestre, hautes cretesMarines!— Elles rientDe tes larmes abjectes,Indues, d’homme!, visiblesDans la pluie: plaies strieґes!Perle honteuse qu’exhibeLe bronze du guerrier.De tes larmes, — oh! verse! —Premie`res et dernie`res.Tes larmes, ces perlesQue ma couronne acquiert.Mes yeux leveґs — exprе`s!Ils traversent l’averse,Fixes. Fixez plus pre`s,Poupeґes de Veґnus! ResteCe lien-ci plus eґtroitQue l’attrait et l’eґtreinte.Le Chant des Chants nous doitLa parole — on l’emprunte,— Obscurs oiseaux: contraint,Salomon s’eґmerveille,Puisque pleur en communEst bien plus que sommeil!Lui — ployeґ, eґgal — passeLes creux d’ombre en arceaux,En silence, sans trace —Comme sombre un vaisseau.
Envoye de la mer
Par le vent nord-sud,Je sais: pas possible!Possible — j’en use!En engin mobile,— Tourniquet d’air: lutteChassant les copeaux —Reve: trois minutesDe dureґe. Presto!Qu’importe a` quel couTu dors. Trois minutes.L’Oceґan — Moscou:Trop long — inutile!Fulgurant trajetReґserveґ: sans frein!De mon reve j’aiSauteґ dans le tien.Tu reves de moi.Clair? Flagrant? Plus netQue sous la paroiD’un timbre? Une lettre —Je vaux? Un cachet —Je vaux? A ton greґ?Je le jure: c’estMoi, pas du papier!Des murs de ceґsureLibre. Du bord: saut!Exempt de censure,Exempteґ de sceau.Tous berneґs, pantois,— Cursive du reve —De la mer a` toi —Missive si bre`ve!Si bre`ve deґpeche.Mon poids? C’est a` rire!Quel qu’il soit — n’empecheRien: avec ma lyreEntie`re, le loin,Les Cenci, leurs drames.Un reve, c’est moinsQu’un pli de dix grammes.Six: pour chacun — trois(Le reve est mutuel)Tu regardes, — vois!Pas imperosonnel —Le nez, forme d’un teґ —Le front, ancien signe— Rien a` ajouter —Des le`vres qui signent.C’est moi — sans la glose,C’est moi — sans rature.Poigneґe — o de rosesDes Alpes!, masureA la mer, pourtantVagues — bien gentilles.Tiens — de l’Oceґan:Poigneґe de coquilles.Prends-les peu a` peu a` leur place en rond.La mer jouait. Jouer — c’est etre bon.La mer jouait, et moi je les prenais,La mer perdait, et moi je lеs posaisDans l’antre, dans ma joue — apre, salin!Bonne bote — la bouche, si les mainsSont prises. Vive toi, lame! Renais!La Muse perdait, la vague prenait.Coraux de crabes — comprendre: coquilles.La mer jouait, jouer — betes broutilles!Penser — me`che d’argent! —Intelligent! Jouons!Aux coquillages. Air: «Petit navire».L’un — en forme de cur, l’autre de lyre,Trois tas: la cleґ de solDe l’enfance — en survol.L’ai ramasseґe pre`s des poissons qu’on rentre.Ca — rogaton d’angoisse deґvorante:Caillou, — toi, ca t’arrange —Mieux que vague je ronge,Enrageґe sur la dune deґserteґe.Ca? Rognures d’amour qui a eґteґ:Le restaurer — pas sure:Peu profonde morsure.Lui la`, sur la liste il n’est pas inscrit.Ca — rongement: non d’amour — grignotisDu remords. Camelote —Pleurer! Je le grignoteLui, — pas le moins du monde grignotable.Ca — mais c’est nos restes de coquillagesPour demain. Vois! Oh non!Dommage. Partageons.Pas ceux qui plairont, ce qui sortira.(Ton fils, pour jouer on ne pourrait pasLe prendre — on serait trois?)Le premier coup — c’est moi.Oui, mais le sable entre les doigts — fluide!Attends: d’une strophe ce sont les bribes:«La gloire est souterraine»Bon. Comple`te, toi-meme.Oui, mais le sable entre les doigts — coulant!Attends: ce sont les frusques du serpent:Jalousie! Tout pareґ,Le muant, — de fierteґ,De son plein droit, regardez-le qui rampe!Finir un crabe vide — on n’est pas membreDe «Na Postu». Nul crabe:Mais gloire qui deґrape.Caprice modique:Caillou — Pierre Ponce.Creux comme un critique.Comme un censeur — fronceSon front au nouveau.— Les censeurs: qu’ils dorment!De nos vers, s’il faut —C’est l’aube la norme.(L’aube a beau regard:L’eau de CastaliaPour amie. S’eґgareLa plume: aleґas!«Mon lapin, des vers?Il y en a plein!»On passe au traversSans qu’un il malin…)Meule, toi, meule, toi, ronde marine!Mammouth, papillon — la mer tout mouline.Pas de notre mouture —Parler d’elle: sciure!Voila`, j’ache`ve de dire et — silence.Mer, belle meunie`re! Bas-fond: lieu denseOu` nous, choses menues:Balayeґs! Tout moulus!Professeur, moulin a` paroles, cesse!Bas-fonds — que nos continents! Natre: qu’est-ce?(But: multiplication)— Echouer sur un bas-fond.Propice: de naphte, tourbe muni!Immortaliteґ ensableґe — la vie.Fiers, mais hors de propos!La vie? — Peґnurie d’eauSupraoceґane.Pardon d’avance:De ces objets toc que je te balance.— Fonds marins jamais vus,Balanceґs par le flux.Il ne fait que laisser: prend — qui le veut!Que le reflux apporte — c’est curieux,Que dans la paume il porte.Tu reconnais les notes?Il nous en reste deux ou trois chacun,Quand le dieu qui les apporta — retient,Reflue… Le luth orphique…Plage — page a` musique!— Un instant de ramassage divers!Je te balance un tas de balivernes:Tant de mots qui moulinentDe l’eґtoffe marine!Comme a la pecheuse quand elle vend.Enfin je t’ai reґserveґ un preґsent.Fais-en ceci: rends prochesLa mer et Moscou, proches —La Sovieґtorussie et l’Oceґan.Au reґpublicain — de sa main de chouan,Lui, l’Oceґan-Le-VasteDonne. Accroche a` ton casque!Et va dire aux paysans que plus belleQue la rouge sur leur casque — c’est elle,— Non des classes la guerre —Mais: l’eґtoile des mers!Aux artisans et aux eґtrangers meme:— La sixie`me branche de BeґthleґemCoupeґe —, qu’ils sont voueґsA l’eґtoile saleґe:A celle des preux de l’eґpopeґe russe.(Je m’eґtends, mais autant que la mer useDe ses grands fonds cacheґs)Dis aux autoriteґs— Leurs noms et titres: c’est pas mon souci —Que sur la poupe du vaisseau Russie:(Qu’on preґvoie qu’il eґchoue)— Cette chose a` cinq bouts!Rochers nus, cotes d’eґleґphants, rognons…Mer fatigueґe, la fatigue rend bon.Eterniteґ, prends-nous!Dormons! Rame un bon coup!Serreґs, mais lointains,Feu, mais pas chandelle.Non sommeil commun,Mais reve mutuel:En Dieu, l’un en l’autre.Nez — croyais-tu? — Cap!Sourcils? Non! Sont notres:Sorties sous les arcsDu Visible.
Tentative de chambre
Murs de la routine — compteґsAvant moi. Trou? Hasard? — Trois mursDans mon souvenir — attesteґs!Du quatrie`me — pas tre`s sure.De dos au mur: c’eґtait le cas?Peut-etre, mais peut bien ne pasEtre. N’eґtait pas. Le vent. Dos —Mais pas de mur derrie`re, n’est-cePas? Tout ce qu’on veut… pas. De Dno:«Le tsar abdique» . Voie express:Pas que la poste! Urgent parcoursDes fils, — de partout, de toujours.On a fait du piano? En bloc —L’air. Vent. Voile gonfleґe. Doigts enCoton. La sonatine flotte.(N’oublie pas que tu as neuf ans).De ce mur jamais vu plus tot —Je sais le nom: le mur du dosAu piano. Ou — au bureau, ouEncore derrie`re une trousseA raser (il a pour atout— Ce mur-la` —: qu’en couloir il pousseDans la glace. De ґplace — avise!Chaise portative du vide).Chaise a` ceux — qu’entrer: interditPar la porte! Aux semelles — seuilSensible! Toi, tu as grandiDe ce mur (passeґ: bref recueil).Un chapitre entre nous s’entasse.Tu grandiras comme DanzasEn arrie`re.Celle qui deґcre`te,Tel Danzas, l’eґlu, lourd des pie`ces,(Je sais son nom: le mur des cretes!)Entre — non du pas de Dante`s.La nuque. — Pour la catastrophe,Pret? Tout comme toi dans dix strophes,Stop.L’il vise l’arrie`re-front.Mais, laissant le tir postdorsal,A l’eґvidence le plafondEtait. Comme au salon: normal!Peut-etre penchait-il, au fond?(Armes visant l’arrie`re-front —Qui fond.)Et le cerveau deґja` —Pressionneґ. Le dos se leґzarde.Voila` les murs de la Tcheґka,Des aubades et fusilladesLimpides: plus net que l’eґchoDes gestes — de dos dans le dos!La fusillade me confond.Mais, laissant le tir postmural,A l’eґvidence le plafondTenait (utile en quoi, plus tard,— Lui?!) Revenons au quatrie`meMur: ou` reculant, le couard, bleme —Recule.«Bon, et un plancher —Y avait? Quelque chose ou` asseoir…»Mais oui!. — Pas pour tous. — ChevaucheґeD’arbres, de cables, balancoires,Sabbats… La`-haut!Tous nous devonsSouder notre pesant talonAu vide.Plancher — pour les pieds.Quel implanteґ, incrusteґ — l’homme!Plafond: les gouttes eґpargneґes.Une par heure, tu sais commeL’ancien supplice? Plancher: qu’herbeNi terre en la maison peґne`trent —Ni ces etres non empecheґsPar les pieux dans la nuit de mai!Trois murs, un plafond, un plancher.C’est tout, non? De`s lors: apparais!Signe du volet, de la vitre?Chambre eґtablie a` la va-vite,Juste eґbaucheґe sur un brouillon:Sur fond gris — blanchatre crayon.Ni couvreur, ni poseur de platre —Le reve. Au long de voies sans cables —Vigile. Dessous les paupie`res —Gouffre ou` un et une se lie`rent.Nul tapis, nul meuble en reґserve —Le reve, plus nu que la gre`veBaltique. Plancher aux tons fades.Chambre? — Simples surfaces planes.Deґbarcade`re: plus riant!Ca tient de la geґomeґtrie,— L’abme en tome cartonneґ,Tard compris, mais non cantonneґ.Et le char d’Apollon, son frein —C’est la table? Car elle a faimDe coude! Coudes a` l’oblique,Tu obtiens la table tablique.«Cigogne», et l’enfant nat — voila`:Si besoin est — apparatraLa chose. La chaise surgitAvec l’hote — point de soucis!Tout surgira,Ni plans, ni veilles —Vois-tu? Te direSous quelle enseigne?L’Etre mutuel.En foret — trouPerdu. L’HotelDu Rendez-vousDes Ames.Maison de rencontre. Autres —Celles des seґpareґs,Meme au Sud! Des mains d’hote?Non, c’est du plus feutreґQue les mains, plus fin, — purQue les mains. Bric-a`-bracRetapeґ — confort sur!L’ennui-monstre la`-bas!Ici: saintes-nitouchesQue nous! En fait de mains:Courriers, penseґes, retouches,— De mains: ultimes fins…Sans fieґvreux «ou` es-tu»?J’attends. ProprieґteґDes serveurs: gestes tusAu palais de Psycheґ.Le vent seul est cher au poe`te.Jurer des couloirs: je suis prete.La marche: base des armeґes.Longtemps marcher, afin qu’apre`sD’un jet dans la chambre — et l’airDu Dieu-Lyre…Chemin du vers!Le vent, le vent leveґ: l’avanceDe nos pas, le front sous sa lance!«Et caetera» trouve sa place —Couloirs: le chez-soi de l’espace.Du freux le profil d’heґreґtique —Espace a` vitesse archaїqueD’enfant marchant dans ses effetsDe pluie — charmants sons: fusain (l’f)! —Fer a` friser — faisan: il faitSa trane a` la tour dite Eiffel.Le fleuve a` l’enfant est caillou,L’espace — quartier, place, trou.Meґmoire ou` la guitare donne:Espace: bagage a` main, bonne…(Espace — la mode) — l’idiot:On sait bien ce que les chariots…Conduit au plumier de tantot.Couloirs: des maisons — les canaux.Noces, destins, deґce`s, saisons, —Couloirs: affluents des maisons.Le couloir de`s l’aube s’anime— Pas que des balais: d’anonymesBillets. Herbe et cumin empestent.Genre de tache: cou-loiresque.Exigeant qu’on deґblaie le solDes couloirs de la Carmagnole!Qui batit les couloirs,(Creusa), — sut ou` courber,— Que le sang puisse avoirLe temps de contournerL’angle du cur — l’aigu,Cet angle: aimant des foudres!Que l’le du cur nueSoit laveґe tout autour.Ce couloir-ci, c’est moiQui l’ai creґeґ. — Ainsi! —— Le cerveau puisse avoirLe temps de faire signeSur la ligne: «PersonneNe monte» — au nud crucialDu cur «Sauter, en somme —Vas-y! Sinon deґtaleDes rails!» C’est mon couloir:Non poe`te: d’embleґe…— Le cerveau puisse avoirLe temps de distribuerLes places: c’est un lieuQue se voir, — plan, deґcompteDe mots — pas tous heureux,De gestes, — purs meґcomptes.Soit tout l’amour en ordre,Toute a` toi che`re au fond,— Jusqu’au pli de la robeOu des le`vres? — Du front!Savaient rajuster leur robe: elles!Couloirs: des maisons — les tunnels.Vieillard que l’on me`ne a` tatons.Couloirs: deґfileґs des maisons.Ami, vois! En lettre ou en reve,C’est moi sur toi l’eґclair qui cre`ve!Tu t’endors; paupie`re: descends!C’est moi sur toi, — pressentimentDe lumie`re. Quand poindra l’heureExtreme: c’est moi l’il-lueur.Et apre`s?Reve: ligneJuste. Acce`s,Puis s’inclinentFront et front.Le tien touchePresque. Affront —Rime: bouche.Du fait que les murs se deґfont? —A l’eґvidence le plafondFlanchait. Vocatif: seul archet!A l’eґvidence le plancher…La bre`che! Et le Nil vert au fond!A l’eґvidence le plafondNageait. Le plancher, qu’est-ce hormis«Qu’il croule!» Des lames salies:Rions! Mal balayeґ? — Au ciel!Le poe`te entier tient en selleSur le tiret…Au dessus du rien de deux corpsLe plafond d’eґvidence alorsChantaita` l’unisson des anges.
Lettre de nouvel an
Bon Nouvel An, bord nouveau — monde — abri!Ma premie`re lettre, je te l’eґcrisAu lieu nouveau — qu’en vain on dit doreґ —(Gorets — doreґs!), lieu de bruit, lieu clameґ,Vibrant, vide comme la tour d’Eole.Premie`re lettre a` toi de notre solNatal d’hier ou` sans toi je languis,Et de`s lors c’est d’une eґtoile parmiD’autres… Loi du repli et du reculSelon quoi l’unique devient quelqu’une,D’existante inouїe — inexisteґe.Comment je l’ai apprise: raconter?Ni deґluge, ni tremblement terrestre.Entre un homme, — quelconque («Quelqu’un» c’est —Toi). — Un eґveґnement des plus facheux.— Dans le Contemporain et les Deґpeches.— Pour nous: un article? — Ou`? — A la montagne.(Les sapins; fenetre. Drap.) — Lisez pasLa presse? Eh bien: l’article? — Non. — Pourtant…— De grace, non! Haut: trop difficile. EnMoi: pas marchand de Christs. — Dans un sana.(Paradis de louage). — Jour? — Hier,Mardi, — j’sais plus. — Viendrez a` l’Alcazar?— Non: famille. En moi: tout, mais pas Judas.Bon An a` venir! (Tu naissais demain!) —Raconter ce que j’ai fait quand on vintM’apprendre…? Chut… Mot lacheґ. L’habitude!La vie, la mort — depuis longtemps j’en useEntre guillemets, comme de nuds vides.Je n’ai rien fait, mais il s’est fait tre`s viteQuelque chose, — sans ombre, sans eґcho,Mais — faisant!Dis: ton voyage la`-haut?Comment rompit et ne s’est pas rompu— Comment — le cur? Et comment, sur les purs —Sang d’Orel, deґpassant, dit-it, les aigles,Se coupait le souffle: comme l’eґclair?Ou plus doux? A qui volait sur de vraisAigles russes: ni hauteurs, ni valleґes.De sang — notre lien a` ce monde-la`:En Russie tu fus: ce monde-ci aMuri celui-la`. Un bond ajusteґ!La vie, la mort sont par moi prononceґesEn ricanant — c’est qu’on touche a` la sienne!La vie, la mort — je les prononce a` peine,Avec un asteґrisque (nuit enviable:Au lieu de l’heґmisphe`re ceґreґbral —Les eґtoiles!)Faudrait pas oublier,Mon ami, ceci: que si l’alphabetRusse a pris le relais de l’allemandCe n’est pas pour la raison qu’a` preґsentTout conviendrait, que le mort (mendiant) toutMangerait sans broncher!, — mais que ce monde-La`, le notre, — a` treize ans je l’ai comprisAu cimetie`re Novodieґvitchi:Non, n’est pas non-parlant, mais tout-parlant.Et je le demande non sans tristesse:Que ne demandes-tu comme on dit «Nest»En russe? Une seule rime «zviozdy»(Etoiles) couvrant tous les (nids) «gniozda».Je m’eґcarte? Mais rien de tel, je crois,Ne se trouverait — s’eґcarter de toi.Tout, n’importe quel propos, Du Lieber,Me`ne a` toi le mot, si meme on oublieLe motif (plus que le russe m’est cherL’allemand, entre toutes je preґfe`reCelle des anges. Soit!) — de meme la`Ou` tu n’es pas — point de lieu, si — un: laTombe. Rien ne fut ainsi, — tout le fut,— Est-il possible que de moi nul…plus…? —Ca va, Rainer, alentour c’est comment?Instamment et obligatoirement —La premie`re vision de l’univers(:Du poe`te parmi lui), — la dernie`reDe la plane`te, a` toi seul donneґe, — toute!Non du poe`te avec la poussie`re, ouDe l’esprit avec le corps (isoler —C’est deґsoler, insulter les moitieґs) —Mais de toi avec toi, de toi a` toi,— Tenir de Zeus: est-ce de bon aloi? —De Castor — toi a` toi — avec Pollux,Du marbre — toi a` toi — avec la mousse,Ni seґparation, ni rencontre, mais —Confrontation: et rencontre premie`reEt seґparation.Ta propre main (tracesD’encre) — comme ton regard s’y attacheDu haut de tant de milles (des milliers?)— Hauteur infinite puisqu’incommenceґeAu-dessus de ce cristal qui recouvreMeґditerraneґe et autres soucoupes.Rien ne fut ainsi, — tout prendra quel tour?Et avec moi tout au bout du faubourg.Rien ne fut ainsi, tout deґja` s’enchane— Qu’est-ce — a` qui s’est biffeґ une semaineTrop tot! — Ou` regarder (qu’on s’interroge),Accoudeґ sur le rebord de la loge,D’ici-bas — sinon vers ce monde-la`,De la` — vers le si-souffrant ici-bas.J’habite a` Bellevue. Ville de feuillesEt de nids. Avec le guide — un coup d’il:Bellevue. Prison avec vue selectSur Paris — palais de chime`res celtes —Sur Paris — et un peu plus loin que lui…Accoudeґ sur le rebord cramoisiCombien a` toi ca doit semblerRidicule du haut deґmesureґQui est tien, et combien donc doivent l’etrePour moi nos Bellevue et Belveґde`re!Bon. Passons! Vu l’occurrence. L’urgence.Le Nouvel An au seuil. A quoi — et quels gens —Avec qui trinquer? Avec quoi? Au lieuD’eґcume — du cotton. Moi au milieuDes douze coups: pourquoi? Que dois-je fairePortant cette rime: Rainer — en terre,En plein bruit de Nouvel An? Et si toi,Si pareil il s’est eґteint — c’est que laVie n’est pas la vie, la mort — pas la mort.C’est que tout se brouille: tout au bout, lorsDe notre rencontre — je comprendrai.Il n’y a ni la vie, ni la mort — maisUn troisie`me eґtat, nouveau. C’est a` lui —(Vingt-six s’eґloignant, la paille du litDe l’an vingt-sept placeґe, — feґliciteґPar toi de finir et de commencer!)— Que je trinquerai avec toi a` table,(Pour le regard cette table incernable)Mon verre d’un choc muet choqueraiContre ton verre. Pas comme au troquet,Pas comme eux: moi contre toi fusionnantDans le don de cette rime disant:Troisie`me.Au bout de la table j’observeTa croix. Que de lieux en banlieue, — de verstes!Et le buisson, a` qui fait-il donc signeSinon a` nous? De lieux — non d’autrui: siNotres! Tout le feuillage! Tout le bois!Tes lieux avec moi (les tiens avec toi).(Qu’un meeting puisse etre un lieu pour nous deux —Le dire?) Autant qu’ils sont: tous notres! Eux,Les mois: notres! Les semaines: tout comme!Et les faubourgs sous la pluie sans personne!Et les matins donc! Et tout ce domaineInentrepris par les rossignols meme!C’est vrai que je vois mal — dans un caveau,C’est vrai que tu vois mieux — puisque d’en haut.Entre nous rien n’a eґteґ accompli.C’est a` ce point simple et net: pas un pli —Rien, c’est a` ce point a` notre porteґeQu’il est inutile d’eґnumeґrer.Rien, sinon — ne t’attends pas a` du horsLigne (qui sort de la mesure a tort!)— Etre dedans la ligne, mais laquelle,Comment entrer?Refrain sempiternel:Rien, de quelque chose — rien, nul teґmoin,Serait-ce meme de loin — l’ombre au moinsDe l’ombre! Rien, ni cette heure-la`, niCe jour-la`, cette maison-la`: deґni!Le condamneґ dans son carcan, lui l’a— Don du souvenir —: cette bouche-la`.Les moyens nous eґtaient trop peu confus?De tout ce-la`, seul ce monde-la` futNotre, et nous-memes ne sommes que l’ombreDe nous, — tout notre ici: tout l’autre monde!Bon confin nouveau — des moins batissables!Bon nouveau lieu, Rainer, — monde, Rainer!Bon cap a` l’extreme du deґmontrable —Nouvel il, Rainer, — oreille, Rainer!Tout: l’ami, la passionEtaient pour toi accroc.Echo, bon nouveau son!Son, bon nouvel eґcho!Combien de fois sur le banc de l’eґcole:Quels sont ces fleuves, lacs, montagnes, cols?C’est bien — les paysages sans touristes?J’avais raison, Rainer, c’est donc un siteMontagneux, orageux — le paradis?Pas celui que les veuves revendiquent —Car il n’y en a pas qu’un, car un autreEst au-dessus? Ses terrasses sont hautes?Le paradis — jugeant par les Tatras —Ne saurait etre qu’un amphitheґatre.(Et au-dessus de l’un — le rideau basBaisseґ…) Rainer, Dieu est un baobabGrandissant — j’avais raison? Non pas Louis-Soleil-d’Or, car trone au-dessus de luiUn autre Dieu? Il n’y a pas que lui?Au lieu nouveau, comment ca va — eґcrire?D’ailleurs, est — toi, est le vers: le vers tireDe toi son etre! En cet heureux seґjourComment va — eґcrire? Sans table pourLe coude? Ca va — sans front pour la plume(La paume)— Un mot codeґ de ta coutume!Rainer, des rimes nouvelles — content?En effet, comprendre correctementLe terme rime — qu’est-ce d’autre horsPlein de rimes nouvelles — la Mort?Car pas d’issue: la langue est eґpuiseґe.Plein de consonances et signifieґs— Neuves! Neufs!— Au revoir! A se connatre!Nous verrons-nous? Mais le chant de nos etres:Avec la terre ou` moi-meme me noie —Toute la mer, Rainer, et toute moi!Ne nous quittons pas — griffonne avant l’heure.Bonnes esquisses sonores, Rainer!L’escalier du ciel: monteґe des honneursSacreґs… Bonne conseґcration, Rainer!— Ma paume la tient: et si l’eau deґborde?!Par-dessus le Rhone et dessus Rarogne,Par-dessus l’absolu deґpart — je porteA Rainer — Maria — Rilke — en mains propres.